Mosel

Riesling Wehlener Sonnenuhr Auslese 2006 by Weingut Kerpen (Allemagne, Mosel)


Weingut Kerpen est un domaine que j’ai déjà eu l’occasion de déguster plusieurs fois, mais jamais sur un Auslese 2006. 2006 est une année très concentrée en Mosel. Les raisins ont atteint de fortes maturités, donnant des vins particulièrement doux.

Le Riesling Wehlener Sonnenuhr Auslese 2006 (14 07) présente avant tout une couleur subjuguante, un sorte de jaune vert lumineux… magnifique. Le nez est marqué par une pointe pétrolée très élégante, associée à ce que je pourrais décrire comme de la girofle et les épices caractéristiques du botrytis (ce que vous sentez dans les Sauternes). Tout cela est enveloppé dans un bouquet très frais qui rappelle l’ananas et l’orange. L’ensemble est très subtil, discret, rien de démonstratif. En bouche, il est acidulé et sucré, toujours avec un peu d’orange, du miel aussi. La finale citronnée et fraîche laisse peu de sucre en bouche. Si l’équilibre est clairement moelleux, ce n’est pas du tout un vin de dessert : sa fraîcheur compense largement la douceur.

Mais ce n’est que trois jours plus tard que le vin livre son vrai parfum. Le nez développe alors des notes terpénique beaucoup plus marqués, supportées par des fruits exotiques et du citron. Il gagne nettement en complexité.

Ma note : 81/100 ; 5 +

Voici un vin finalement assez simple mais franc, plaisant (et d’un degré alcoolique faible). Il gagnera en expressivité à être conservé et bénéficiera de quelques années de vieillissement. Il accompagnera très bien la cuisine asiatique (comportant du gingembre et de la sauce soja notamment), de même que les fromages.

Ces vins qui ne sont pas parfaits mais qu’on n’oublie pas.


Cette situation vous est-elle déjà arrivé ?

Vous êtes en dégustation, vous goûtez, goûtez, goûtez… et vous évaluez ce que vous rencontrez. Au fur et à mesure, le palais devient plus sûr, les référentiels se construisent, les jugements s’affirment et se confirment. Tout va bien.

Et puis au milieu de cette dégustation se glisse un vin, moyen, un vin qui ne vous emballe pas pour bien des raisons voire même vous déçoit. Sur le moment, il passe après les autres et d’ailleurs, c’est bien sa place, car il n’est pas inoubliable…

Plusieurs jours plus tard, pourtant, quand vous repensez à cette dégustation, le souvenir de ce vin et son impression est toujours vivace. Pis encore, c’est un vin qui vous attire irrésistiblement. Il n’a pourtant pas changé, ni votre façon de le juger et pourtant… son souvenir est bien là, plus fort même que ceux qui le dépassaient en tout. Sentiment étonnant.

Aujourd’hui, cela m’arrive sur le Eiswein Ohlisberger 2009 de Reinhold Haart. Son explosion acide et ronde, enveloppante en même temps me revient de manière intense et obsédante ; me remémorant cette journée de dégustation, c’est ce vin qui s’impose. Etonnant. Pourtant, il n’était pas le meilleur et d’un rapport qualité prix déplorable… mais il reste. Peut-être est-ce sa personnalité extrêmement forte et étrange, peut-être le contexte… que sais-je ?

Un petit instant de magie où les méandres de l’esprit affleurent, sans se révéler, comme une veine pendant l’effort, un peu gonflée sous la peau.

Berncasteler Doctor Riesling Spätlese 2009 trocken (1006) by Wwe Dr. H. Thanisch – Erben Thanisch


Voici donc un des vins que j’ai dégusté chez Sofia Thanisch. Pour être exact, ce fut le premier et ce fut une grande première impression. C’est aussi une excellente entrée en matière pour présenter l’usine à gaz qu’est la dénomination des vins allemands.

Je reprends donc : Berncasteler Doctor Riesling Spätlese 2009 trocken (1006) by Wwe Dr. H. Thanisch – Erben Thanisch… ou comment, en une ligne, on comprend ce qui rend les vins allemands antipathiques !

Par le menu :

1- Berncasteler Doctor : Il s’agit du terroir, du cru. Le Berncasteler Doctor (ainsi épelé car la vieille tradition du domaine a laissé cette orthographe plutôt que le normal Bernkasteler Doktor) est un des tous meilleurs crus de Mosel et donc par extension, d’Allemagne, et par réextension, du Monde ! On pourrait tout à fait le classer comme un Grand Cru selon les échelles bourguignonnes, voire même à la suite de la revue spécialisée Mosel Fine Wines (dont je vous recommande la lecture) en Grand Cru Hors Classe. Il surplombe la commune de Bernkastel et est exposé plein sud.

2- Riesling : le cépage, ça c’est facile.

3- Spätlese : signifie vendange tardive. Cela correspond à des vins récoltés entre 10% et 12,5% d’alcool potentiel, ce qui correspond à une légère surmaturité vu que dans cette région, les vins chiffrent normalement 8,5% maximum. Je précise que nous sommes bien en surmaturité au sens où les arômes développés relèvent de la surmaturité. En pratique, les vins finis conservent (normalement) autour de 40-50g de sucre résiduels.

4- 2009 : facile aussi, c’est le millésime.

5- trocken : c’est là que les choses se compliquent. Trocken signifie sec. Suite à la forte demande en vins secs, les domaines proposent des vins vinifiés en sec et donc sans sucres résiduels et par conséquence un taux d’alcool plus élevé. Comme vous pouvez le constater, il est tout à fait possible d’obtenir un Spätlese sec puisque le degré potentiel à la vendange est inférieur à 16%. On se retrouve alors déconnecté du rapport Spätlese (vendange tardive) et sucre résiduel. D’où l’importance de bien lire l’étiquette en entier. Si le vin est sec, la mention « trocken » sera forcément présente.

6- 1006 : ce sont les derniers chiffres du numéro AP. Ce numéro permet d’identifier de manière précise le lot dont est issu la bouteille (tous les lots sont homologués séparément et ont donc un code spécifique). Ce chiffre seul (les 7 chiffres précédents étant le numéro identifiant le domaine/centre de test) permet de savoir exactement de quel vin on parle. Il vaudrait d’ailleurs mieux se fier uniquement à ce dernier vu qu’il peut exister deux ou trois vins strictement identiques par leur nom mais qui sont en fait différents, avec un numéro AP différent donc, si vous suivez. J’ai d’ailleurs croisé chez un excellent caviste deux bouteilles d’Egon Müller strictement identiques par leur nom à 28€ et 70€… le numéro AP était différent, donc nous avions en fait deux vins différents.

7- Wwe Dr. H. Thanisch – Erben Thanisch : c’est le nom du domaine. Attention, il existe un autre domaine Wwe Dr. H. Thanisch mais pas Erben Thanisch… (pour une raison de succession, « erben » d’ailleurs signifie « hériter »). Pour être certain de ne pas se tromper : faire référence à l’actuel propriétaire, Sofia Thanisch ou encore vérifier le début du numéro AP, spécifique à chaque domaine, ici, 2 576 242.

Et voilà, nous en sommes enfin sortis !

Ce Spätlese trocken est une merveille de finesse et de complexité. Les notes florales comme la rose s’élèvent délicatement et les fruits exotiques embaument. Une pointe d’épice (y aurait-il un chouia de botrytis) relève le tout. En bouche, le phrasé est limpide et une tension unique conduit à une fin de palais d’une grande minéralité. Comme entrée en matière, on ne peut rêver mieux. Certes, ce n’est pas un format de vin traditionnel, mais il illustre à merveille le terroir si particulier de cette région et signgulièrement celui de Bernkastel. Un vin construit sur l’ardoise et qui transpire cette pierreuse origine. Je m’apercevrai plus tard que c’est là une réelle spécificité du cru, alors que les vignes sur Piesport ou Ürzig donnent des vins plus aromatiques. Magnifique donc et cachant sans doute un grand potentiel de vieillissement. C’est un vin cependant déjà très appréciable, beaucoup plus que ne le sont les Berncastler Doctor Kabinett, en l’état.

Ma note : 87/100 ; 10 ++

Vin sec donc, mais profil aromatique tendant vers le vin liquoreux (fruit exotique, épices douces). C’est un vin très original qui fera des accords surprenants sur les crustacés grâce à sa magnifique minéralité en finale.

 

Voici à quoi ressemblent les étiquettes du domaine Thanisch - Erben Thanisch. Ici, Berncasteler Doctor Riesling Auslese 2007

 

 

Une région : Mittelmosel en Allemagne, pays du Riesling


De retour, donc, après une grosse semaine d’absence. Je vous ai livré quelques conclusions sur un très joli Côte du Rhône, mais en fait assez éloigné de ce que j’ai pu goûté durant ce déplacement.

Cette semaine a donc été l’occasion de parcourir une région magnifique et magique, la Mittelmosel en Allemagne. Pour faire simple, on parlera de Mosel mais le terme est imprécis car cette rivière coule sur plusieurs dizaines de kilomètres, définissant ainsi différentes zones viticoles.

C’est par Bernkastel que j’ai commencé et j’ai visité à partir de là Piesport (en aval), Graach an der Mosel (juste à côté) et Ürzig (en amont). Zone qui ne constitue qu’une petite partie de la région qui porte le nom de Mosel, celle-ci s’étendant des frontières française, luxembourgeoise et belge jusque à Koblenz.

La première chose qu’on remarque dans ce merveilleux endroit, c’est le paysage magnifique. Il est vrai que les régions viticoles sont rarement laides (quoique… le bordelais n’est vraiment pas folichon :)), mais elles sont rarement aussi belles. Je n’ai malheureusement pas eu le loisir de me promener sur les coteaux et dans les vignes du fait de défaillance des différents temps : relativement mauvais pour celui qu’il fait et trop court pour celui qui passe. Les photos parlant d’elles-même, j’illustre.

De même, l’architecture du coin est vraiment intéressante avec ses murs en ardoise noire, ses maisons à colombages et autres beffrois gothiques. De tout point de vue, c’est donc une étape hautement recommandable. Là aussi, j’illustre.

Ce passage éclair dans la région m’a permis de découvrir des vins tout à fait à l’image du paysage, absolument superbes. Ici, le vin est fait quasi exclusivement à partir du Riesling. Mais outre les différents terroirs, le travail porte aussi sur différents degrés de maturité et différents taux de sucres résiduels dans les vins finis. Certes au bout du compte, avec le système qui plus est d’homologation de lots différents d’un même vin, il devient difficile de s’y retrouver… mais c’est bien pour ça qu’on est là 😉

Les vins, donc, comment sont-ils fait ? Les rendements sont assez variables mais plutôt élevés par rapport à nos régions. Ceci dit, il est difficile de parler de rendement global quand on récolte ici à maturité normale puis à différents degrés allant jusque parfois au TBA, plus souvent BA (Beerenauslese). Cela correspond à nos Sélections de Grain Noble alsaciennes. Les vinifications sont réalisées ou bien en cuve inox, ou bien dans de vieux fûts traditionnels de 1 000 litres qui sont souvent âgés de plus de vingt ans. La particularité des vins de Mosel va apparaître ici. En cours de vinification, il va être décidé d’interrompre les fermentations et laisser une certaine quantité de sucres résiduels. Cette quantité va d’une vingtaine de grammes pour un « feinherb » à 80g ou plus pour un Auslese, 120-150 pour un BA…

Mais il ne faut pas penser les vins de Mosel en terme de sucres résiduels car ces vins ont un profil très souvent sec ! Mieux, avec le vieillissement, les Spätlese ou Auslese qui se situent souvent entre 50 et 80g de sucres résiduels vont progressivement fondre leurs sucres. Il est vrai que le marché demandant des vins secs, les producteurs commencent à proposer des vins de ce type. Toutefois, un Riesling Feinherb comme le Schieferstern Riesling Feinherb 2008 de Trossen R&R, ou un Kabinett comme Bernkasteler Badstube Kabinett 2007 de Sofia Thanisch (Wwe Dr. H. Thanisch – Erben Thanisch), qui sont des vins entre 15 et 30g/l de SR, goûtent sec ou du moins appellent des accords de vins secs.

Plus généralement, en deçà de 50g/l de SR, la sensation moelleuse est à peine perceptible. Au delà, elle le sera jusque à 10 ans de vieillissement et s’estompera au delà. J’ai d’ailleurs goûté un Auslese de 1994 dans lequel j’aurai mis une vingtaine de grammes de SR et où il y en avait en réalité 75g/l… (et pourtant, Dieu sait que je suis habitué aux SR qui se cachent, notamment grâce à l’expérience des vins autrichiens où un palais français ne décèle habituellement qu’un tiers à la moitié du taux réel de sucre).

Avec ces vins, il faut donc repenser notre référentiel sucre et ceci est dû à la minéralité et à l’acidité stupéfiante de ces vins. Les versions sèches réalisées à l’heure actuelle sont intéressantes également, mais je trouve que l’on perd beaucoup d’originalité et de richesse par rapport aux versions traditionnelles avec SR qui s’appellent là-bas « fruitées ».

Leur autre particularité est leur incroyable diversité. A l’image de la Bourgogne en France, ces vins, pourtant tous issus du cépage Riesling, ont des profils radicalement différents. Au point que l’on pourrait dire qu’ils ne proviennent pas du même raisin ! La différence est déjà flagrante quand on compare un Riesling standard de Piesport, de Bernkastel, de Graach et d’Ürzig. Sur les Kabinett, Spätlese et Auslese, cela devient encore plus flagrant.

Il est donc clair que cette région est à découvrir d’urgence… d’autant plus qu’un projet absolument ubuesque d’autoroute et de viaduc risque de, au mieux, détruire le beau paysage de la région, et au pire, détruire l’essence même de ce terroir. To be continued…

Je reviendrai sur la région dans de prochains billet avec des exemples de vins dégustés.