Piesport

Quick review: Haart to Heart 2009 by Weingut Reinhold Haart (Allemagne, Mosel)


Aujourd’hui, nous parlons de Reinhold Haart (encore), de son vin Haart to Heart 2009.

Qu’est-ce que c’est ?

Haart to Heart, c’est la cuvée la plus simple du domaine, la cuvée pour tout les jours, le vin qu’on n’attend pas, qu’on peut servir n’importe où. Ou encore, c’est l’entrée de gamme du domaine. Un vin simple, pas cher mais qui ne nous laisse pas sur notre faim.

Déjà bien ouvert au nez et en bouche, il se présente franc, net, tranchant et en même temps légèrement enveloppé par une fine sucrosité (sucres résiduels ressentis autour de 5-6g/l, probablement un taux réel proche de 30g/l). Le fruit est acidulé, ananas, citron. Une touche de pétrole vient épicer l’ensemble. La structure est bonne mais beaucoup moins marquée que dans le Piesporter Riesling Trocken 2009. La longueur est correcte. C’est un vin immédiat, souple, facile.

Ayant encore en mémoire ce dernier, d’ailleurs, la comparaison est facile. Le Piesporter Riesling Trocken 2009 a une puissance, une pureté supérieure au Haart to Heart du même millésime. Les sucres résiduels jouent mais c’est surtout la typologie de produit qui change. On sent dans Haart th Heart 2009 que l’on a affaire à un vin construit pour le consommateur. C’est un vin prêt, accessible pour le néophyte, sans doute tout à fait adapté au marché américain par exemple. On y sent moins de terroir, moins de caractère mais justement, ce côté très intellectuel du Piesporter Riesling Trocken 2009 ne manquerait pas de lui faire rater le coeur de beaucoup de consommateur. De ce point de vue, il est clair que ce Haart to Heart est une réussite, chose qui d’ailleurs apparaissait clairement lors de la dégustation au domaine. Chapeau bas à la famille Haart !

La note Wineops : 72/100 ; 0 0

Un bon vin, souple, délicatement aromatique. A consommer en toutes circonstances.

Ces vins qui ne sont pas parfaits mais qu’on n’oublie pas.


Cette situation vous est-elle déjà arrivé ?

Vous êtes en dégustation, vous goûtez, goûtez, goûtez… et vous évaluez ce que vous rencontrez. Au fur et à mesure, le palais devient plus sûr, les référentiels se construisent, les jugements s’affirment et se confirment. Tout va bien.

Et puis au milieu de cette dégustation se glisse un vin, moyen, un vin qui ne vous emballe pas pour bien des raisons voire même vous déçoit. Sur le moment, il passe après les autres et d’ailleurs, c’est bien sa place, car il n’est pas inoubliable…

Plusieurs jours plus tard, pourtant, quand vous repensez à cette dégustation, le souvenir de ce vin et son impression est toujours vivace. Pis encore, c’est un vin qui vous attire irrésistiblement. Il n’a pourtant pas changé, ni votre façon de le juger et pourtant… son souvenir est bien là, plus fort même que ceux qui le dépassaient en tout. Sentiment étonnant.

Aujourd’hui, cela m’arrive sur le Eiswein Ohlisberger 2009 de Reinhold Haart. Son explosion acide et ronde, enveloppante en même temps me revient de manière intense et obsédante ; me remémorant cette journée de dégustation, c’est ce vin qui s’impose. Etonnant. Pourtant, il n’était pas le meilleur et d’un rapport qualité prix déplorable… mais il reste. Peut-être est-ce sa personnalité extrêmement forte et étrange, peut-être le contexte… que sais-je ?

Un petit instant de magie où les méandres de l’esprit affleurent, sans se révéler, comme une veine pendant l’effort, un peu gonflée sous la peau.

Une région : Mittelmosel en Allemagne, pays du Riesling


De retour, donc, après une grosse semaine d’absence. Je vous ai livré quelques conclusions sur un très joli Côte du Rhône, mais en fait assez éloigné de ce que j’ai pu goûté durant ce déplacement.

Cette semaine a donc été l’occasion de parcourir une région magnifique et magique, la Mittelmosel en Allemagne. Pour faire simple, on parlera de Mosel mais le terme est imprécis car cette rivière coule sur plusieurs dizaines de kilomètres, définissant ainsi différentes zones viticoles.

C’est par Bernkastel que j’ai commencé et j’ai visité à partir de là Piesport (en aval), Graach an der Mosel (juste à côté) et Ürzig (en amont). Zone qui ne constitue qu’une petite partie de la région qui porte le nom de Mosel, celle-ci s’étendant des frontières française, luxembourgeoise et belge jusque à Koblenz.

La première chose qu’on remarque dans ce merveilleux endroit, c’est le paysage magnifique. Il est vrai que les régions viticoles sont rarement laides (quoique… le bordelais n’est vraiment pas folichon :)), mais elles sont rarement aussi belles. Je n’ai malheureusement pas eu le loisir de me promener sur les coteaux et dans les vignes du fait de défaillance des différents temps : relativement mauvais pour celui qu’il fait et trop court pour celui qui passe. Les photos parlant d’elles-même, j’illustre.

De même, l’architecture du coin est vraiment intéressante avec ses murs en ardoise noire, ses maisons à colombages et autres beffrois gothiques. De tout point de vue, c’est donc une étape hautement recommandable. Là aussi, j’illustre.

Ce passage éclair dans la région m’a permis de découvrir des vins tout à fait à l’image du paysage, absolument superbes. Ici, le vin est fait quasi exclusivement à partir du Riesling. Mais outre les différents terroirs, le travail porte aussi sur différents degrés de maturité et différents taux de sucres résiduels dans les vins finis. Certes au bout du compte, avec le système qui plus est d’homologation de lots différents d’un même vin, il devient difficile de s’y retrouver… mais c’est bien pour ça qu’on est là 😉

Les vins, donc, comment sont-ils fait ? Les rendements sont assez variables mais plutôt élevés par rapport à nos régions. Ceci dit, il est difficile de parler de rendement global quand on récolte ici à maturité normale puis à différents degrés allant jusque parfois au TBA, plus souvent BA (Beerenauslese). Cela correspond à nos Sélections de Grain Noble alsaciennes. Les vinifications sont réalisées ou bien en cuve inox, ou bien dans de vieux fûts traditionnels de 1 000 litres qui sont souvent âgés de plus de vingt ans. La particularité des vins de Mosel va apparaître ici. En cours de vinification, il va être décidé d’interrompre les fermentations et laisser une certaine quantité de sucres résiduels. Cette quantité va d’une vingtaine de grammes pour un « feinherb » à 80g ou plus pour un Auslese, 120-150 pour un BA…

Mais il ne faut pas penser les vins de Mosel en terme de sucres résiduels car ces vins ont un profil très souvent sec ! Mieux, avec le vieillissement, les Spätlese ou Auslese qui se situent souvent entre 50 et 80g de sucres résiduels vont progressivement fondre leurs sucres. Il est vrai que le marché demandant des vins secs, les producteurs commencent à proposer des vins de ce type. Toutefois, un Riesling Feinherb comme le Schieferstern Riesling Feinherb 2008 de Trossen R&R, ou un Kabinett comme Bernkasteler Badstube Kabinett 2007 de Sofia Thanisch (Wwe Dr. H. Thanisch – Erben Thanisch), qui sont des vins entre 15 et 30g/l de SR, goûtent sec ou du moins appellent des accords de vins secs.

Plus généralement, en deçà de 50g/l de SR, la sensation moelleuse est à peine perceptible. Au delà, elle le sera jusque à 10 ans de vieillissement et s’estompera au delà. J’ai d’ailleurs goûté un Auslese de 1994 dans lequel j’aurai mis une vingtaine de grammes de SR et où il y en avait en réalité 75g/l… (et pourtant, Dieu sait que je suis habitué aux SR qui se cachent, notamment grâce à l’expérience des vins autrichiens où un palais français ne décèle habituellement qu’un tiers à la moitié du taux réel de sucre).

Avec ces vins, il faut donc repenser notre référentiel sucre et ceci est dû à la minéralité et à l’acidité stupéfiante de ces vins. Les versions sèches réalisées à l’heure actuelle sont intéressantes également, mais je trouve que l’on perd beaucoup d’originalité et de richesse par rapport aux versions traditionnelles avec SR qui s’appellent là-bas « fruitées ».

Leur autre particularité est leur incroyable diversité. A l’image de la Bourgogne en France, ces vins, pourtant tous issus du cépage Riesling, ont des profils radicalement différents. Au point que l’on pourrait dire qu’ils ne proviennent pas du même raisin ! La différence est déjà flagrante quand on compare un Riesling standard de Piesport, de Bernkastel, de Graach et d’Ürzig. Sur les Kabinett, Spätlese et Auslese, cela devient encore plus flagrant.

Il est donc clair que cette région est à découvrir d’urgence… d’autant plus qu’un projet absolument ubuesque d’autoroute et de viaduc risque de, au mieux, détruire le beau paysage de la région, et au pire, détruire l’essence même de ce terroir. To be continued…

Je reviendrai sur la région dans de prochains billet avec des exemples de vins dégustés.