Riesling Grand Cru Hengst 2004 by Josmeyer (France, Alsace)


Cette fois, on commence par la photo. Il faut avouer que le domaine Josmeyer sait y faire avec les étiquettes. Nous sommes donc sur un Riesling Grand Cru Hengst 2004, vin qui venait clore une séance de dégustation la semaine dernière. Connaissant un peu le domaine, j’étais à la fois excité et angoissé. La vin confirma les deux sentiments.

Ce Grand Cru Hengst n’était ni fermé ni franchement ouvert au départ. Carafage réalisé, il s’est révélé… un peu. Du point de vue aromatique, pas d’extase : des notes terpéniques, un peu de fruit blanc, beaucoup de fraîcheur et une pointe de citron. En bouche, comme au nez, on retrouve le même profil mais avec une acidité bien (trop ?) fondue. En revanche, c’est un vin puissant, structuré. C’est tout à fait flagrant à la suite des autres vins. Il remplit la bouche et la supporte. Sans aucun doute la marque du Grand Cru… la minéralité est également bien présente.

Et c’est donc un vin qui tout en étant excitant par sa densité est décevant par son expressivité. Conservé ouvert plusieurs heures, il va gagner des fruits exotiques et de l’abricot sec. C’est pour moi le signe que le vin n’est pas encore à maturité. Il lui faudra sans doute encore 3 à 5 ans pour se livrer.

Ma note : 80/100 , 5 +

Un joli vin très minéral et très structuré. Attendre impérativement quelques années. Cependant, si vous considérez un achat, privilégiez peut-être un millésime supérieur comme 2005 ou 2007 (ou 2001 en plus jeune).

J’en profite alors pour ouvrir un peu les horizons. Voilà un vin d’un prix certain (40€ environ sur le marché export, ±30€ départ cave) qui à coup sûr va décevoir le consommateur qui l’achètera, en tout cas à l’export et la plupart des Français. Je ne parle même pas du Trimbach Riesling Réserve 2007 qui l’avait précédé dans un registre archi-fermé. Cette caractéristique des vins français pose un vrai problème. Si les amateurs en France, et encore ils sont plus rares qu’on ne le pense, savent qu’un vin a besoin de temps pour s’ouvrir, il n’en va pas de même à l’étranger. Imaginez un client habitué aux vin joyeusement parfumés du Chili, qui se met en tête pour Noël de goûter les joies d’un Grand Vin Français car le vin français, même s’il perd des parts de marché, a toujours cette image. La gardera-t-il, donc, s’il ne sait pas s’expliquer au consommateur ? En Alsace, certains ont par exemple pris l’habitude d’indiquer le niveau de sucre résiduel, en Allemagne aussi. Il est certes difficile de prévoir l’ouverture d’un vin mais de là à ne pas informer du tout, il y a un pas.

C’est d’autant plus important que désormais, partout dans le monde, le vin se consomme rapidement après l’achat. Triste fait dont les vignerons et leurs institutions sont en partie responsables. Au même titre qu’ils se sont reposés sur la notoriété des vins français avec parfois un mépris ostentatoire du consommateur étranger (je me souviens du temps pas si lointain où l’on vendait la piquette à ces gens qui n’y connaissaient rien) et en tout cas avec une désinvolture toute française, ils ont tenu pour acquis la tradition vinicole européenne. Faute d’avoir rappelé que le vin était un produit noble, vivant, ils ont laissé se développer une logique à la fois pratique et industrielle. Maintenant il faut réparer le préjudice, et ce n’est pas si difficile : ou bien en communiquant sur cette période de fermeture-ouverture, ou bien en travaillant des vins plus ouverts tout de suite. Mais vendre les vins tels quels, partout dans le monde puisque le salut ne viendra que de là, est un crime contre le vin français. C’est se préparer non plus la défaite économique mais celle, bien plus grave, de la notoriété.

Je préfère personnellement les vins de forte personnalité, les vins qui vivent, et donc ceux que l’on va attendre, si frustrante soit l’attente. Des vins de temps, de patience, de vertus qu’il faut raviver. Si nous voulons continuer de donner le temps au vin, il faut le dire et l’expliquer et même parfois il faudra décider de ne vendre que des vins accessibles… Nous sommes en passe de gagner la bataille du terroir, celle-là est la prochaine.

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