Mois: novembre 2010

Riesling Grand Cru Hengst 2004 by Josmeyer (France, Alsace)


Cette fois, on commence par la photo. Il faut avouer que le domaine Josmeyer sait y faire avec les étiquettes. Nous sommes donc sur un Riesling Grand Cru Hengst 2004, vin qui venait clore une séance de dégustation la semaine dernière. Connaissant un peu le domaine, j’étais à la fois excité et angoissé. La vin confirma les deux sentiments.

Ce Grand Cru Hengst n’était ni fermé ni franchement ouvert au départ. Carafage réalisé, il s’est révélé… un peu. Du point de vue aromatique, pas d’extase : des notes terpéniques, un peu de fruit blanc, beaucoup de fraîcheur et une pointe de citron. En bouche, comme au nez, on retrouve le même profil mais avec une acidité bien (trop ?) fondue. En revanche, c’est un vin puissant, structuré. C’est tout à fait flagrant à la suite des autres vins. Il remplit la bouche et la supporte. Sans aucun doute la marque du Grand Cru… la minéralité est également bien présente.

Et c’est donc un vin qui tout en étant excitant par sa densité est décevant par son expressivité. Conservé ouvert plusieurs heures, il va gagner des fruits exotiques et de l’abricot sec. C’est pour moi le signe que le vin n’est pas encore à maturité. Il lui faudra sans doute encore 3 à 5 ans pour se livrer.

Ma note : 80/100 , 5 +

Un joli vin très minéral et très structuré. Attendre impérativement quelques années. Cependant, si vous considérez un achat, privilégiez peut-être un millésime supérieur comme 2005 ou 2007 (ou 2001 en plus jeune).

J’en profite alors pour ouvrir un peu les horizons. Voilà un vin d’un prix certain (40€ environ sur le marché export, ±30€ départ cave) qui à coup sûr va décevoir le consommateur qui l’achètera, en tout cas à l’export et la plupart des Français. Je ne parle même pas du Trimbach Riesling Réserve 2007 qui l’avait précédé dans un registre archi-fermé. Cette caractéristique des vins français pose un vrai problème. Si les amateurs en France, et encore ils sont plus rares qu’on ne le pense, savent qu’un vin a besoin de temps pour s’ouvrir, il n’en va pas de même à l’étranger. Imaginez un client habitué aux vin joyeusement parfumés du Chili, qui se met en tête pour Noël de goûter les joies d’un Grand Vin Français car le vin français, même s’il perd des parts de marché, a toujours cette image. La gardera-t-il, donc, s’il ne sait pas s’expliquer au consommateur ? En Alsace, certains ont par exemple pris l’habitude d’indiquer le niveau de sucre résiduel, en Allemagne aussi. Il est certes difficile de prévoir l’ouverture d’un vin mais de là à ne pas informer du tout, il y a un pas.

C’est d’autant plus important que désormais, partout dans le monde, le vin se consomme rapidement après l’achat. Triste fait dont les vignerons et leurs institutions sont en partie responsables. Au même titre qu’ils se sont reposés sur la notoriété des vins français avec parfois un mépris ostentatoire du consommateur étranger (je me souviens du temps pas si lointain où l’on vendait la piquette à ces gens qui n’y connaissaient rien) et en tout cas avec une désinvolture toute française, ils ont tenu pour acquis la tradition vinicole européenne. Faute d’avoir rappelé que le vin était un produit noble, vivant, ils ont laissé se développer une logique à la fois pratique et industrielle. Maintenant il faut réparer le préjudice, et ce n’est pas si difficile : ou bien en communiquant sur cette période de fermeture-ouverture, ou bien en travaillant des vins plus ouverts tout de suite. Mais vendre les vins tels quels, partout dans le monde puisque le salut ne viendra que de là, est un crime contre le vin français. C’est se préparer non plus la défaite économique mais celle, bien plus grave, de la notoriété.

Je préfère personnellement les vins de forte personnalité, les vins qui vivent, et donc ceux que l’on va attendre, si frustrante soit l’attente. Des vins de temps, de patience, de vertus qu’il faut raviver. Si nous voulons continuer de donner le temps au vin, il faut le dire et l’expliquer et même parfois il faudra décider de ne vendre que des vins accessibles… Nous sommes en passe de gagner la bataille du terroir, celle-là est la prochaine.

Quick review : Tributo Pinot Noir Single Vineyard 2009 by Caliterra (Chili, Casablanca)


Je ne peux pas faire autrement que vous informer sur ce très joli Pinot Noir du Chili, très certainement un des meilleurs qu’il m’ait été donné de boire.

Ce Tributo Pinot Noir Single Vineyard 2009 ne pêche par aucun des défauts classiques de la région : ou être un vin de maturité douteuse ou ne manifester rien du caractère d’un Pinot Noir. C’est au contraire un Pinot Noir de forte personnalité, bien mené, fondu, délicat.

Au nez, il est très expressif avec les traits caractéristiques du cépage. On est sur la framboise, la fraise et la violette, en bouche les arômes se développent sur la cerise et une acidité de bon aloi. La finale est plaisante, assez longue et fraîche. En somme c’est un très bon vin, largement supérieur à la plupart des Pinot Noir standard que j’ai pu goûter en Bourgogne et je vous le recommande chaudement (si vous le trouvez).

Ma note : 80/100 ; 0 0

Salon des Vignerons Indépendants, Paris 2010, juste une liste


Un autre billet sans détail pour vous fournir une liste non exhaustive de ce qu’il y aurait à voir, les étoiles correspondent à la fois à un niveau de qualité et de « recommandabilité ».

On pourrait synthétiser en *** = Ne par rater/Exceptionnel, ** =  Très intéressant/Très bon à Excellent, * = Intéressant/Bon à Très bon. Dans tous les cas, des domaines qui méritent qu’on s’y arrête.

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***
– Mas Cal Demoura (Languedoc) STAND K11
– André et Mireille Tissot (Jura) STAND C26

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**
– Domaine aux Moines (Savennières) STAND H40
– Château Lamartine (Cahors) STAND L11
– Domaine de Vénus (Roussillon) STAND H13
– Agrapart & Fils (Champagne) STAND M47
– Pierre Moncuit (Champagne) STAND A49
– Lacapelle-Cabanac (Cahors) STAND H68
– André Bonhomme (Viré-Clessé) STAND A10
– Domaine Bertrand Bergé (Fitou) STAND H22
– Domaine du Petit Métris (Chaume) STAND J2
– Domaine Cauhape (Juraçon) STAND D75

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– Domaines Landron (Muscadet) STAND C16
– Clos Triguedina (Cahors) STAND T28
– Clos Trotteligotte (Cahors) STAND D5
– Domaine Jaboulet P&V (Hermitage) STAND S52
– Vignobles Darriet (Loupiac) STAND C16
– Domaine Leccia (Corse) A14
– Château Pradeaux (Bandol) D17
– Domaine La Roche Redonne (Bandol) M13
– Domaine Buisson Henri & Gilles (Saint-Romain) STAND H7
– Château Eugénie (Cahors) STAND F7
– Mas de Cynanque (Saint-Chignan) STAND B18
– Château Pradal (Roussillon) STAND B19
– Domaine de l’Ancienne Cure (Bergerac) STAND H10

Salon des Vignerons Indépendants, Paris 2010


Malheureusement, je ne pourrai pas me rendre cette année sur ce très intéressant et pittoresque salon. Soupçonnant toutefois que mon bénévole lecteur s’y rendant, se trouvera submergé par la masse des exposants, je me propose de vous indiquer quelques domaines incontournables à aller visiter.

Je vous rappelle les précautions d’usage dans ce type de salon : les conditions de dégustation sont mauvaises, pensez donc bien à l’ouverture des bouteilles (demandez au besoin au vigneron) cela vous permettra de prendre en compte ce facteur et de pondérer en fonction. Pensez aussi à vos papilles, ne goûtez qu’une seule fois chaque vin, crachez vite et rincez-vous régulièrement la bouche à l’eau et au pain. Enfin, préparez votre visite, autrement, vous serez perdus.

Pour vous donner une idée de mon appréciation des domaines, j’indique très informellement avec * (bien+), ** (très bien), *** (excellent) mon degré de préférence.

#1 Mas Cal Demoura – Languedoc *** K11

Il est rare qu’un producteur d’un tel niveau soit présent sur ce type de salon (il y en a quand même pas mal en automne), il ne faudra donc pas le manquer. Le Mas Cal Demoura a été repris en 2004 par la famille Goumard. Si les vins ont été très bons dès 2004, la connaissance du vignoble se développant, Vincent Goumard a sorti des 2007 sublimes et 2008 semble grimper encore d’un échelon. Le travail réalisé est énorme, les progrès fulgurants. Avec 2007 on tient des vins parmi les références absolues du Languedoc : le fruit, la complexité, la densité et l’équilibre. C’est l’étape obligée et je pense que ces vins ont la qualité supplémentaire de pouvoir plaire à tout le monde.

#2 André et Mireille Tissot (autrement connu sous le nom Stéphane Tissot) – Jura *** C26

LA référence du Jura. Un domaine exceptionnel, en particulier pour ses Chardonnays. Savagnins superbes… Un stand toujours surchargé mais à visiter !

#3 Domaine de Vénus – Roussillon ** H13

Encore un domaine récent. Ils font un travail remarquable avec en particulier un blanc magnifique sur Grenache Gris et Maccabéo nommé l’Effrontée. Les rouges sont intéressants aussi, très bon domaine. On regrettera qu’ils aient opté pour le bouchage synthétique, ce qui rend impossible la garde de ces vins. Achetez par 3 bouteilles et consommez au fur et à mesure.

#4 Domaine aux Moines – Savennières ** H40

Un énorme travail a été fait dans ce domaine qui sort désormais parmi les meilleurs vins de l’appellation. Là encore un domaine à ne pas rater.

#5 Château Lamartine – Cahors ** L11

Pour moi un des très beaux domaines de Cahors. Les vins sont en général à attendre quelques années. Tarifs très très sages. Expression, leur grande cuvée est une des toutes meilleures de l’appellation (en particulier à l’aveugle ;)). 2007 était très joli, 2008 est encore plus grand.

Voilà pour un très court tour d’horizon. Et bonne visite !

Vente des Hospices de Beaune


Je profite de ce petit moment tranquille du matin pour vous relayer une information désespérante : la vente des hospices de Beaune, qui s’est tenue la semaine dernière se termine sur une augmentation moyenne de 11% par rapport à 2009. Comme cette vente fait office d’étalon pour le marché bourguignon, nous pouvons nous attendre au mieux à un maintien des prix, mais plus raisonnablement à une nouvelle augmentation.

Voilà qui ne risque pas d’attirer de nouveaux clients sur ces terres merveilleuses ! Le plus exaspérant dans cette affaire reste qu’à mesure que les prix montent, la part des vrais amateurs parmi les acheteurs diminue. D’ici à ce qu’on atteigne le paradoxe bordelais où les vins ne sont plus bus par ceux qui les aiment pas par ceux qui veulent un produit de luxe, il y a encore une marge, mais elle diminue chaque année. Je vous conseille en aparté d’aller lire cette anecdote, exagérée sans doute, elle rend compte d’un phénomène : on ne boit plus les grands vins parce qu’ils sont grands mais pour leur prix (et pas qu’en Chine).

Quick review : Petit Bourgeois 2009 by Henri Bourgeois (France, VDP de la Loire)


« Le temps s’en va, le temps s’en va Madame »… et déjà presque une semaine sans rien écrire !

Passons donc en revue le Petit Bourgeois 2009, Sauvignon Blanc. J’aime ce vin (en général) pour son très joli rapport qualité prix, mais je suis en même temps un peu frustré par son manque de complexité. Il n’empêche, c’est un bon étalon du cépage, que j’utilise souvent en initiation.

J’aborde de ce vin avec une certaine désinvolture (certaine car malgré tout, 2009 guète au coin du bois) et bien mal m’en a pris. Le vin est correct dans l’ensemble, au fur et à mesure qu’il se réchauffe cependant, il dévoile des défauts caractéristiques du millésime. Si le nez est de bonne facture : variétal mais pas trop, expressif sans être caricatural, la bouche, elle, déçoit. L’attaque est nette et le profil aromatique consistant mais le milieu de palais et la finale chauffent et s’effritent littéralement. Pour moi, il est clair qu’une maturité avancée, doublée d’un manque d’acidité expliquent ce résultat décevant. Un vin que je ne vous conseillerai donc pas, au contraire du très joli 2008.

Ma note : 59/100 ; 0 0


Quick review : Sauvignon Blanc, Garuma Vineyard 2009 by Viña Leyda (Chili, Leyda)


Ce vin est le premier d’une série de Sauvignons blanc, qui vont nous conduire dans différents endroits du monde. Ce sera toujours sur 2009.

Ce Sauvignon Blanc Single Vineyard, Garuma Vineyard 2009 est, comme son nom ne l’indique pas, un vin de moyenne gamme. Il faut noter que, au Chili, l’indication « Single Vineyard » relève habituellement plus de vins hauts de gamme mais ce n’est pas le cas ici.

La vallée de Leyda est réputée pour son climat plus frais que le reste de San Antonio et plus frais encore que les vallées de Casablanca ou celles de la vallée centrale. J’avais déjà émis des réserves sur cette fraîcheur en goûtant le Pinot Noir las Brisas, même s’il présente d’indéniables qualités. De même, en dégustant le Lot 4, Sauvignon Blanc supérieur de la gamme de Viña Leyda. Ce vin là conforte mes observations.

Au nez, le bourgeon de cassis ou le buis sont complètement absent. Il est presque impossible d’identifier le Sauvignon. Les odeurs sont exotiques mais finalement discrètes. En bouche, le vin est très nettement déplaisant, alcooleux, avec une amertume, une verdeur forte en fin de bouche (qui s’améliore un peu à l’ouverture). L’impression globale est d’avoir un vin trop mûr et en même temps pas assez. Il faudrait confirmer avec d’autres échantillons mais un blocage de maturité ne serait pas à exclure. Un vin très simple donc et qui ne donne que peu de satisfaction et qui m’incite à interroger la pertinence de dédier la vallée de Leyda à des cépages aussi « frais » que le Pinot Noir et le Sauvignon Blanc. La Syrah y serait sans doute plus à son aise… et ça tombe bien car Viña Leyda en produit également une !

Ma note : 50/100 ; 0 0

Riesling Kellergärten 2008 by Malat (Autriche, Kremstal)


Malat est sans aucun doute l’un des tous meilleurs producteurs basés en Kremstal. Un autre nom à retenir dans cette région est Proidl, ou encore Alois Zimmermann (avec des vins un peu moins ambitieux). Quel est le programme de ce Kellergärten ? Tout simplement proposer un vin direct, franc, rapidement accessible et « fun ».

Le Riesling Kellergärten rentre dans la toute nouvelle catégorie Kremstal DAC. Ce système de classification est mis en place afin de donner de nouvelles possibilités commerciales aux producteurs autrichiens. Il ne vient pas remplacer l’ancien système germanique mais vient apporter quelque chose d’autre. Vous me direz que ça ne va pas simplifier les choses ! C’est certain, du point de vue de la multiplication des vins, mais étant donné que désormais l’Autriche produit essentiellement des vins secs, cet apport se trouve justifié par rapport à l’ancien label « Qualitätswein » qui était finalement une sorte de parent pauvre du QmP (Qualitätswein mit Prädicat). Par ailleurs, le système allemand ne se soucie pas de la provenance et ne se concentre que sur la maturité du fruit, avec en arrière pensée que plus c’est mûr, meilleur c’est. Cette démarche n’est plus considérée comme suffisante. Mais la volonté de définir les terroir est aussi politique en Autriche et c’est ainsi que les DAC naissent (alors qu’en Allemagne, les initiatives restent privées). En outre, étant donné que la DAC vise à établir une certaine spécificité du terroir qu’elle recouvre, elle a un intérêt euristique majeur pour le consommateur. Bref, la DAC, c’est l’AOC à l’Autrichienne.

Ceci étant plus ou moins éclairci, il faut reconnaître que l’objectif de Malat est atteint avec ce vin. C’est facile, souple et intéressant. En somme un vin idéal.

Le nez part sur la rose, le litchi, les fruits blancs. La bouche abonde de fraîcheur et présente une pointe d’exotisme. Le premier jour, on a presque l’impression qu’il y a un peu de sucre résiduel. C’est extrêmement plaisant. Mais la surprise, c’est que le vin est encore meilleur douze heures plus tard. Je vous conseille donc de l’ouvrir environ six heures avant le repas (par exemple le midi si c’est pour le soir), en enlever un verre si possible, le reboucher et le laisser au frais. Il ne s’en portera que mieux.

Ma note : 80/100 ; 5 +

Quick review : Sangiovese 2008 by Errazuriz Estate (Chili, Aconcagua Valley)


Encore une bonne surprise en direct du Chili.

Errazuriz Estate est LE domaine basé dans la vallée de l’Aconcagua. Un endroit où il fait chaud… très chaud. J’avais donc un peu d’appréhension à l’ouverture de ce vin.

Ce Sangiovese 2008 est une bombe aromatique au nez et sent exactement comme un chianti qui aurait vu deux fois plus de soleil qu’en Toscane ! Le passage en fût de chêne est très sensible avec des arômes nets de vanille, coco et autre chocolat. Un peu de fruit noir comme la myrtille cuite fait surface. C’est crémeux et généreux, concentré. En bouche, on déplorera juste un alcool un peu élevé. Sinon, les arômes du nez s’y prolongent avec une finale très confiture, tapissante. Vraiment plaisant même si un chouia lourd. C’est donc une excellente surprise : un vin très typé Chili qui exprime pourtant clairement les caractères du cépage, à un tarif on ne peut plus raisonnable.

Ma note : 73/100, 0 0

Un vin concentré et large, plaisant et facile d’accès. Un peu dominé par l’alcool et un zeste de sucrosité, il s’accommode vraiment bien de pâtes et de pizza. Un petit passage en cave lui donnera peut-être un peu de souplesse mais ce n’est pas certain. Joli.

Nuragus di Cagliari : Argiolas vs Santadi


Nuragus di Cagliari DOC, comme son nom l’indique est une appellation italienne de Sardaigne. le Nuragus est l’un des innombrables cépages autochtones italiens, cépage que je n’avais jamais goûté jusqu’alors. Argiolas et Santadi sont deux des plus fameux domaines de Sardaigne. D’autres connus sont Tenute Sella & Mosca ou encore Feudi della Medusa.

D’expérience, je trouve les vins de Argiolas un poil trop techniques et trop lisses. Ils sont très beaux, c’est certain, mais ne mettent pas en valeur ce qu’il y a de sarde dans leurs vins. Argiolas est le type de producteur que je recommanderais sans aucune difficultés à un restaurateur ou à un novice en vin italien car il me semble que leurs vins sont d’un style très universel. Pas de suprise, du fruit bien dense, des arômes clairs et en général des vins qui s’apprécient vite en bien.

Santadi me semble un peu plus ancré dans son terroir, avec des produits un poil plus cher (voire un cheveu ;)). Ils sont en particulier connus pour leurs très beaux Carignans (Carignano del Sulcis DOC) comme Rocca Rubia ou Terre Brune. Leurs vins sont plus difficiles car rarement appréciable jeune. Rocca Rubia 2007 par exemple nécessite au minimum deux heures de carafe pour commencer à se livrer, au cas contraire, on se heurte à un vin acide, tannique et peu aromatique. Même si j’ai plus d’inclination pour leurs vins moins léchés, ce n’est pas un produit que je conseillerais sans réfléchir.

Argiolas et Santadi illustrent deux approches très différentes du vin, d’un côté avec des produits moins typés mais plus accessibles et rarement décevant, de l’autre avec des vins avec plus de personnalité mais mois immédiats. Les deux vins qui nous intéressent sont donc tous les deux des Nuragus di Cagliari 2009 et s’ils ont quelques points communs, notamment un nez grillé, nous avons bien affaire à deux styles aux antipodes l’un de l’autre.

S’elegas est le nom de la cuvée de Argiolas. C’est un vin au profil aromatique frais avec de la poire, une touche florale et beaucoup de fraîcheur, aussi quelques parfums plus amyliques (bonbon). On retrouve aussi un peu de pain grillé et de ces arômes typique du Grenache blanc. Au palais, le vin est moins expressif, mais fait montre d’une belle acidité. La longueur est quelconque : pas particulièrement intéressante. La « déception » face à cette bouteille est son comportement après ouverture. En deux heures, le vin a perdu l’essentiel de son intérêt. Le soir, il ne reste que quelques vestiges aromatiques. Globalement, ce vin me rappelle énormément le Vermentino Costamolino. C’est un vin clairement technique, très bien mais un peu impersonnel.

Ma note : 70/100 ; 0 0

Le vin de Santadi s’appelle Pedraia, également sur 2009. Au contraire du Argiolas, on est là en présence d’un vin de style oxydatif, beaucoup plus lourd et structuré. Le nez est extrêmement beurré et grillé, très proche de certains Grenache gris du Sud de la France. On trouve aussi du miel, de l’acacia et quelque chose des fruits exotiques et de l’abricot sec. C’est plus digeste (peut-être est-ce lié au taux d’alcool de 12,5% au lieu de 13,5%) mais manque un chouia d’acidité. La finale vraiment amère au départ s’arrondit après quelques minutes d’oxygénation. Le vin n’a pratiquement pas bougé le lendemain. A mes yeux, c’est un produit beaucoup plus complet et beaucoup plus typé. Les arômes ne paraissent pas artificiels comme dans le Argiolas. Je pense que c’est une bouteille qui s’affinera un peu dans les deux années qui viennent même si le vin est déjà très bien aujourd’hui.

Ma note : 77/100 ; 0 +

 

C’est donc haut la main que Pedraia de Santadi remporte ce face à face.