2009

La grande Verticale de l’Infidèle du Mas Cal Demoura, de 1998 à 2010


Une fois n’est pas coutume, je suis Parisien pour 48h. L’occasion de mettre en place une dégustation qui me fait de l’oeil depuis 6 mois et dont je vais ici partager les conclusions avec vous.

Il s’agit d’une verticale quasi complète du Mas Cal Demoura, cuvée l’Infidèle. L’Infidèle est un rouge d’assemblage Syrah, Grenache, Mourvèdre, Carignan et Cinsaut, dont vous trouverez les détails ici.  Notre dégustation comprend les millésimes 1998, 2000, 2001, 2003, 2004, 2005, 2006, 2007, 2008, 2009 et 2010. Tous les vins ont été simplement ouverts et vérifiés 4 à 6h avant la dégustation, 2004 étant très fermé a été carafé. Si vous voulez optimiser l’expressivité des vins, 2010, 2009, 2007 et 2006 pourraient passer 1 à 3h en décanteur (ou ouverture 12 à 18h avant dégustation). Le service de ces vins s’est fait du plus jeune au plus vieux, ce qui est un ordre que j’ai toujours expérimenté comme bon. Plusieurs raisons justifient cette approche, le fait est que je n’ai jamais rencontré de cas qui contredise cet ordre.

Vincent Goumard

Vincent Goumard

Je vous donne déjà quelques éléments. Tous ces vins sont ouvrables et buvables en ce moment, aucun n’est irrémédiablement fermé. Aucun n’est trop vieux à l’exception de 2000, sur le déclin depuis déjà plusieurs années. Aucun millésime récent (depuis 2004) n’a entamé sa phase descendante. Vous remarquerez à la lecture un virage important dans le style du vin en 2003, date de la reprise du domaine par Vincent Goumard, dont la progression est constante depuis lors. Une conclusion préliminaire est que vous pouvez acheter ces vins chaque année sans vous soucier de la qualité : aucun raté en quasi dix ans.

Voici donc la série.

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L’Infidèle 2010

Au départ le nez présente une légère note de réduction. Puis il développe assez rapidement sur le poivre et un fruité intense, noir et sucré. Cassis, mûre. Une discrète note torréfiée, type cacao apparaît. Une des rares fois où je ressens l’élevage sur cette cuvée, mais c’est tellement léger que dans quelques années, cette note viendra juste ajouter à la complexité du vin. Voilà un nez d’une très grande élégance, avec une structure qui impressionne. En bouche, une attaque nette et large en même temps, Il y a beaucoup de matière, le vin est très rond en milieu de palais, sans aucun creu. Plein, mûr, puissant, il présente un équilibre impeccable, avec une finale superbe et très longue. C’est véritablement un grand vin et, à mon avis, le meilleur réalisé jusqu’à présent. Il est encore jeune et demande à s’intégrer encore deux ou trois ans pour s’exprimer plus pleinement. 89/100 ; 5 ++ (il atteindra 100/100, j’en suis certain).

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L’Infidèle 2009

Le premier nez est nettement dominé par la Syrah. Il présente un poivré typique (très rhodanien) puis un fruit mûr, noir, qui le replace plus dans un profil aromatique sudiste. L’équilibre du nez est aussi remarquable que frais. L’attaque est très précise, le vin défile en bouche avec une grande justesse. Il est suave, plus intégré. La fraîcheur est assez incroyable vu la chaleur du millésime. Equilibre irréprochable. Une réussite 90/100 ; 5 +.

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L’Infidèle 2008

Cette fois, c’est le Mourvèdre qui domine. Nez plus type « confiture » au sens où une certaine douceur semblable à l’odeur de la confiture de fraise chaude vient au nez. Un peu de pruneau également (pas négatif), de la garrigue et des herbes aromatiques. C’est un nez plus doux, moins aigu que les deux précédents mais avec un charme incroyable. Ce vin me donne une impression beaucoup plus féminine, sensuelle. La chaleur douce d’une soirée d’été dans un jardin. La bouche est sans aspérité, les tanins absents, totalement fondus. La sucrosité légère (que j’avais déjà perçue il y a deux ans) est là, elle souligne le charme de ce vin. Il est langoureux et a la beauté douce d’un dégradé noir et blanc. Dans son style, c’est un vin universel, il est extrêmement facile à apprécier. Le potentiel est bon et il a peu évolué ces dernières années. Il manque un tout petit peu de complexité par rapport aux deux précédents et d’un petit peu de structure, de netteté (mais on touche vraiment ici au détail). Ca n’en reste pas moins un superbe vin. 88/100 ; 5 +.

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L’Infidèle 2007

Ici nous trouvons le premier vin dont on peut dire qu’il a intégré toutes ses composantes. Rien ne prend le dessus, aucun cépage ne s’affirme plus que l’autre. Il part d’emblée sur un fruit frais avec fraise, framboise et cassis, très dense. A l’ouverture, des notes de ces mêmes fruits, plus mûrs et de mûre apparaissent et complètent l’ensemble. Les herbes aromatiques viennent tendre l’ensemble et les épices. Le nez est très complexe et très profond. L’image qui me vient à ce moment est celle du Duomo de Florence et sa marqueterie de marbre immense et brillante. En bouche, la constitution de ce vin s’affirme encore plus. L’attaque est large et pure, mais dans un tout autre style que 2010. Alors que 2010 est en puissance, agité et impétueux, jeune ; 2007 est lui posé, homogène, d’une beauté classique.Le milieu de bouche prolonge le développement de l’harmonie. Qu’ajouter ? Belle densité, beaucoup de longueur, intense et sur le fruit. Le tout est vraiment très structuré avec juste ce qu’il faut de tannin. C’est superbe, grandiose. 96/100 ; 5 + (le lendemain, le vin a pris encore plus de volume… excellent, réellement).

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L’Infidèle 2006

D’emblée, on note une certaine fermeture aromatique, mais rien à voir avec le 2004 que j’ai déjà goûté avant le carafage. Ici, c’est plus ferme que fermé. Le fruit noir, avec encore cassis (que j’ai retrouvé sur presque tous les vins), myrtille, est présent, mais comme au coucher du soleil en forêt… c’est très sombre. En bouche les tannins sont pour la première fois réellement présents. Ce sont des tannins étendus, gros et ronds. L’impression pour moi est de douceur malgré tout. Une douceur très différente de 2008, pas du tout facile. C’est un vin qui vous aggripe et vous tient comme une main gigantesque, amicale mais un peu maladroite… ce charme est difficile à comprendre : les tannins sont vraiment dominants et dérangeront les palais qui n’y sont pas habitués. Le fruit noir revient en finale, la longueur est bonne. J’aime ce vin, toujours aussi austère. Il m’évoque une abbaye cistercienne, avec sa beauté rigide et pure, qui nécessite une certaine sensibilité pour la comprendre. Mon avis est qu’il ira très loin. Par contre, c’est encore difficile en ce moment. 84/100 ; 10 + (le lendemain, le fruit s’est nettement révélé, ce vin aurait dû être carafé).

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L’Infidèle 2005

Indiscutablement, le nez de ce vin est sublime. Tout en finesse, une sorte de 2007 plus délicat. Complexité, équilibre. Le humer est jouissif, il dévoile à chaque passage une nouvelle nuance. La bouche est d’une fluidité incroyable. Quelle élégance ! En finale, on reste sur la fraîcheur d’une touche de groseille. La matière est légère, pas du tout la densité de 2007 ou 2010. A adapter soigneusement au plat pour en tirer toute la substance. La bouche est pour moi un peu en retrait ce qui fait que je ne passerai pas la barre de 90. Il a encore du temps devant lui, mais je ne le vois pas vraiment pouvoir encore gagner, sauf à retrouver un peu de sous-bois en bouche… 87/100 ; 0 0.

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L’Infidèle 2004

Celui-ci est réellement fermé et goûte jeune bien que ce soit plus une jeunesse aromatique qu’une jeunesse de structure. Un peu d’épice douces, un peu de poivre. Un (tout) peu de fruit. La bouche est très nette, très fraîche, sur la groseille. La finale est bonne, tant en longueur qu’en plaisir. Après comparaison, c’est un peu moins structuré que 2005. Je l’ai déjà mieux goûté. Il est possible qu’il se soit un peu fermé, il venait d’être transporté. 78/100 ; 5 +.

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L’Infidèle 2003

Attention changement de registre (c’est le millésime de transition, d’ailleurs, le passage de flambeau entre Jean-Pierre Jullien et Vincent Goumard). Un note nouvelle apparaît, qui sera magnifiée dans 2001 et 2000. La note viandée, giboyeuse si typique du Mas Cal Demoura de Jean-Pierre Jullien. Ici, le gibier/tannerie le dispute au fruit noir. Comme si l’on pouvait clairement identifier les quatre mains qui ont contribué à l’accouchement de ce vin. C’est tout à fait fascinant. En terme de plaisir, c’est un nez plus ou moins avenant selon les goûts de chacun, même s’il ne présente aucun défaut objectif. La bouche est dans le même registre avec plus d’expressivité que les trois vins précédents. Ce vin divise et divisera. Dans le groupe qui participait à cette dégustation, perrsonne n’adore mais certains détestent. Avec un accord approprié, ce vin brillera, par exemple et justement sur du gibier. Il est expressif et bien construit. Sans doute à ne plus attendre, il semble avoir un peu baissé « dans l’absolu » par rapport à ma dernière expérience (ce qui ne signifie pas que le vin sera mauvais, mais qu’il va demander plus d’attention quant à l’accord mets-vins pour le mettre en valeur). 76/100 ; 0 0.

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L’Infidèle 2001

Là, on retrouve JPJ dans toute sa splendeur. Si je puis me permettre l’expression, c’est un vin qui a des couilles et le torse velu. Tout ce que j’aime dans ce style. Le nez est très nettement dominé par la viande, le cuir. Ici le fruit est complètement secondaire même s’il participe de l’équilibre. On a aussi le sous-bois et le poivre… Vraiment très dense et tout en puissance. La bouche est du même acabit, ronde et large. Equilibre d’un tout autre genre que ceux de Vincent. Mais équilibre quand même. Le vin déroule sa puissance jusqu’en fin de palais puis laisse en finale une aromatique de quatre épices marocaines. la longueur est un peu en retrait par rapport à 2007 (exemple du genre). Ce vin peut encore vieillir car il n’évolue pas réellement dans un registre tertiaire. 93/100 ; 0 0.

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L’Infidèle 2000

Ouvrez les portes du paradis. Ce vin a dépassé son apogée et se trouve au crépuscule de sa vie. Le nez est encore sympathique, éthéré. Cette fois, il tertiarise nettement. La bouche est par contre comme décharnée, acide, très tertiaire en rétro-olfaction. Poireau en finale. On dirait qu’il a 5 ans de plus que 2001… c’était ma dernière bouteille et c’était trop tard. Il y a deux ans, le vin goûtait encore bien (sans que ce soit extraordinaire). 44/100 ; 0 –.

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Mas Cal Demoura 1998

Enfin nous terminons avec un finish d’anthologie. Le vigneron, la vigne, le vin, tous à la fois touchés par la grâce. Ce vin est absolument sublime et atemporel (il n’apas bougé, voire est encore meilleur qu’il y a deux ans, car développant plus de fruit). Le nez est extrêmement profond, complexe, expressif, ample… Comme les chambres du Château de Versailles. Velours, cramoisi, dorure…  ou pour revenir aux arômes, tous les registres sont là, avec une dominante de fruit, mais aussi cacao, le fumé, légère touche de gibier, tout à fait positive cette fois car participant de la complexité… Grand. La bouche est au diapason. Avec une longueur hallucinante. Il rentre dans les cases de l’archétype du vin parfait. C’est un très grand vin. 100/100 ; 0 0.

Isabelle Goumard

Isabelle Goumard

Une série superbe. 1998, 2007 et 2010 sont trois vin d’un niveau superlatif. Pourtant habitué à goûter ce domaine, l’ensemble des vins a dépassé mes attentes.

Cette fois-ci, n’ayant pas de matériel photographique personnel, toutes les photographies sont issues du site du Mas Cal Demoura.

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Alko: Malbec Barrel Select 2009 by Norton (Argentina, Mendoza)


This is a wine that has been long available in Alko. For many years I remember that the vintage on sale was 2007. It only recently changed to 2009. Nowadays Alko announces 2010 on its Internet site but 2009 is still widely available.

The Malbec Barrel Select 2007 was a very interesting wine and considering the winemaking of this category of wine, I did not expect the 2009 to be too far from the 2007: which means, a bargain. Unfortunately I was proved wrong.

This wines feels first pretty unpleasant in the nose with dominance of fermentation and dairy aromas. The mouth feels unbalanced and diluted. There is not a lot to add, the wine is unpleasant to drink, not really well done. I don’t expect it to get really better considering the lack of structure. Is it just a problem with this bottle? The wine did not change in three days. In my opinion, this is a major pass.

Wineops’ rating: 54/100 ; 0 0

Christmas at ALKO: Châteauneuf-du-Pape 2009 by Domaine du Vieux Lazaret (France, Rhône)


Well, to be honest, seeing a Châteauneuf-du-Pape at 25,90 in Alko… I had serious doubt. Price is not an absolute or objective value. Price depends not only on the quality but also on the fame. Châteauneuf-du-Pape is one of the oldest and most famous appellation of France. And its wines are among the very best. Therefore, it is hard to find a good Châteauneuf in France below 30€. True, there are exceptions like Domaine Charvin, but this is not so common. Besides, in Finland, you must take into account the importation costs and the taxes… this explains why I would expect a good Châteauneuf to be around 35-45€ at Alko. Beaucastel being around 69€ (55€ in France).

This being said, it could have been one of these exceptions. But it was not really.

Surprisingly for this very ripe vintage, the color is not very deep. Ruby red with purple reflexions. The nose displays fruits and alcohol. This impression fades gradually to express only (but slightly less intense) black ripe fruit. The mouth is on the same side, with a jammy note and a bit of camphor aromas. Alcohol levels remain very noticeable and there is a little sweetness remaining in the palate. It is quite visible that the wine needs breathing as it gets better over night, at least 3-4 hours in a decanter (if you don’t have a decanter, open 24h before), but it remains somewhat unbalanced. It brings back to my mind some standard cuvées of Vaqueyras, which are in general much cheaper.

This is not a wine that I would warmly recommend. If you are not in a hurry, try to order at your local shop : there is much more to enjoy with Château La Nerthe 2006 (available in « tilattavat »  page of the internet site).

Wineops’ rating: 70/100 ; 5 +

Link to Alko: here

ALKO: Portada 2009 by DFJ Vinhos (Portugal, Lisboa)


As you noticed, I rarely comment on the cheapest wines of Alko’s selection. No particular reasons, except that I don’t want to support that kind of product. Well, yesterday I needed a wine to cook. I had in mind to go for something that I know is good to drink as well, that is to say Savia Viva Tempranillo by Parès Balta (Spain, 7,99€). But I thought, it is always better to taste something new, especially if I want to share it with you. And so I did.

Portada 2009 is even cheaper (7,44€) but as always when you aim at cheap wines from Alko, the 50 cent difference means that Portada is in fact 30 to 40% less expensive than. So… does it deliver? To say it boldly, this is utter crap. It is a disgusting wine. The nose is not clean, the mouth is awfully heavy, with an off-taste impression and a sweet after taste. It is so unpleasant to drink that it made me nauseous.

For the fun, I will copy the back label : « This deep, ruby red, medium-bodied wine has berry fruits flavours and a beautiful balance. » Obviously, beware of what is written because if this wine is indeed medium-bodied, with berries aromas, it is undoubtedly unbalanced and definitely disgusting. You understand that this is for me a NO buy. The same as, by the way (but for other reasons and it still is slightly better), Terra Boa, also from Portugal.

Wineops’ rating: 30/100 ; 0 0

Link to Alko’s site: HERE.

ALKO: Cupids Arrow Pinot Noir 2009 by Wild Rock (New-Zealand, Central Otago)


I was quite excited to taste this Cupids Arrow Pinot Noir 2009 by Wild Rock, the reasons being that Central Otago is a very cold and thus perfect region for Pinot Noir. One thing however is to know that 2009 is not the vintage of the decade in New-Zealand, 2010 is much more recommendable.

The nose is not unpleasant, not the finest example of Pinot Noir though. It is fruity and nicely smoky. A hint of thyme brings some fun in an overall classical smell. The mouth is however slightly disappointing. There is acid fruit, a hint of toasty aromas and a lot of alcohol. This is overwhelmed by alcohol to the point that the wine is completely off balance. Drinkable but definitely not great.

This is a disappointment for a 19€ bottle at Alko. Much much better choice will be Te Kairanga Runholder 2007, for less than a euro more. To the fact that 2009 is not a good vintage in New-Zealand (a vintage that you would better avoid in red) I can add the very generally verified observation that a Pinot Noir should never reach 14% alcohol for it the becomes unbalanced. Many examples along the past years proved that 13,5% is the limit.

Wineops’ Rating: 65/100 ; 0 0

Une visite, Weingut Kollwentz (Autriche, Burgenland)


Weingut est le terme générique pour désigner un domaine viticole en Allemand. Kollwentz est un domaine, disons, légendaire du Burgenland (même si la légende n’est pas si vieille). Anton Kollwentz est le premier qui crut dans les vins rouges du Burgenland et surtout dans un cépage local complètement sous évalué : le Blaufränkisch. Désormais ce cépage jadis vulgaire est la carte de visite de la région, qui de pauvre est devenue une des plus dynamiques du pays.

La Vinothèque

Kollwentz est basé dans le Sud-Ouest du Burgenland, près de Eisenstadt. Il cultive 20ha, plantés principalement de Blaufränkisch, Pinot Noir et Chardonnay et complétés par    quelques autres cépages, Zweigelt, Cabernet Sauvignon et Sauvignon Blanc. Il produit quatre vins blancs : un Sauvignon Blanc, Steinmühle et trois Chardonnay, le Leithagebirge (sorte de premier cru) puis les deux icônes du domaine, le Gloria et le Thatchler (équivalent à des Grands Crus). Les vins rouges sont plus nombreux, ils sont dans l’ordre de prestige : Zweigelt Föllikberg, Blaufränkisch vom Leithagebirge, Eichkogel, Dürr, Cabernet Sauvignon, Setz, Point et Steinzeiler. On trouve enfin un rosé et quelques Pädikatswein (vins liquoreux).

Andi Kollwentz, qui a repris le domaine de son père Anton est un grand vigneron, grand, sympathique et terriblement exigent. La dégustation nous a conduit dans les vignes où nous avons pu constater à quel point Andi soigne ses vignes. Les rangs sont impeccablement palissés, irréprochablement conduits. Un seul rideau de feuille, chose remarquable et essentielle. Pas d’herbicide, pas non plus d’irrigation (pratique autorisée en Autriche) et une connaissance parfaite de ses terroirs. La visite des vignes permet de mieux comprendre le niveau atteint par les vins. Autre illustration : 2010 est un millésime assez difficile en rouge, particulièrement chez Kollwentz et Andi, ne trouvant pas les vins au niveau, a donc décidé de déclasser l’intégralité des crus (en dehors du Pinot Noir Dürr).

La dégustation commence par les blancs. Le Sauvignon Blanc Steinmühle 2011 qui est la parcelle la plus éloignée du domaine (une quinzaine de kilomètres plus à l’Est), est plutôt incroyable vu le millésime, vraiment très dur pour les blancs. C’est un Sauvignon surpuissant, à l’heure actuelle très variétal mais soutenu par un nez de silex. En bouche il est très rond et très aromatique également avec une finale tranchante. Un vin de grande qualité qui demandera du temps et qui n’est pas sans points communs avec Sancerre (83/100). Suit le Chardonnay Leithagebirge 2011. Elevé sur lie dans des foudres, il livre un nez de fruit blancs et de fruits exotiques (typique des Chardonnays de cette région). La finale est très impressionnante pour ce vin Premier Cru (86/100). Ces deux vins, considérés plus ou moins comme des premiers crus, constituent l’entrée de gamme du domaine et sont de beaux rapport qualité prix. Ils auront besoin de 2-3 ans pour se faire, avec une durée de vie bien plus longue.

Les deux blancs suivant sont Gloria et Thatschler. Ces deux vins de Chardonnay sont issus de deux parcelles considérées comme des Grands Crus par Andi. Il s’agit pour la première d’une parcelle exceptionnelle plantée au sommet de la colline bordant le village, soit au dessus de 300m (le reste du vignoble se trouve entre 150 et 220m) exposée Sud-Est. C’est le vignoble le plus frais du domaine avec la parcelle Dürr, située juste en dessous. Le Thatschler se trouve lui en bas de cette colline (200-240m) avec une exposition semblable, protégé du vent et bordé par le forêt. Deux parcelles exceptionnelles, dont la première mention écrite est 1570. Gloria 2010 est un vin plutôt puissant, même s’il est encore sur la réserve. On part sur des touches grillées délicates, on retrouve aussi les fruits exotiques. Tout est d’une grande élégance mais on sent un vin qui ne se livre pas (la mise ne date que d’avril). La bouche en revanche est plus déliée. Il présente actuellement plutôt son côté minéral avec une intégration de l’acidité remarquable qui me rappelle celle d’un Montrachet. La longueur est très impressionnante. On tient là un très grand vin, qu’il conviendra d’attendre patiemment (88/100). Le Thatschler 2010 présente un profil plus intégré. Nous sommes plus fruit blancs et fleur. La bouche est très tendue, finale superbe encore une fois (88/100). Ces deux vins encore fermé seront de grandes bouteilles dans quelques années. Leur qualité s’exprime pour le moment à travers leur impeccable et surpuissante structure. Deux vins dont je vous reparlerai en temps et en heure…

Les 5 hectares du Gloria, perdus dans la forêt.

Nous passons aux rouges.

Zweigelt Föllikberg 2010 : un des rares 2010 qui seront mis en vente. Epicé, très fruité, la matière en bouche est vraiment puissante, les tannins bien serrés. Quelle densité ! Trop ? A suivre sur quelques années mais je parie dessus (82/100). S’ensuit le Blaufränkisch vom Leigthagebirge 2009. Changement de millésime, fin de la plaisanterie. Un vin très épicé, très fruité et très mûr. La matière est superbe, beaucoup plus ronde, plus douce et pourtant les tannins sont bien là. Nous avons clairement passé une barre (87/100). Eichkogel 2009 marque pour moi le palier de 90/100. Le nez est grand, très grand avec un fruit tout en équilibre et intégration avec les épices et les notes empyreumatiques discrètes de l’élevage. Quant à la bouche… elle est irréprochable. Magnifique (91/100).

Les Grands Crus commencent avec Setz 2008. Un Blaufränkisch, donc, dominé par les épices (j’utilise l’analogie avec une Syrah du Rhône septentrional sans tannins pour décrire le BF). La parenté avec une Côte-Rôtie est d’ailleurs ici évidente. La texture en bouche montre la même profondeur. La fin de bouche est interminable. Vin encore un peu serré malgré ses 30 mois d’élevage (93/100).  Point 2008 propose un profil proche mais peut-être plus fumé avec une bouche encore plus ronde. Je mise sur un potentiel supérieur mais à l’heure actuelle je trouve que Setz est plus intéressant (92/100). Steinzeiler 2008, l’assemblage BF/Z/CS à forte dominante BF, est un niveau au dessus, il faut le reconnaître. C’est sur la profondeur que se fait la différence. L’aromatique est aussi plus libérée. Un style magique. (95/100). Nous terminerons sur Dürr 2010 qui est un Pinot Noir d’excellente qualité, au niveau d’un premier cru de la Côte de Nuits. Toutefois, s’il goûte déjà bien, je ne lui voit pas un potentiel de plus de 5 ans. A partir de ce moment-là, je doute qu’il s’améliore encore. Il me laisse en comparaison un peu sur ma faim (87/100).

Une mention pour finir au Sauvignon blanc Beerenauslese 2010 qui est ni plus ni moins le meilleur Sauvignon liquoreux (en monocépage) qu’il m’ait été donné de goûter. En effet, le Sauvignon est très difficile à cultiver et vinifier correctement en liquoreux, surtout à ces niveaux de richesse (c’est une des grandes raisons de son assemblage avec le Semillon en Sauternais). Remarquable, épices douces, acidulé et fruits blancs avec une liqueur discrète (92/100).

Une dégustation grandiose de près de 3h30 qui confirme indiscutablement le statut de la propriété. Non seulement leurs rouges sont parmi les meilleurs d’Autriche, mais ils surpassent bien des grands d’ailleurs. Ce domaine serait probablement dans mon top 10 mondial. Il ne reste plus qu’à attendre les grandioses crus 2009. A l’heure actuelle et en général, je recommande particulièrement Eichkogel, qui est LE rapport qualité-prix du domaine. Pour finir, voici un lien vers le site du domaine Kollwentz.

La cave de vinification, une partie des trois millésimes en élevage…

Ocio 2009 by Cono Sur (Chile, Casablanca Valley)


Ocio is THE Pinot Noir of Cono Sur and probably one of the most ambitious of Chile.

The grapes come from the Casablanca Valley, one of the coldest and best place in Chile, with a much cooler climate than most other regions. Soil is sandy with a bit of clay, climate of 2009 was rather good (especially compared to the quite bad 2008). It has been all manually handled and spent 14 month in oak barrels.

First, I must say that I open this wine probably a bit too early as it will probably improve and be at its best in 3 to 5 years.

The color is deep… really deep dark ruby with almost purple reflections (which is not common in a Pinot Noir). It is almost impossible to see through. The nose is very concentrated and shows hints of pepper, dark ripe fruits. Black cherries, plums… it is not overripe aromas but on the verge of excess. The mouth is surprisingly tannic for a Pinot Noir but it is quite soft. We find back the same aromas and the fruit again, but rather on the sweet side. The length is good but not astonishing, and so is the general complexity.

So is it a good wine? Well that is a difficult question. As a Pinot Noir, it is definitely not a good one. The wine is so over extracted and over ripe that it displays none of the character of the Pinot. It rather taste like a Syrah! Otherwise, one cannot say that it is bad. The balance is good, the aromas are pleasant. It is a bit heavy and a bit simple but this should improve. However as an Icon wine of Cono Sur, this is a failure. We do taste a good wine but nothing exceptional. At Alko’s price, it was absolutely a NO-Buy (over 50€), but you can still find it around 35€ at Helsinki-Vantaa airport or on Viking Line.

Wineops’ rating: 75/100 ; 5 +

Ocio 2009 by Cono Sur