Vallée de la Loire

Domaine François Cotat (France, Loire, Sancerre), le millésime 2012


C’est un rite annuel : la dégustation du dernier millésime de François Cotat. Ce n’est pas une dégustation toujours facile car ses vins sont construits pour la garde et ne s’exprimeront parfaitement que dans 10, 15 ou 20 ans. Mais d’un autre côté, il n’y a rien de plus simple vu qu’il ne rate quasiment aucun millésime. Sur ces dix dernières années, par exemple, je ne noterais que 2004 en retrait. Et encore, si mon opinion est particulièrement sévère (et celle de François, juste réservée), d’aucuns apprécient cette année précise.

François Cotat en Sancerre est très atypique. A tel point qu’il lui est arrivé par le passé de ne pas obtenir l’agrément pour certains de ses vins. D’ailleurs, il a cessé de le demander pour son rouge qui ne l’obtient jamais car… il ne fait pas la fermentation malo-lactique ! De surcroît les volumes sont tellement limités qu’il ne le commercialise pas vraiment. Ses vins ne sont que rarement prêts à boire avant une dizaine d’année, exception faite du rouge rarissime, du rosé et du blanc « les Caillottes ». Sur les dix derniers millésimes, je peux vous conseiller d’ouvrir : les Caillottes (alias Jeunes Vignes) 2005 et 2006 ainsi que l’ensemble des 2003. A horizon un peu plus large, les 2001 et 2000 sont superbes. Pour le reste… il faudra se rappeler le dicton « Patience est mère de vertu ».

L’immense plaisir des vins de chez Cotat reste que plus vous les attendez, meilleurs ils sont, dès lors que vous avez passé la période des 10 ans de jeunesse. Ils ne s’abîment jamais : un placement redoutable d’efficacité.

Chavignol, de l’autre côté.

On démarre donc sur ces 2012. 2012 fut un millésime globalement difficile en France et même faible dans beaucoup de régions. Les rares à s’en sortir parfois brillamment sont le Centre avec Pouilly et Sancerre, ainsi que la Vallée du Rhône et certains en l’Alsace. La dégustation commence toujours par les blancs, par ordre de cru, puis on enchaîne souvent sur un ou deux millésimes plus anciens.

Les Caillottes 2012 sont d’une jaune paille très clair, à reflets verts, comme tous les vins de 2012. On y découvre un fruité joyeux et évident. Aucune trace variétale (pas de buis ou bourgeon de cassis). Le vin est vraiment très agréable, expressif même, avenant. Il est plein de fruit, pas trop silex. La bouche est souple, bien construite. Sur le fruit blanc et les fleurs, toujours, avec une matière très intéressante et plus dense que les millésimes précédents de Caillottes (sans doute l’âge grandissant des vignes). La longueur est remarquable et sur la fraîcheur. C’est un vin qui donne le ton, ouvert, fruité avec une acidité nette mais douce. Aucun excès ni dans un sens, ni dans l’autre. Sur cette cuvée toujours plus simple, de jeunes vignes qui ne pardonnent rien, il est de bon augure de trouver un tel jus. C’est une très belle bouteille, déjà appréciable mais qui se bonifiera pour commencer de se livrer dans 3 à 5 ans. 81/100 ; 5 ++ (id est, on peut en attendre 90-92/100 dans 5 à 10 ans).

Les Monts-Damnés 2012. Au contraire des autres, cette bouteille vient d’être ouverte, or à cet âge de leur vie, les vins du domaines sont bien plus facile à aborder après quelques jours, voire une semaine. Toujours cette couleur vive, jaune pâle à reflets verts. « Visiblement » c’est plus fermé. Le fruit est retenu bien que présent, comme caché derrières quelques très élégantes notes végétales (un soupçon de bourgeon de cassis). La minéralité habituelle de ce terroir éclate au nez avec ces notes typée de silex, de pierre mouillée, sèche. Très difficile à décrire. Un nez que je qualifierais de droit. Impeccable, taillé comme un diamant. La bouche est plus facile à lire, comme souvent sur les vins trop jeunes. Ce qui marque le plus, c’est le contraste avec le vin précédent. Alors que Caillottes était déjà magnifique, une grande marche est grimpée quand on touche à la matière de Monts Damnés. Puissamment structurée, organisée, cette bouche très intellectuelle est sublime. Aromatiquement, ce sont les agrumes qui se développent particulièrement en finale, citronnée, superbe. La longueur est grande, pure… c’est une bouteille qui ira loin. 87/100 ; 10 ++

Culs de Beaujeu 2012 de nouveau un vin ouvert depuis plus longtemps. La couleur est un peu plus soutenue. Le contraste n’en reste pas moins saisissant. Le nez ne montre pas ces notes minérales (qu’il ne montre jamais, d’ailleurs) ni les touches végétales (élégantes) de Monts Damnés. On est ici plutôt sur une trame exotique avec quelque chose de poivré. C’est un vin beaucoup plus évident, immédiat et même sensuel (toute proportion gardée). La bouche est large, puissante. Le fruit est plus mûr, plus exotique, moins agrume. La longueur excellente. On trouve de surcroît des notes épicées et la touche végétale absente du nez apparaît en milieu de bouche. C’est beau ! Même si le contraste expressif provient largement de l’ouverture, ce vin semble beaucoup plus spontané que Monts Damnés. Un caractère finalement récurrent de cette cuvée. Le fait, cette année, qu’il reste un peu de résiduel (un peu plus) n’y est sans doute pas étranger. 90/100 ; 10 ++

La Grande Côte 2012 est d’un jaune légèrement plus intense, toujours à reflets vers. Le nez est plus complexe, plus riche, plus expressif. Un pallier est franchi en terme d’arômes exotiques, la mangue apparaît, soutenue de fruit jaune (pêche). Même si on ressent bien que le vin est tout en retenue, il livre déjà énormément d’éléments, de précurseurs… en bouche, tout est sublimé : matière, aromatique, élégance… La complexité est incroyable, toujours tournant autour de l’abricot, de la mangue, de l’ananas, du citron avec un trait végétal qui ajoute encore en complexité. La matière donc est imposante, puissante avec une finale tendue magique. La longueur est déjà immense. Magnifique bouteille, qu’il faudra certes attendre, mais qui devrait s’élever très haut dans le panthéon des vins. Tout dans cette bouteille est à sa place : matière, aromatique, acidité, alcool, richesse. La Grande Côte est toujours un vin d’exception mais je l’ai rarement vu à ce niveau d’équilibre. L’avenir nous confirmera sans doute la haute naissance de ce vin. 93/100 ; 10 ++ (je peux pratiquement parier que ce vin touchera les 100/100 dans quelques années… voire plus !)

Chavignol, côté vigne.

Nous en avons fini avec les blancs 2012, superbe série, nous allons maintenant goûter deux de leurs aînés, 2001 et le grandiose 1995.

La Grande Côte 2001, un millésime à part. François Cotat nous explique que cette année là, il n’aimait pas les acidités. Trop élevées. Alors il a attendu. Quinze jour après que tout le monde ait terminé, il a commencé. Il était tranquille dans les vignes, nous dit-il. Pourtant il considère que c’est de la chance pure et simple. Il a attendu à cause de cette acidité et il a gagné une semaine et demie de grand beau temps. Au lieu de sortir un millésime correct mais dur, il a réalisé une grande année. Malheureusement ce vin est ouvert depuis plusieurs semaines, donc je ne le noterai pas. Le nez développe des arômes puissant de truffe blanche, caractéristique de la Grande Côte à maturité. Les fruits exotiques sont intense. Une note de miel ouvre la bouche qui termine sur une acidité salivante mais bien présente. En bouche surtout, l’on sent la fatigue. A l’ouverture, on devait friser le parfait. Un 95+ sans doute… et toujours superbe.

Mais il n’avait pas dit son dernier mot, il retourne chercher une autre bouteille dans son trésor :

La Grande Côte 1995, le lot de consolation me convient fort bien, car pour connaître la bouteille, c’est une des réussites des années 1990. La bouteille aura un peu le défaut inverse d’avoir été ouverte trop tard. La truffe blanche est à nouveau présente mais légère, pas dominante, on trouve aussi le cassis, le bourgeon de cassis, un peu de fruit rouge. Pas tellement exotique au nez. La bouche révèle une complexité à la fois puissante et aérienne, c’est du grand art. L’équilibre est parfait et montre ô combien le 2001 n’est que presque parfait. Cette fois au sein de cette bouche à la densité incroyable, nous allons retrouver la mangue, le fruit de la passion, les baies, une touche de vert… dans deux ou trois heures de carafe, le vin serait certainement idéal. Sa jeunesse est surprenante, à peine doré, aucune oxydation… 100/100 ; 10 + , peut être une vue de l’esprit mais ce vin  déjà parfait sera encore meilleur dans 5 ou 10 ans !

Arrivés au sommet, nous changeons de registre pour finir sur le plus humble mais non moins excellent :

Rosé 2012, déjà habituellement limitée, la production sur 2012 est quasi inexistante. Ce Rosé est toujours étonnant car il sort des codes. Il est toujours très expressif et c’est un reflet puissant du millésime. Il peut être sec, demi sec… et il vieillit admirablement. Cette année, il marque par son caractère vineux. La couleur est marquée (tout l’opposé de 2010 qui semble plus un blanc taché qu’un rosé), son nez est extraverti, sur le fruit rouge comme la groseille, la fraise et la framboise. Relativement complexe, il a une bonne tenue. La bouche, elle, est puissante et construite. Il semble venir de bien plus au sud. Le fruit revient, surtout la groseille et l’ensemble se termine avec une impression de mâche intéressante, une impression de vin. Puissant. Sans doute ses 14 et quelques % expliquent cette tenue inhabituelle. Voilà un joli vin, qu’il faudra savoir attendre quelques année pour en tirer tout le potentiel. 86/100 ; 5 +

En conclusion de cette dégustation, je dirais que 2012 est manifestement une grande réussite. Les vins sont promis à un très bel avenir si on n’est pas tenté de toucher cela trop tôt. Sur la base de cette dégustation, il fait partie des meilleurs millésimes de ces 10 dernières années car il a tout mais surtout il a l’équilibre.

 

Un domaine : Saget La Perrière (France, Loire)


Nom : Saget La Perrière (regroupe : le Domaine Saget, le Domaine de la Perrière, le Domaine Balland-Chapuis, le Domaine des Grandes Espérances, le Château de la Mulonnière et le Domaine Chupin)

Nature : Domaines indépendants et négoce. Propriété familiale (Famille Saget)

Terroirs : Vallée de la Loire, vins produits sur la quasi totalité des AOP et IGT de la région. A l’origine, Pouilly Fumé.

Surface : 360ha + achat.

Aujourd’hui, un focus sur un domaine : Saget La Perrière, en Loire.

Il y a déjà longtemps que j’ai prévu de dédier un billet au travail remarquable effectué par ce domaine. Je trouve que c’est une tâche d’autant plus importante que ce type de maison souffre de préjugés importants en France (grande superficie, domaine et négoce, présent dans tous les canaux de  distribution, etc…), alors que la vérité n’est pas ailleurs que dans le verre. Et lors de ma dernière dégustation de leurs vins, j’en ai  eu l’exemple parfait… et triste. Avant de juger un domaine, goûtez, mes amis, goûtez et particulièrement à l’aveugle.

La maison Saget va donc à contre courant de tous les préjugés français en matière de vin de qualité, et disons-le d’emblée : ça marche !

Les vins sont superbes, tous parfaitement adaptés à leur marché. Mais il ne faudrait pas comprendre que ce sont des « vins marketing ». Toute la force et la spécificité de la maison Saget et d’être parvenue à faire coexister la logique « domaine indépendant, artisanal » et celle du vin de négoce, régulier et marketé comme il se doit. Comment l’équilibre est-il atteint ? Tout simplement en distinguant de manière claire les différentes activités et en gérant les différentes entités de manière totalement indépendante en ce qui concerne l’élaboration du vin. Le style du Domaine Saget n’est donc pas le même que celui du Domaine des Grandes Espérances, ou du Domaine de la Perrière. Chaque domaine est élaboré par des hommes différents, sous la responsabilité d’un oenologue propre à chaque domaine, sensible à son terroir. Et si l’on cherche un point commun, il se trouvera peut-être dans la recherche de pureté et d’expressivité. En pratique, lorsque l’on déguste chez Saget, chaque domaine a son identité propre et donc bien au contraire d’un domaine de 360ha de vignes, nous avons réellement en face de nous un domaine de 10ha, un autre de 20, etc…

La force de cette structure est donc de tirer pleinement profit de toutes les possibilités offertes à la viticulture française. Par exemple, l’activité de négoce donne naissance à un remarquable Vin de France, La Petite Perrière. Impeccablement positionné, c’est un vin idéal pour les marchés export, le vin dont rêve un importateur : facile, expressif, bon marché et représentatif d’une certaine image du vin de France. C’est un type de vin dont je ne connais, hélas, pas beaucoup d’exemple en France, alors qu’il s’agit exactement de ce qui manque sur le marché pour promouvoir efficacement la France. Mais à l’opposé, le domaine produit des cuvées ciselées, d’une typicité implacable comme le Savennières « L’Effet Papillon » du Château de la Mulonnière ou le Pouilly Fumé du Domaine Saget, qui sont deux vins superbes, apte à un long vieillissement en cave.

Ce domaine donne un bon coup de pied au derrière des préjugés des amateurs et critiques de vins français, pour qui seul vaut le domaine indépendant. Mais rappelez-vous toujours que la plupart des noms bourguignons que vous connaissez sont des négoces (et d’une qualité indiscutable), on pensera à William Fèvre, Louis Jadot ou encore Bouchard Père et Fils. Et n’oubliez pas non plus que les grands Châteaux Bordelais couvrent des superficies très importantes (de l’ordre de la centaine d’hectare) et des terroirs très hétérogènes, beaucoup plus hétérogènes que chaque domaine de la maison Saget pris individuellement. D’ailleurs, il ne faut pas s’y tromper : le Domaine Saget (Pouilly Fumé) et le Domaine des Grandes Espérances (Touraine) sont tous deux présents dans le Guide Bettane et Desseauve ainsi que dans celui de la RVF.

Je ne pourrai pas vous faire une revue de détail, tant les vins sont nombreux, mais je vais balayer assez largement la gamme et vous brosser un portrait de quelques cuvées particulièrement intéressantes.

NB : Je vous rappelle de vérifier mon barème afin d’interpréter mes notes. A partir de 70/100 on entre pour moi dans la catégorie des bons-très bons vins. 80, très bons à excellents et 90+ correspond à des vin exceptionnels. Ma notation ne correspond pas au barème Parker.

LES BLANCS :

La Petite Perrière Sauvignon Blanc : La démarche derrière ce vin est de mettre en lumière le savoir faire du domaine sur les cépages de son berceau d’origine (le Centre), que sont le Sauvignon blanc et le Pinot Noir. La Petite Perrière n’est donc produite que sur cet deux cépages. En l’occurrence il s’agit réaliser une sorte de Sauvignon Blanc idéal, constant dans ses caractéristiques, bon marché et destiné à une consommation rapide. Assembler des vins de diverses origines est une brillante idée car il permet de balancer le trop mûr des Sauvignons du sud (mais souvent très fruités) avec la fraîcheur et les arômes plus végétaux du nord. On obtient, pour le 2011 goûté il y a un an, un vin à la fois exotique et frais avec une touche variétale de bon aloi. Un vin qui n’est pas destiné à la garde, disons-le encore, à consommer dans l’année. Un remarquable rapport qualité prix. Bon vin, à consommer dans l’année, environ 70/100 ; 0 0

Domaine des Grandes Espérances, le Blanc, Touraine 2010 : dégusté en décembre dernier (sauf mention contraire, valable de tous les vins). 100% Sauvignon Blanc. Plus typiquement bourgeon de cassis et buis. Légère touche exotique. La bouche est ronde avec une note acide en finale et un retour discret du végétal en finale. Joli vin, bien dans l’esprit Touraine. A consommer dans les deux  prochaines années. 72/100 ; 0 0

Domaine des Grandes Espérances, Roi Soleil 2011 : 100% Sauvignon Blanc. Micro-cuvée (de l’ordre de 1000 à 3000 bouteilles par millésime). Parcelle de vieilles vignes. D’emblée on note un surcroît de maturité et une structure plus grande. Les arômes sont intenses, plus portés sur le fruit. La bouche est vineuse et très minérale. C’est un beau vin mais qui demande encore quelques années pour se mettre en place. 75/100 ; 5 +

Domaine des Grandes Espérances, Aurore 2010 : A mes yeux, la différence de millésime joue à plein. Les 2010 sont plus en place et l’équilibre et plus sur la fraîcheur que sur la maturité. Ici nous retrouvons une cuvée parcellaire, 100% Chenin. Le nez est large, gras, légèrement beurré. La bouche est ronde et pleine mais tendue en même temps. Beaucoup de fruit, mûr. Très beau vin, attendre quelques années. 79/100 ; 5 ++

Domaine Saget, Pouilly-Fumé 2010 : C’est la cuvée de référence du domaine, à noter que sa commercialisation tend à être retardée afin de proposer le vin à un moment où il est déjà en place. 100% Sauvignon Blanc. Note variétale, très élégante, au nez. Puis une impression de largeur avec du fruit mûr et des arômes floraux. Nez complexe. La bouche est d’une grande élégance, pleine, et présente des fruits jaunes avec une touche assez étonnante de groseille. Vin extrêmement élégant, magnifiquement équilibré. C’est une superbe bouteille qui va devenir exceptionnelle dans quelques années mais qui est déjà très accessible. Indiscutablement un Pouilly-Fumé de référence. De surcroît d’un excellent rapport qualité prix ! 86/100 ; 5 ++ 

Domaine Saget, Roches 2009 : Je lui ai trouvé plus de minéralité et quelque chose de cristallin. La bouche est plus orienté sur le arômes végétaux. Finale sur la fraîcheur. Attendre. 82/100 ; 5 ++

Domaine Saget, Les Sablons 2009 : Un vin tout à fait étonnant sur 100% Chasselas. C’est une rareté désormais car le Chasselas est largement abandonné sur Pouilly-Fumé au bénéfice du Sauvignon Blanc. L’idée derrière ce vin est de faire la démonstration que si le cépage est traité avec attention, il peut produire des vins intéressants. Pour votre information, le Chasselas est beaucoup plus connu soous le nom de Fendant, le célèbre vin suisse. Le nez est grillé, gras avec des fruits comme la mangue et le litchi. Vraiment très intéressant. La bouche est nettement dominée par l’élevage (le pourcentage de bois neuf est beaucoup moins important dans le 2010). Fraîcheur remarquable de l’ensemble alors que c’est souvent la faiblesse du Chasselas. Un vin extrêmement intéressant (premier millésime, je crois), qui devrait donner quelque chose de superbe sur un millésime comme 2010… à suivre. 76/100 ; 5 +

Château de la Mulonnière, L’Effet Papillon, Savennières 2008 : Ce vin, je l’ai dégusté il y a un an, au domaine. Nez d’abricot, de litchi et de fruits secs. Bouche à l’avenant. C’est excellent et très expressif. Un des meilleurs Savennières que j’ai récemment dégustés. A ne pas rater. 89/100 ; 5 + 

LES ROUGES :

Domaine des Grandes Espérances, le Rouge, Touraine 2010 : Cocktail détonnant de 60% Gamay, 20% Malbec, 20% Cabernet Franc. Cahier des charges : un vin à boire à deux sans distinction de sexe et en moins d’une heure. Résultat : objectif atteint. Ce vin est facile et jouissif. Très souvent, je trouve le terme « vin de soif » complètement dévoyé, employé pour qualifier des vins de hauts rendements, déséquilibrés, mal mûris, dépourvu de corps et trop acides… mal fichus, en fait. Ce n’est pas le cas ici, voilà un véritable vin de soif, vin de copains. Du fruit, du fruit, du fruit. Au nez et en bouche, aucune sensation de verdeur ou râpeuse. C’est bien fait et ça glisse sur la langue. L’équilibre est très bon. Un vin dangereux 😉 et il va sans dire, un rapport qualité prix imbattable 73/100 ; 0 0

Domaine des Grandes Espérances, Supernova 2009 : 100% Malbec, micro-cuvée. Issus de vieilles vignes, ce vin réalise exactement ce qu’on attend d’un Malbec de Loire – et qu’on ne trouve pratiquement jamais – la puissance, le gras et l’explosion aromatique du Malbec avec la fraîcheur du climat ligérien, qui apporte une texture plus souple, moins alcooleuse que dans le sud. Le nez est poivré, épicé avec un fruit noir bien mûr. Quelques touches florales apportent de la complexité. La bouche est pleine, avec une belle matière et des tannins plaisants. Aromatiquement on retrouve en plus la cerise et le noyau. C’est excellent mais encore jeune. Chapeau ! 82/100 ; 5 + (90/100 ; 5 + mise à jour suite à dégustation du 25 mai 2013)

Domaine des Grandes Espérances, les Ailes Pourpres 2010 : 100% Cabernet Franc. Un OVNI. Son élaboration est déjà une surprise (parlez-en avec Arnaud ou Laurent si vous les rencontrez). Que dire sinon que ce vin est le charme à l’état brut. C’est une grande bouteille, indiscutablement. Le nez est superbe, dense, profond, fruité. Le boisé complètement intégré apporte sa complexité. En bouche c’est à la fois énorme et soyeux : un ange en bouteille. Il peut encore vieillir, il gagnera assurément, mais c’est déjà excellent. Comme dirait un ami « Superb effort! » ; c’est fantastique et j’adore. 90/100 ; 5 +

LA BULLE :

Nous terminerons sur une bulle, je n’en ai goûté qu’un seul au domaine mais il en existe plusieurs. Particulièrement la cuvée Constellation, qu’il me tarde de découvrir. Il s’agit de :

Domaine des Grandes Espérances, Etoile Filante, Touraine Brut (blanc) : Un effervescent « entrée de gamme » qui passe 12 mois sur latte. 70% Chenin, 30% Chardonnay. Beaucoup de fraîcheur dans ce vin. Je lui trouve du fruit rouge (groseille, cerise), de la poire. L’effervescence est un peu rustique mais le vin est juteux avec de la pomme ou encore du litchi en bouche. C’est un vrai plaisir. Festif, jouissif… un leitmotiv sur ces cuvées à boire tous les jours… Le prix est indécent tellement il est raisonnable… plutôt apéritif que gastronomique. Bottoms up! 71/100 ; 0 0 

Les Ailes Pourpres (design de l'Etiquette)

Les Ailes Pourpres (étiquette), un dessin de Anne Montel

Qu’ajouter en conclusion ? Un (des) domaine(s) que je vous conseille de découvrir. La qualité du travail est irréprochable et les vins nous en donnent toujours pour notre argent et même souvent bien plus. Le Pouilly-Fumé est un vin de référence pour l’appellation et je vous recommande instamment de le découvrir. De toute façon, il faut se rendre à l’évidence : de part la stratégie de domaine, qui consiste à préserver l’identité propre de chaque domaine, de chaque terroir, vous trouverez toujours un vin qui correspond exactement à ce que vous cherchez. Il est aussi remarquable que malgré des millésimes difficiles comme 2011 en Centre ou même 2009 dans une certaine mesure, la qualité est toujours là, les vins réguliers… que demander de plus ? Sans aucun doute de voir plus souvent ce type de domaine sur les tables et dans les guides, qui ont bien du mal, parfois, à admettre qu’on peut faire de grands vins autrement qu’avec 4ha, de la poudre de perlimpinpin et, de préférence, dans le fond de son garage. Le bon vin, c’est avant tout du talent et de la rigueur. Et dans la maison Saget, on en a à revendre.

Quick review : Chinon 2008 by Marc Brédif (France, Chinon)


Pour une fois, un vin disponible chez Alko que je vais commenter en français car justement il est français et disponible en France.

Ce Chinon 2008 du Domaine Marc Brédif est au nez un archétype de poivron rouge. Rarement j’ai eu autant de poivron dans un verre, le fruit rouge type groseille y est complètement noyé. En bouche on retrouve cet arôme. La structure globale du vin est bonne même si l’amertume est nette. Les tannins ne sont en revanche pas agressifs. La dominante poivron ne m’a pas dérangé outre mesure mais il y a un déséquilibre dans ce vin. Ce qui en soit est logique puisque le poivron dans un cabernet franc est de toute façon la marque d’un manque de maturité du fruit. C’est pourquoi, en toute honnêteté je vous dirai que même si le vin est buvable, on lui préfèrera un vin vraiment mûr comme le Chinon domaine de Alliet ou Baudry.

La note Wineops : 59/100 ; 0 0

Archétype du Cabernet Franc pas mûr, ce vin intéressera par son aspect pédagogique. Autrement, il s’agit du défaut type des vins français qui ne prennent pas de risque : recherche de rendements trop élevé, peu de présence à la vigne et raisins pas mûrs au bout du compte… mais très « typique » (autrement dit, ça sent comme le bon vieux pinard du Grand Père).


Sancerre Jadis 2002 by Domaine Henri Bourgeois (France, Sancerre)


Le Domaine Henri Bourgeois est l’un des plus importants du terroir de Chavignol. Village fameux du sancerrois dont sont issus parmi les meilleurs vins de l’appellation. C’est la terre des Cotat, Vatan, Boulay… La gamme de Henri Bourgeois est bien construite, étendue (jusqu’à la Nouvelle-Zélande avec le Clos Henri) et d’une qualité irréprochable. Ses entrées de gamme sont particulièrement soignées, d’ailleurs.

La cuvée qui nous occupe aujourd’hui fait partie des cuvées supérieurs du domaine et compte parmi les meilleurs et les plus réguliers sancerres. Elle est issue de parcelles plantées sur des marnes kimméridgiennes, étage géologique similaire à celui qui compose les sols de Chablis. D’aucuns y trouvent d’ailleurs l’explication d’une parenté souvent constatée entre les deux appellations. 2002 est un millésime de grande qualité, comme dans beaucoup de vignobles septentrionaux.

Jadis 2002 ne déroge pas. C’est un vin arrive à maturité, expressif, immense. Le nez est enivrant, riche, fruité. On y trouve les exotiques passion et mangue, la pêche, le miel et une fraîcheur saline. Il est intense et incroyablement profond. En bouche les sensations se prolongent et se développe. Très bel équilibre, le vin est puissant et généreux. Une très grande bouteille.

Ma note : 90/100 ; 5 0

Voici un vin excellent. Il entre dans sa période de maturité, complexe et puissant. Et cette puissance va appeler des plats solides comme le homard, les volailles, certains fromages affinés. Que de plaisir ! Ce vin est encore disponible au domaine.

Noël, ses émotions et ses surprises


Noël (et Nouvel An) sont des occasions de sortie de vins un peu exceptionnels. Soit qu’ils soient de grands flacons, en compagnie les appréciant, soit qu’ils soient de petits vins si la compagnie n’aime pas. Dans tous les cas, c’est un exercice à figures imposées : les plats et les invités sont en général définis à l’avance.

Au rang des probables plats, huîtres, saumon fumé, foie gras, volaille, marrons, bûche… des mets plutôt pénibles à assortir. Quant aux vins, en France, difficile de passer outre le(s) Champagne(s), Sauternes et plus généralement Bordeaux ou autres Bourgognes. C’est l’occasion classique par excellence.

Dans mon cas, les fêtes de fin d’années se sont révélées pleines de surprises et de fraîcheur. D’abord, il ne fut pas question de Champagne (ou presque), ce qui est pour moi une grande joie, cette figure imposée privant souvent d’un autre vin plus intéressant. J’ai donc pu proposer à mes convives une vingtaine de vins dont aucun n’a réellement déçu.

Il est ressorti en tête de ces agapes :

1° Les Culs de Beaujeu Cuvée Spéciale 1996 by François Cotat, France, Sancerre

Toujours au sommet, ce vigneron domine presque systématiquement les débats, avec des vins hauts en couleur. Ce dernier ne manque pas à l’appel. Avec une pointe de sucres résiduels qui signe un style très fruité, ce vin est caractérisé par des arômes de truffe blanche exceptionnels. Il est gorgé de fruit, d’une fraîcheur exquise et d’une jeunesse insolente. C’est un futur vin exceptionnel qui demande encore au bas mot 10 ans de cave (il a passé plus de 6 heures en décanteur sans évoluer d’un cil).

Ma note : 94/100 ; 10 ++

Ürziger Würzgarten Auslese * 1997 by Weingut Karl Erbes, Allemagne, Mosel (Ürzig)

Un an plus jeune et même constat, ce vin que j’ai ouvert par deux fois, est à attendre une dizaine d’année et ne bouge pas sur quatre jours. Un breuvage délicieux est issu du Riesling, moelleux mais équilibré par une acidité superbe, fin, complet. Son nez d’ananas est relevé par des nuances terpéniques que je trouve plutôt classiques de ce terroir et élégantes pourront toutefois choquer ou déplaire aux palais qui ne les apprécient pas. La bouche très nettement ananas à l’ouverture s’enrichit de mangue, de poire et autres fruits. Pour le moment l’évolution est vraiment contenue.

Ma note : 92/100 ; 10 ++

Loupiac 1982 by Château Dauphiné Rondillon, France, Bordeaux

Cette bouteille aurait pu tenir encore plusieurs années, sans que je pense elle ne devienne franchement meilleure. Ce qui m’a particulièrement plu est sa note végétale (typique d’un vieux Sauvignon) et naturellement, l’intégration de ses sucres. C’est un vin sage, subtil. Son âge lui donne une grâce incroyable. L’émotion qu’il apporte est bien celle des vieux vins, mûrs, dont même les défauts se font accepter. Très belle expérience.

Ma note : 91/100 ; 5 0

Grüner Veltliner Spiegel Reserve 2006 by Weingut Sonnhof Jurtschitsch, Autriche, Kamptal

Ce dernier commence évolue très lentement mais développe déjà une richesse, une générosité d’arômes rare. Pourtant marqué par une acidité assez faible (caractéristique des Grüner Veltliner du millésime 2006 du domaine), ce défaut ne s’accentue pas avec le temps et l’ampleur que cela lui confère en font un vin idéal pour accompagner viandes blanches et fromages.

Ma note : 91/100 ; 5 +

Voilà donc pour ceux qui ont marqué les festivités, un peu plus que les autres. Un des traits de ces dégustations est le niveau moyen très élevé des vins, avec pour pires flacons, une Cuvée Fréderic Emile 2002 de Trimbach (Alsace, que je reverrai dans 5 ans) ou encore un Henriot Millésimé 2000 encore beaucoup trop jeune. Deux vins que je note tout de même autour de 75/100.

Les autres que je retiens et sur lesquels je reviendrais plus tard :

L’Infidèle 2007 by Mas Cal Demoura (France, Languedoc)

Cuvée Spätlese 2005 by Weingut Nekowitsch (Autriche, Burgenland)

Chardonnay 2006 by Weingut Nekowitsch (Autriche, Burgenland)

Jadis 2002 by Henri Bourgeois (France, Sancerre)

Grüner Veltliner Rosshimmel 2006 by Weingut Alois Zimmermann (Autriche, Kremstal)

Charmes-Chambertin 1998 by Domaine Arlaud (France, Bourgogne)

En conclusion de ce premier billet de la nouvelle année, je vous dirais que rien ne vaut de sortir des grandes appellations ou des grands noms, ce qui compte est de trouver un vigneron sérieux et intelligent. Parmi les vins cités, ceux qui ont fait la plus mauvaise impression sont les Bourgognes et le Champagne. En ce début d’année 2011, je vous le dis donc bien fort, des grands vins existent à tous les prix, il faut juste savoir chercher au bon endroit !

Quick review : Amphibolite Nature 2009 by Domaines Landron (France, Muscadet)


Cet Amphibolite Nature 2009 du domaine Joseph Landron fait partie des Muscadets régulièrement cités pour leur qualité. Amphibolite constitue l’entrée de gamme du domaine, un vin frais et simple. Avant d’aller plus avant dans la critique, il faudra vous rappeler que 2009 est un MAUVAIS (j’ai bien dis mauvais) à très moyen millésime en blanc dans la vallée de la Loire. Les acidités sont très basses et donnent donc des vins atypiques et déséquilibré. 2009 en revanche est magnifique en liquoreux et plutôt bon en rouge.

Amphibolite fait partie de ces vins qui ont sauvé l’acidité mais perdu les arômes. Il est littéralement muet. Pratiquement aucun parfum au nez, presque rien en bouche. Une pointe d’agrume survit au milieu de cet océan vide. Aucune trace du salin caractéristique de ce vin. Je ne pense pas par ailleurs à un défaut de bouteille. En revanche il est étonnant que le vin donne l’impression d’être bien fait : il n’est pas mauvais, il est juste aphone. N’attendez pas par ailleurs qu’il s’améliore en vieillissant car le produit n’est pas fait pour ça, en témoigne le bouchon synthétique qui ne vous autorisera au mieux que deux années de garde.

Reste que sur ce tarif, on est dans des prix très élevés pour la région et pour ce type de vin et je vous conseillerais donc de vous intéresser à ses produits supérieurs ou pourquoi pas aller voir ce qui se fait ailleurs comme au domaine de l’Ecu.

Ma note : 50/100 ; 0 0

Quick review : Petit Bourgeois 2009 by Henri Bourgeois (France, VDP de la Loire)


« Le temps s’en va, le temps s’en va Madame »… et déjà presque une semaine sans rien écrire !

Passons donc en revue le Petit Bourgeois 2009, Sauvignon Blanc. J’aime ce vin (en général) pour son très joli rapport qualité prix, mais je suis en même temps un peu frustré par son manque de complexité. Il n’empêche, c’est un bon étalon du cépage, que j’utilise souvent en initiation.

J’aborde de ce vin avec une certaine désinvolture (certaine car malgré tout, 2009 guète au coin du bois) et bien mal m’en a pris. Le vin est correct dans l’ensemble, au fur et à mesure qu’il se réchauffe cependant, il dévoile des défauts caractéristiques du millésime. Si le nez est de bonne facture : variétal mais pas trop, expressif sans être caricatural, la bouche, elle, déçoit. L’attaque est nette et le profil aromatique consistant mais le milieu de palais et la finale chauffent et s’effritent littéralement. Pour moi, il est clair qu’une maturité avancée, doublée d’un manque d’acidité expliquent ce résultat décevant. Un vin que je ne vous conseillerai donc pas, au contraire du très joli 2008.

Ma note : 59/100 ; 0 0