Mois: août 2011

Coups de Coeur de l’été : Vertigo 2008 by La nouvelle Don(n)e (France, Roussillon)


A quoi reconnaissons-nous un grand vin ? à sa structure, à sa profondeur, à sa longueur (au nez et en bouche), à sa complexité aromatique, à son équilibre… mais nous pouvons aussi empiriquement le reconnaître par le souvenir qu’il laisse, ou par son éclatante présence en dégustation face à d’autres grands, identifiés comme tels.

Vertigo 2008 est la grande cuvée rouge de Wilfried Valat, du domaine de la nouvelle Don(n)e, dont nous avons déjà parlé ici. C’est un vin à large dominante Carignan, assemblé de Mourvèdre. L’élevage est fait avec précision en demi-muids (à peu près deux fois la taille d’une barrique bordelaise, soit 600 litres, cela permet d’abaisser le rapport surface de bois/vin, donc son influence aromatique) sur des chauffes moyennes (id est, des bois qui ne donneront pas de goût toasté trop puissant). Le résultat visé étant à proprement parler un élevage, à l’opposé d’une sorte de maquillage que peut conférer un usage excessif du bois (cf. Mouton Rothschild 2006 ;)).

Imaginez le sud de la France. Le soleil, le thym, les pins, les parfums soutenues, floraux, brûlants. Le ciel bleu éclatant et la lumière, douce et puissante. Les ombres sur les pierres rougies, on dirait, par le soleil alors qu’il ne révèle que leur richesse métallique, ferreuse. Imaginez un grand vin qui serait né sur ces terres. Il devrait incarner cette générosité, cette brillance du sud, un peu comme les peintres ont su le faire. Un grand Cézanne : c’est-à-dire la couleur pure mais l’équilibre aussi. Les esprits chagrins me diront que Cézanne, ce n’est pas le Roussillon mais la Provence… l’idée est là, quand même.

Paul Cézanne, la Montagne St Victoire vue de Gardanne

Ce vin idéel paraît tellement évident. Il est pourtant rare. La difficulté est immense à marier la chaleur et le soleil à la finesse et l’élégance. Générosité et expressivité riment souvent avec puissance (alcoolique) et lourdeur. Les fruits grillés, cuits, desséchés donnent des vins confiturés ou pâteux. Ou au contraire, la recherche de la fraîcheur se fait au dépends de la maturité. Mais quand nous rencontrons l’équilibre parfait, alors l’extase est complète.

Vertigo 2008 est de cette rare espèce. Il est tout à la fois : le soleil de midi et la fraîcheur de l’aurore, la roche pure et la garrigue parfumée, la joie communicative et la contemplation intime. Le nez vous emporte par son fruit délicat et intense, souligné, enveloppé, sublimé par les arômes de torréfactions subtils de terroir mêlé d’élevage. Il est profond et complexe : c’est une nuit d’été au col de la Done, mystérieuse, douce et parfumée. En bouche, il est tout en structure, d’une matière magnifique. Le fruit est puissant, lumineux mais la fraîcheur et la minéralité équilibrent parfaitement la richesse. Ce vin est une évidence, absolument élégant. Il respire, il vit… un instant magique.

Wineops : 94/100 ; 5 , +

Voilà un vin exceptionnel, magnifique autant que magique, remarquable. Vous apprécierez particulièrement cette synthèse impossible entre un profil méridional et un équilibre septentrional. Vertigo 2008 est particulièrement ouvert en ce moment mais sera sans doute encore supérieur dans deux ans.

Vertigo 2008 by Wilfried Valat, La nouvelle Don(n)e

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Alko: Finca Moncloa 2006 by Gonzales Byass (Spain, Vino de la Tierra de Cadiz)


Here is an unexpected red blend from the region of Jerez! Jerez being the spanish name for Sherry.

First, a bit of context. Cadiz is right in the middle of the region producing Jerez, it is truely its capital. Jerez is a very old and very famous type of wine, the most typical being the Fino. These wine have the originality of being made through a slow and very long oxidation process in barrel under the « flor » which is a veil of yeast. The same process is used to make Vin Jaune in Jura (France). These are the only wine in the world made this way. The result are very powerful and typical wines, they smell nuts, smoke and they offer often a strong minerality.

You can imagine that these wines are not really the one wanted by the consumer and therefore a deep crisis is surrounding Jerez. If you want to taste this type of wine, you can access a couple of them at Alko (here and there but pay attention to pick only Fino or Manzanilla, maybe Amontillado but not Olorosso or Cream…etc… which are not original Sherryt).

Facing this deep and long-lasting crisis, producers started to produce dry wines. This wine is an example of a dry red, blended from Cabernet-Sauvignon and Syrah (Merlot and Tintilla de rota in small proportion).

Finca Moncloa 2006 is made by Gonzales Byass, a important producer of Jerez. As I said, it is a blend of mainly international grapes. The result is much better than expected and shows a clear originality. You don’t get the usual cassis and spice expected from the association. The nose is composed of fruit blended in very nice oaky fragrances. Nothing too strong, nothing too fake. The mouth is fresh, pleasant, rather on the fruit side with blueberry and raspberry. You don’t feel any overripeness. This is well made only a bit short in the mouth. Not to age nor to be decanted.

Wineops’ rating: 79/100 ; 0 0

A filling, powerful and yet fresh wine that I advise strongly to taste. It will fit gazpacho and meat dish (if possible slightly spicy).

Alko’s page: HERE

Finca Moncloa 2006 (Cabernet-Sauvignon, Syrah, Merlot, Tintilla de rota) by Gonzales Byass

Les meilleurs vins sont rarement les meilleurs.


Les nombreux déplacements que j’ai pu faire au cours du mois de juillet et les non moins nombreuses dégustations m’ont donné envie de faire un petit bilan sur deux constatations récurrentes. Une fois n’est pas coutume, ruons dans les brancards. Je tiens à préciser que j’ai un peu grossi le trait, les réactions seront, je pense inévitable et je préciserai à l’occasion en commentaire.

1- La corrélation prix/notoriété – qualité

Tout les amateurs rêvent de certains (grands) vins. Du Chambertin pour certains, de Château Lafite Rothschild pour d’autres, de Dom Pérignon… ces vins censés nous emporter dans une autre dimension du vin, dans la contemplation… ces vins inaccessibles, ou au mieux déraisonnable. Qu’en est-t-il donc vraiment ? Et bien c’est peu dire qu’il sont rarement au niveau où on les attends. Si on excepte quelques petits producteurs (toujours ou presque des artisans), ces vins sont souvent frappants de normalité : Dom Pérignon n’est pas toujours exceptionnel, Mouton Rothschild 1981 est quelconque, Gruaud-Laroze 2000 bon mais sans plus… C’est une bonne nouvelle qui nous évitera de dépenser 600€ sur une bouteille.

Mais sans aller traiter des vins mythiques, les simples Champagne sont mes plus fréquents objets de déception. Sans parler de simple mauvais rapport qualité prix (ce qui est le cas dans 95% des bouteilles), je peux compter sur les doigts d’une main les Champagnes qui m’ont ravi cette année. Krug Grande Cuvée (couramment dans les 130€), Ruinart Millésimé 1995 en Magnum (introuvable ou presque, dans les 150€), un Jacquesson 1997 (à l’heure actuelle, autour de 100-120€) et puis c’est à peu près tout. Concrètement, cela signifie qu’il est difficile voire presque impossible d’atteindre l’orgasme gustatif à moins de 100€. Je ne dise pas totalement impossible car, en réalité, ceux qui connaissent Terre de Vertus de Larmandier-Bernier (environ 30€) savent que ces grands Champagnes raisonnables existent quand même. Mais au nombre des Champagnes indignes de leur rang, cette année, je citerai deux 734 de Jacquesson, alors que j’ai magnifiquement goûté ce vin l’an dernier… ce qui soulève un autre problème… ; Taittinger Les Folies de la Marquetterie, juste passable ; Henriot Cuvée des Enchantelleurs 1990 et Millésimé 1996 corrects mais sans grande émotion ; Spécial Cuvée de Bollinger, bien mais faible aromatiquement ; Drappier Brut Nature, de très bonne structure mais irrémédiablement muet… la liste est longue. Or tous ces vins sortent entre 35 et 100€.

Mon interrogation alors est le pourquoi des commentaires dithyrambiques persistants de beaucoup de critiques ayant pignon sur rue, sur ces vins et particulièrement sur les Champagnes.

Mais ce n’est pas que le cas de ces derniers, je me rappelle des trop rares émotions du dernier salon français de prestige (où l’accès était limités aux domaines déjà triés) auquel j’ai assisté. 300 vins goûtés et une petite poignée de vins d’exception, dont les 2/3 italiens !

La première conclusion que je vous livre cher lecteur : sur un an, la majorité de mes grandes émotions ont eu lieu sur des vins entre 15 et 40€ (départ cave).

2- La surévaluation des Champagnes et des Bordeaux

Lisez-donc le dernier Bettane et Desseauve, section « Champagne » ou le Guide Vert de la RVF à la même rubrique. Vous y trouverez la plus grande concentration de notes stratosphérique (17-20) avec la page Bordeaux. Même la Bourgogne n’arrive pas à la cheville de ces deux régions (alors que la plupart des cuvées bourguignonnes relèvent de l’orfèvrerie, avec quelques milliers de bouteilles issues d’un terroir isolé depuis des centaines d’années, quand l’unité de mesure des Bordeaux-Champagne est la dizaine de milliers de bouteilles, voire la centaine de milliers…).

L’évidence est pourtant là, l’essentiel de ces grands Champagnes ne vaut pas le détour et de vaut qu’une fraction de son prix et de ses évaluations. Je m’efforce en permanence de noter les Champagnes de la même façon que les vins « normaux » mais l’exercice est dur et frustrant car aucun vin (ou alors de très rares) atteignent le niveau des très bons blancs et, comme je le disais, à des prix 2, 5, jusqu’à 10 fois supérieurs. Car oui, il existe des Champagnes fabuleux, S de Salon 1995 par exemple, que je note effectivement comme l’un des tous meilleurs vins qui m’ait été donné de boire, au niveau d’un Bâtard-Montrachet 2004 de Marc Morey (120€, 220€ en restauration), ou d’un Silex 2006 de Dagueneau (80€, 130€ en restauration), ou encore d’un Grande Côte 1996 de François Cotat (25€, ?), mais pour la petite histoire, il vous en coûtera 200€, ou 500€ en restauration pour goûter ce vin… et vous donnerais-je une autre référence champenoise à ce niveau ? non ! Les autres que j’ai pu boire ou déguster était « juste » très bon : Jacquesson 1985, Dom Pérignon Rosé 1996, Winston Churchill 1998, Krug Grande Cuvée. Il me reste beaucoup à découvrir, évidemment, mais l’idée est là. Très très rares sont les cuvées à 30-50€ qui apportent une réelle émotion. Et pourtant, à ce prix, vous pouvez toucher l’essentiel des plus grands vins français et étranger dans toutes les autres régions… sauf Bordeaux et Bourgogne (mais c’est un autre problème et c’est surtout vrai de de la Côte de Nuits)…

Où est donc le problème ? Comment peut-on effrontément noter 18,5/20 Les Folies de la Marquetterie de Taittinger, 17/20 le Brut Classic de Deutz, 17,5/20 le Spécial Cuvée de Bollinger ? (pour ne citer que des vins qui à l’évidence valent plutôt 13-14/20).

Est-ce une question de relativité de la notation ? je ne crois pas que ce soit la principale explication mais il est vrai que Bettane précise que 18 en Champagne n’est pas 18 en Provence… cependant, je ne pense pas que l’échelle soit bien différente de la Bourgogne où la Romanée 2008 du Comte Ligier-Belair touche 18 et Le Chambertin 2008 de Armand Rousseau 18,5. Pourtant, ce sont là des vins d’un tout autre niveau ! Peut-être aussi touche-t-on aussi aux limites de la notation ?

Est-ce mon goût personnel ? c’est vrai que je ne suis pas « fan » des Champagnes mais je ne suis pas non plus « fan » des Bordeaux et ça ne m’a jamais empêché d’apprécier la qualité superlative de certains (Haut-Brion 1976 par exemple, Cheval Blanc 2003 ou Château d’Issan 2008 pour citer des extrêmes).-

Est-ce un préjugé en faveur des Champagnes et Bordeaux ? cela est certain. Ces vins ont une image tellement forte que la perception est faussée. Il faut vraiment beaucoup de distanciation pour juger objectivement d’un Champagne. La faute à l’imaginaire associé au Champagne : le Champagne, c’est la fête, la réjouissance, la célébration. C’est éclatant, brillant, joyeux. Le simple fait d’avoir un Champagne sur table change notre référentiel de perception. Et c’est une bonne chose car nous demandons exactement ça au vin. Mais c’en est une mauvaise aussi car cette réjouissance que l’on ne touche qu’avec le Champagne est souvent interdite à un autre type de vin. Ceci étant, un spécialiste comme Bettane serait-il incapable de se détacher de cet imaginaire ? j’en doute.

Est-ce l’effet de la puissance marketing ? Là, je suis plus dubitatif. Il est évident qu’en France, la Champagne est Bordeaux sont les régions avec la plus importante force de frappe commerciale (Par exemple, se rappeler que les bien médiocres Moët&Chandon et Veuve Cliquot sont propriétés de LVMH). Ce sont aussi des icônes absolument nécessaires à tout professionnel du vin. Pour ma part, j’ai beau ne pas aimer ces vins, j’ai le devoir de les connaître car on me les demande et on m’en parle quotidiennement. Une déconcertante évidence est que juger un Champagne pour ce qu’il est, c’est-à-dire souvent un vin moyen, est plus difficile que dans une autre région. Quel journaliste, en France, à l’heure actuelle pourrait se permettre de ne plus goûter ou de ne plus être soutenu par ces régions ? Il est certain que le lien économique n’est pas de cause à effet et l’on peut conserver son indépendance mais, dans les faits, la position est difficile à tenir. C’est d’autant plus vrai quand l’objet de la critique a moins besoin de nous que nous de lui. Je me souviens de mes débuts de critique (en cinéma !). Gérer les copies presses était un vrai problème car il était difficile de massacrer un film sans se mettre l’éditeur à dos. Chose gênante quand il n’y a qu’une poignée d’intervenants dans le milieu. J’en étais venu à décider d’une règle tacite qui consistait à tâcher de publier en même temps plusieurs critiques afin d’amortir les effets d’une critique négative. Entorse indéniable au principe d’indépendance du journaliste… mais hélas un moindre mal qui permit de signaler des navets. Enfin, je dirais que nous pouvons trouver dans la tradition française de copinage, un facteur aggravant.

Pourtant ! Pourtant il y a une solution à tout ça, une solution dont parle justement récemment M Mauss du GJE, qui devrait PARTICULIEREMENT être appliquée pour les grands domaines, et grands vins : la dégustation à l’aveugle. Or ne nous y trompons pas, AUCUN grand vin célèbre n’est dégusté de la sorte dans les guides français (ni par Robert Parker, d’ailleurs). Dans son guide, Bettane annonce par exemple, avec une habile et feinte naïveté, que seuls les domaine 5 BD (ie, les tous meilleurs) sont dégustés au Château (donc pas à l’aveugle et dans des conditions différentes, type salon XIXème, verrerie spécifique, décantage… sélection des échantillons??;)). Or ce sont précisément ces vins qui devraient être dégustés à l’aveugle ! Aucun doute sur la capacité de beaucoup à maintenir leur rang : Cotat, Dagueneau, Coche-Dury, Armand-Rousseau. Par contre, on aurait beaucoup de surprises sur les icônes bordelaises et champenoises.

Rendez-vous compte du désordre : La Cuvée des Enchantelleurs 1996 de Henriot à 14-15/20 (peu expressif, structure intéressante, persistance limitée), La Grande Année 1999 de Bollinger sortie du guide (ne tient pas l’ouverture, déséquilibré, court) ou Mouton-Rothschild 2006 à 15/20…

Soyons raisonnables, qui vous prendra au sérieux si vous dites que le meilleur vin dégusté récemment est un Ürziger Würzgarten Auslese** 1994 de Karl Erbes (Mosel, Ürzig) à 11€ la bouteille ? moins classe que Krug Grande Cuvée et pourtant d’une toute autre dimension !

Plus tard, je publierai une autre partie de ce point de vue… d’ici là, réjouissez-vous d’une bouteille de Bernkasteler Badstube Riesling Kabinett 2007 de Sofia Thanisch difficile à trouver en France mais tellement beau !

Alko: Jacobus Riesling 2010 by Weingut Peter Jacob Kühn (Germany, Rheingau)


After quite long holiday, I come back to you full of energy and a lot of wine to make you discover!

I will start with one from the selection of Alko, a German Riesling from the Rheingau.

Jacobus Riesling (Trocken) 2010 by Peter Jacob Kühn displays the classic and lovely aromas of a German Riesling. Very bright and yet aromatic, with notes of flower and hints of tropical fruits like mango. The mouthfeel is fresch, very acidic but with a lower minerality than their counterpart of Mosel. As a result, the wine is much more friendly in its youth and does not need to be expected. This is a very interesting wine, fairly priced and versatile.

Wineops’ rating: 73/100 ; 0 0

Fresh, structured, delicately aromatic. This is a wine to taste on whitefish, salmon as well as stews!

Link to Alko’s page: Here

Riesling Trocken 2010 by Peter Jacob Kühn (Germany, Rheingau)