Histoire de bouchon – part 2 (Attention, polémique !)


Y a-t-il de mauvais bouchons ?

On peut répondre à cette question de deux façons.

-> Oui, il y a de mauvais bouchons, c’est-à-dire qui ne remplissent pas leur office de préservation du vin.

-> Ou plus pondéré : tout dépend de ce qui est recherché au bouchage et du type de vin concerné. N’oubliez pas d’ailleurs que quel que soit la virulence de mon propos, la vérité est évidement là. Pour du Beaujolais Nouveau standard (exemple volontairement vicieux) ou 90% des rosés, le bouchon synthétique est approprié. Une consommation rapide (instantanée puisque le BN c’est moins d’un mois et le rosé, disons 6 mois en bouteille) ne nécessite absolument pas un bouchage haut de gamme ou hermétique puisque sur cette durée, ce qui comptera c’est l’oxygène qui est entré à la mise (donc c’est plutôt le procédé de mise, sous azote par exemple, qui comptera).

Ceci étant, si on exclut les mauvais vins, choses qui de toute façon ne nous intéressent pas, alors on peut difficilement défendre les bouchons bas de gamme. Même pour un petit vin destiné à la consommation dans l’année comme un rosé ou comme le Lou Maset by Domaine d’Aupilhac, avoir un bouchon correct permet de consommer le vin tout de même pendant plusieurs années.

Donc, au contraire du politiquement correct très en vogue et du relativisme si cher à notre siècle, j’opte pour la première version de la réponse : il y a des bouchons à éviter absolument.

Premier type, la lie de la lie : le synthétique.

Le bouchon synthétique, notamment du fait d’une élasticité insuffisante et d’une trop grande régularité, est une option catastrophique. Par rapport à un mauvais liège (liège premier prix), la différence est déjà sensible. Ce que vous pouvez constater, c’est que les vins bouchés synthétiques sont morts au bout de 3-4 ans. Autrement dit, le bouchage vous permettra de conserver 2 ans votre vin. Quelques paramètres modifient l’échéance : les rouges corsés et/ou bétonnés (grosse dose de souffre à la mise, énorme matière tannique…) tiennent le traitement plus longtemps (j’ai UN cas en cave : la Segreta Rosso by Planeta, un vin de Sicile).

Mon expérience personnelle m’a montré que les bouchons avec mousse apparente sont les pires (les plus communs aussi).

Mon choix : je n’achète aucun vin bouché en synthétique, sauf si je suis ABSOLUMENT certain de les consommer dans les 2 ans. C’est-à-dire à ce jour un seul domaine (et malgré tout, je condamne fermement leur choix).

Rien ne sert de prendre le risque et n’hésitez pas à signaler au domaine que vous n’avez pas confiance dans ce système. En plus, comme je vous le signalais dans le premier opus, ces bouchons sont une horreur écologique (pis encore ceux qui sont composites)… vous avez donc tout intérêt à ne pas promouvoir leur développement.

Second type, très répandu et énervant : le liège premier prix.

Difficile à identifier de prime abord, ce bouche pourri, s’il en est, est relativement commun en France. En toute logique, il bouche les entrées de gamme, mais j’ai récemment eu ce type de bouchon sur une cuvée un peu plus « prestige » d’un bon domaine.

Le risque de ce type de bouchon, outre l’oxydation prématurée (phénomène de toute façon moins marqué que sur les synthétiques), ce sont les contamination/déviations aromatiques et les problèmes de coulure. Une bouteille qui coule, c’est une bouteille qui a eu trop chaud (ou qu’il a subit des changement de pression comme dans un avion), le vin est monté en pression et a traversé le bouchon. En général, c’est rédhibitoire, sauf si le vin est consommé sans être conservé… et encore. Ce problème est plus commun sur ce type de bouchon, plus court et souvent taillé dans un liège plus poreux (les imperfections du liège peuvent aller jusqu’à traverser l’intégralité du bouchon dans la longueur… ce qui mécaniquement augmente le risque de problème). Ensuite, on a tous les défauts consistant en des déviations aromatiques, au rang desquelles le fameux goût de bouchon, produit par des contaminations au Chlore ou au TCA. Un nouveau procédé de traitement de ces bouchons supprimant le risque de TCA semble d’ailleurs produire d’autres déviations catastrophiques.

Comment faire avec ce type de bouchon ? difficile… surtout que certains s’en sortent bien (je n’ai jamais eu aucun problème sur les vins du domaine Nekowitsch, tous bouchés avec ces petites crottes). Vous comprendrez donc qu’en réalité, c’est la variabilité de résultat, son côté aléatoire et imprévisible qui est le plus agaçant.

Voilà donc pour aujourd’hui et les mauvais bouchons, ceux qu’il ne faut pas hésiter (même si ce n’est pas toujours facile) à dénoncer auprès de vos fournisseurs et vignerons chéris (gentiment :)). Après tout, il existe des solutions économiques comme le liège technique qui donnent de bien meilleurs résultats (des résultats stables et reproductibles). De toute façon, si le consommateur ne se plaint pas, les choses ne bougeront pas. La preuve : suite au « boycott » des bouchons lièges en général à la suite de la hausse de la fréquence de contamination au TCA autour des années 1990, l’industrie a fait de gros efforts qui ont permis de réduire drastiquement ce risque (en tout cas, sur le haut de gamme).

D’ici à demain, je vous souhaite donc bonne dégustation !

NB : De nombreuses études sont disponibles au sujet du bouchage. Vous ne pouvez pas savoir comme j’en ai marre de tomber sur des bouteilles foutues à cause d’un bouchon inapproprié… d’où le « coup de gueule » du jour !

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