Kremstal

Riesling Kellergärten 2008 by Malat (Autriche, Kremstal)


Malat est sans aucun doute l’un des tous meilleurs producteurs basés en Kremstal. Un autre nom à retenir dans cette région est Proidl, ou encore Alois Zimmermann (avec des vins un peu moins ambitieux). Quel est le programme de ce Kellergärten ? Tout simplement proposer un vin direct, franc, rapidement accessible et « fun ».

Le Riesling Kellergärten rentre dans la toute nouvelle catégorie Kremstal DAC. Ce système de classification est mis en place afin de donner de nouvelles possibilités commerciales aux producteurs autrichiens. Il ne vient pas remplacer l’ancien système germanique mais vient apporter quelque chose d’autre. Vous me direz que ça ne va pas simplifier les choses ! C’est certain, du point de vue de la multiplication des vins, mais étant donné que désormais l’Autriche produit essentiellement des vins secs, cet apport se trouve justifié par rapport à l’ancien label « Qualitätswein » qui était finalement une sorte de parent pauvre du QmP (Qualitätswein mit Prädicat). Par ailleurs, le système allemand ne se soucie pas de la provenance et ne se concentre que sur la maturité du fruit, avec en arrière pensée que plus c’est mûr, meilleur c’est. Cette démarche n’est plus considérée comme suffisante. Mais la volonté de définir les terroir est aussi politique en Autriche et c’est ainsi que les DAC naissent (alors qu’en Allemagne, les initiatives restent privées). En outre, étant donné que la DAC vise à établir une certaine spécificité du terroir qu’elle recouvre, elle a un intérêt euristique majeur pour le consommateur. Bref, la DAC, c’est l’AOC à l’Autrichienne.

Ceci étant plus ou moins éclairci, il faut reconnaître que l’objectif de Malat est atteint avec ce vin. C’est facile, souple et intéressant. En somme un vin idéal.

Le nez part sur la rose, le litchi, les fruits blancs. La bouche abonde de fraîcheur et présente une pointe d’exotisme. Le premier jour, on a presque l’impression qu’il y a un peu de sucre résiduel. C’est extrêmement plaisant. Mais la surprise, c’est que le vin est encore meilleur douze heures plus tard. Je vous conseille donc de l’ouvrir environ six heures avant le repas (par exemple le midi si c’est pour le soir), en enlever un verre si possible, le reboucher et le laisser au frais. Il ne s’en portera que mieux.

Ma note : 80/100 ; 5 +

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Vievinum 2010 (Wien, Österreich) – Part 3 : Blancs


Notre rétrospective Vievinum s’achève avec les blancs. De très loin, les blancs sont la production dominante d’Autriche. Ils sont aussi les vins les plus emblématiques, avec en particulier les grands Riesling et Grüner Veltliner de la Wachau. Pas surprenant que sur Vievinum, ce soit les blancs qui aient dominé les débats en matière quantitative. Quant à la qualité, c’est une autre histoire !

Les millésimes de blanc, par leur élevage, voient leur date de sortie décalée d’un an d’avec les rouges. Cette année, Vievinum proposait donc essentiellement des 2009 mais quelques producteurs ont eu la bonne idée d’apporter des 2008 (en comparaison) et plus rarement des 2007 et 2006. Si 2008 était un bon millésime, classique, 2009 est beaucoup plus problématique. D’Est en Ouest, les conditions ont été de plus en plus mauvaises et les résultats à l’avenant. Quant au sud, en Steiermark et Südsteiermark, la grêle a ruiné une grande partie de la récolte. 2009 est donc, il ne faut pas se voiler la face, une très mauvaise année. Après dégustation à Vievinum, j’ai d’ailleurs considéré que c’était un millésime à ne pas acheter, par défaut, en attendant de regouter un peu plus tard.

Chardonnay Tatschler by Kollwentz

En Burgenland et en Carntum, on découvre un 2009 correct à bon. Markowitsch propose par exemple un Grüner Veltliner Alte Rebe 2009 plutôt intéressant et original, noté 77/100. De même Gmeiner ou encore Prieler. Kollwentz, là encore, domine les débats avec ses vins les plus simples (les autres étaient présentés en 2008). Son Chardonnay Leithagebirge (85/100) ou son Sauvignon Blanc Steinmühle (88/100) sont parmi les tous meilleurs blancs 2009 dégustés. Tous millésimes confondus, Schönberger sur Herbst Weiss 2007 et Sauvignon blanc Kräften 2007 tous les deux à 88/100, fait partie des révélations du salon (ses rouges sont aussi intéressants). Mais LE vin qui a fait oublier tous les autres, c’est le Chardonnay Tatschler 2008 de… Kollwentz. Un vin de très haut niveau, que je n’hésiterai pas à présenter face aux grands bourgognes blancs. Un profil aromatique exceptionnel, un élevage irréprochable et une magnifique tension, pour un vin qui devrait se bonifier sur un décennie au minimum et que j’ai gratifié d’un 92/100 plus que mérité ! Je suis rarement à ce point enthousiaste mais ce salon m’a donné quelques occasions de frisson, celle-là en était une.

En remontant un peu au Nord, en Thermenregion, j’ai rencontré un magnifique vin en personne du Zierfandler Grosse Reserve 2007 de Stadlmann, confirmé par la dégustation du 2006 un peu plus tard. C’est un vin avec un peu de sucre résiduel, sur une gamme aromatique peu commune, mêlant le fruit exotique et le végétal. Comme un brin de thym au miel… superbe (92/100).

A l’opposé, au Sud, Walter Skoff réussit un très très beau (ne boudons pas notre plaisir) Sauvignon Blanc Obegg 2008 (90/100) mais je n’adhère pas du tout au Royal de la même année, bien fait mais beaucoup trop boisé à mon goût. Ce vin m’a un peu fait pensé au Chef d’oeuvre inconnu de Balzac (lecture que je vous recommande chaudement). Georgiberg marque encore des points avec sa jolie gamme très bien faite et très bon marché.

En repartant au Nord-Ouest, dans les grands vignobles historiques (Wagram, Traisental, Kremstal, Kamptal et Wachau), les choses se gâtent. Enfin, se gâtent pas tant que ça avec le sommet des sommets, en 2009 ! qui sera Bernhard Ott. Basé en Wagram, le domaine travaille en Biodynamie sur une trentaine d’hectares planté à 95% de Grüner Veltliner. 5 ont été détruit par la grêle et les conditions climatiques de 2009 n’ont pas gâté le reste, impliquant un gros travail à la vigne et un tri rigoureux. Mais même sur ce millésime catastrophique chez certains ténors, Ott sort deux vins EXCEPTIONNELS, des sortes de 1er crus, sélections parcellaires, destinées à la vente au domaine uniquement. Ce sont Der Ott 2009 et Rosenberg 2009, et je les ai notés à 95/100. Rosenberg me semble un peu au dessus de Der Ott, affichant une originalité encore supérieure et une finesse absolue. Ces vins sont monumentaux et doivent faire partie de votre MUST DRINK !

En Kremstal, plutôt spécialisé Riesling, les choses sont encore plutôt bien tenues, avec un magnifique millésime 2009 chez Alois Zimmermann. Pour avoir dégusté une verticale 2003-2009, seuls 2006 (un millésime fabuleux en Kremstal) et 2008, au bénéfice de l’âge, passent devant 2009, qui sera de manière certaine un très bon cru. A&F Proidl, la référence de la région, m’a vraiment emballé par sa production. J’ai notés ces vins aux alentours de 80/100 et pour ne rien gâter, les prix sont raisonnables.

Toujours plus à l’Ouest (et Nord-Ouest), on arrive dans les deux grandes régions historiques que sont le Kamptal et, surtout, la Wachau. Ces deux régions sont partagées entre le Riesling et le Grüner Veltliner et ont pour particularité de produire des vins très concentrés, très denses et de haute maturité. D’habitude, donc, des vins très profonds aromatiquement, complexes et cependant extrêmement élégants du fait de leur belle acidité. Des vins de garde et parmi les meilleurs du monde. Sauf que… sauf que 2009 a été vraiment pourri sur la fin des vendanges. Ce qui s’est apparemment passé est que la pourriture grise s’est développée plus vite que prévu et sans le bénéfice de l’ensoleillement. Les acidités se sont donc effondrées et les jus se sont dilués sous l’action des pluies. Les précurseurs aromatiques et les arômes par extension ont souffert des effets de la pourriture et des maladies, donnant des vins peu expressifs.

Un salon de Vievinum

Cette analyse n’engage que moi, mais c’est la conclusion logiques de plusieurs remarques que je me suis faites à partir des dégustations et des discussions que j’ai pu avoir. Première chose, les vins les plus simples (vendangés plus tôt, à maturité moins poussées) que sont les Federspiel en Wachau sont les plus réussis. La seconde est que les Riesling sont globalement moins ratés que les Grüner Veltliner et il se trouve que, compte tenu des conditions climatiques, les producteurs ont décidé de rentrer les Riesling plus tôt. Il est donc clair que le problème est venu de conditions de plus en plus mauvaise et du développement de la pourriture grise. Parmi les très grosses déceptions du salon, sur le millésime 2009, Emmerich Knoll dont je n’ai apprécié, c’est un comble, que le Gelber Muskateller Federspiel, Franz Hirzberger, FX Pichler, Alzinger, Brundlmayer, Hirsch… si vous connaissez un peu l’Autriche, on parle là des stars du pays. La palme revient d’ailleurs au dernier qui livre un Grüner Veltliner Kammerner Lamm 2009 rigoureusement imbuvable (faux goût, goût de souris, terre… affreux comme j’en ai rarement dégusté). Qui donc s’en est sorti ?

Rudi Pichler propose une gamme cohérente, propre et agréable. Certes pas à la hauteur de ses 2008 avec lesquels la comparaison est instructive. Cependant, on peut sereinement conserver ces flacons. Un nouveau venu, Veyder-Malberg, qui a pour particularité de ne pas respecter le Codex Wachau et donc n’a pas une gamme habituelle de Federspiel à Smaragd, recherche la fraîcheur et la minéralité plus que la maturité et est donc le premier à vendanger de la vallée, pratiquement deux semaines plus tôt. Le résultat cette année est superbe, des vins tendus à l’avenir certain.

Le même salon sous un autre angle.

Voilà donc pour notre petit parcours de l’Autriche et de ce très beau salon. Beaucoup d’autres choses auraient mérité d’être signalées mais voilà déjà trois longs billets qu’il ne sera pas évident de digérer. Une dernière remarque : Vievinum est sans doute le plus beau salon que j’ai jamais fait. Le cadre est absolument magnifique. Rien que pour ça, il faut y aller !

Vievinum 2010 (Wien, Österreich) – Part 1 : Liquoreux


J’ai enfin terminé la synthèse des 280 échantillons dégustés sur Vievinum 2010 à Vienne en Autriche (j’utiliserai Wien pour éviter les confusions avec la Vienne française). Le bilan est extrêmement positif puisque même avec un millésime difficile comme 2009, il y a très peu de ratés, et une moyenne très élevée de 79,3/100.

Pour la répartition, beaucoup de 2009 soit environ 120 vins, 80 sur 2008, 50 sur 2007 et le reste se partage entre 2006 et des choses plus rares de 2005 à 1995. Deux bon tiers de blancs, assez peu de liquoreux car ils me ravagent le palais par leur acidité, au point que cela devient douloureux. Habituellement, je déguste beaucoup de rouge en Autriche (! car la majorité des vins autrichiens sont blancs), car je suistrès intéressé et emballé par le Burgenland, qui est remarquable pour sa production de rouges. Seulement, une fois n’est pas coutume, je décide de me concentrer sur la Wachau et ses satellites que sont le Kremstal et le Kamptal.

Que dire donc de tous ces vins et, surtout, qu’en retenir ? Dans ce premier opus « Vievinum », je m’attarderai sur le cas des liquoreux, ces vins hors normes, pouvant atteindre 400g/l de sucres résiduels.

Mes coups de coeurs vont de manière assez peu surprenantes justement à des liquoreux. Si je prends mon top 10, 7 sont des TBA (Trockenbeerenauslese), BA (Beerenauslese) ou Ruster Ausbruch, c’est-à-dire des vins supérieurs à 150 g de sucre résiduel par litre. A côté de ça, Yquem peut se rhabiller ! C’est somme toute assez logique car :

1/ L’Autriche est un des plus grands producteurs de liquoreux. Jusqu’à la crise de 1985, c’était d’ailleurs leur spécialité. On trouve là-bas parmi les meilleurs vins de ce type, portés par des acidités remarquables et un équilibre en bouche incroyable.

2/ Les liquoreux proposés l’ont souvent été dans des millésimes plus anciens.

3/ Le profil aromatique et la typologie de ces vins les rends particulièrement adaptés aux dégustations du type salon.

Les millésimes présentées sur ce type de vin étaient principalement 2007 pour les TBA et affiliés, 2008 pour les vins moins concentrés et 2006 pour les Schilfwein (passerillés). Au vu des dégustations, 2007 est un excellent millésime de liquoreux, notamment en Burgenland. 2008 s’annonce magnifique sur les Beerenauslese (BA) et les degrés plus légers. 2009 sera inexistant car les conditions climatiques n’ont pas été clémentes. Feiler-Artinger, spécialise s’il en est des liquoreux, ne sortira qu’un seul Ruster Ausbruch sur 2009, en revanche, il faudra attendre pour juger les Beerenauslese qui pourront peut-être tirer leur épingle du jeu.

Les domaines qui m’ont particulièrement impressionnés sont Feiler-Artinger, avec une gamme de Ruster Ausbruch très homogène au niveau qualitatif et de jolies variations entre la version standard et les Pinot Cuvée et Chardonnay Essenz.

Ruster Ausbruch Chardonnay Essenz 2007 by Feiler-Artinger

Toujours en Burgenland et toujours à Rust, Ernst Triebaumer a fait le pari des vieux millésimes. 1995 en Ruster Ausbruch est un vin magnifique, à maturité, très sur le cuir et ce type d’arômes « bruns », des vins patinés qui seront certainement magnifiques sur des fromages ou même certaines volailles (promis, j’essayerai). Il présentait aussi un Ruster Ausbruch 1998 absolument sublime, dominant le 1995 par son équilibre et ses fruits exotiques, qui en font un vin beaucoup plus charmeur. On s’en délectera pour lui même, contemplativement et en compagnie musicale, par exemple.

Cols de Ruster Ausbruch, Ernst Triebaumer

Burgenland encore, le domaine Hans Tschida dont je dégustais la gamme pour la première fois, est une des révélations (pour moi) du salon. Ses vins sont magiques, encore jeunes, mais un cran au dessus de la référence (et voisin) Kracher. Au demeurant, les vins de ce dernier ne déméritaient pas mais à mon goût manquent d’un surplus aromatique. Leur texture soyeuse reste cependant exceptionnelle et inimitable.

Schilfwein Muskat Ottonel 2006 by Hans Tschida

Le dernier domaine à m’avoir offert des liquoreux d’exception est A&F Proidl en Kremstal et c’est en fait le premier que j’ai dégusté lors de ce week-end. Son Riesling Senftenberger TBA 2007 et surtout sa Senftenberger Süsse Reserve sont des monstres de fraîcheur. J’ai perçu le second à une petite cinquantaine de grammes de sucres résiduels alors qu’il en affiche 115 au compteur. C’est dire !! Ces vins sont des chefs d’oeuvre d’équilibre et encore très jeunes.

Riesling TBA Senftenberger by A&F Proidl

Finalement, je recommanderai quand même à qui voudra se frotter à ces vins, qui titrent à plus de 250 g/l de SR, soit deux fois plus que les liquoreux français. De se rappeler deux choses. D’abord que ces vins n’ont rien à voir avec leurs homologues de chez nous. Ils disposent d’acidités absolument ahurissantes qui font passer 300 g/l comme s’il n’y avait que 100 g/l. Mais ensuite, que ces vins nécessitent quand même de s’y initier. Je vous conseillerai donc de commencer par des BA, en général deux à trois fois moins cher et beaucoup plus facile à aborder.

La question finale : un vin comme ça, ça se boit comment ?

Surtout pas sur un foie-gras ! Sur des desserts, notamment les desserts glacés. Attention au chocolat, vous risquez des accords malheureux, sauf si vous dégotez des TBA ou Schilfwein rouges (ce qui existe !!), qui alors seront sublimes. Vous pouvez les essayer aussi sur tout type de dessert qui ne soit pas trop sucrés. Desserts au fruits, desserts de restaurant. J’éviterais personnellement les cakes. Vous pouvez aussi apprécier ces vins tous seuls, comme digestifs.

Rappel des 7 du top 10 (notés entre 95/100 et 97/100, et je n’ai pas l’habitude d’être généreux, le top 3 est en gras)

– Ernst Triebaumer, avec ses Ruster Ausbruch 1995 et Ruster Ausbruch 1998

– Hans Tschida, avec ses Sämling 88 BA (Scheurebe) 2007, Chardonnay TBA 2007 et Muskat Ottonel Schilfwein 2006

– Feiler-Artinger, avec ses Ruster Ausbruch Pinot Cuvée 2007 et Ruster Ausbruch Chardonnay Essenz 2007