2008

ALKO : Terrers Brut Nature Gran Reserva 2008 by Recaredo (Espagne, Catalogne, Cava)


Enfin, un nouveau billet, sur un MAGNIFIQUE Cava de chez Recaredo. Vous pourrez lire tout ça, ici, en Français.

A new article about Recaredo Terrers 2008, a new Cava available at Alko. Here in English

Recaredo, Terrers 2008 Brut Nature Gran Reserva

Recaredo, Terrers 2008 Brut Nature Gran Reserva

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La grande Verticale de l’Infidèle du Mas Cal Demoura, de 1998 à 2010


Une fois n’est pas coutume, je suis Parisien pour 48h. L’occasion de mettre en place une dégustation qui me fait de l’oeil depuis 6 mois et dont je vais ici partager les conclusions avec vous.

Il s’agit d’une verticale quasi complète du Mas Cal Demoura, cuvée l’Infidèle. L’Infidèle est un rouge d’assemblage Syrah, Grenache, Mourvèdre, Carignan et Cinsaut, dont vous trouverez les détails ici.  Notre dégustation comprend les millésimes 1998, 2000, 2001, 2003, 2004, 2005, 2006, 2007, 2008, 2009 et 2010. Tous les vins ont été simplement ouverts et vérifiés 4 à 6h avant la dégustation, 2004 étant très fermé a été carafé. Si vous voulez optimiser l’expressivité des vins, 2010, 2009, 2007 et 2006 pourraient passer 1 à 3h en décanteur (ou ouverture 12 à 18h avant dégustation). Le service de ces vins s’est fait du plus jeune au plus vieux, ce qui est un ordre que j’ai toujours expérimenté comme bon. Plusieurs raisons justifient cette approche, le fait est que je n’ai jamais rencontré de cas qui contredise cet ordre.

Vincent Goumard

Vincent Goumard

Je vous donne déjà quelques éléments. Tous ces vins sont ouvrables et buvables en ce moment, aucun n’est irrémédiablement fermé. Aucun n’est trop vieux à l’exception de 2000, sur le déclin depuis déjà plusieurs années. Aucun millésime récent (depuis 2004) n’a entamé sa phase descendante. Vous remarquerez à la lecture un virage important dans le style du vin en 2003, date de la reprise du domaine par Vincent Goumard, dont la progression est constante depuis lors. Une conclusion préliminaire est que vous pouvez acheter ces vins chaque année sans vous soucier de la qualité : aucun raté en quasi dix ans.

Voici donc la série.

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L’Infidèle 2010

Au départ le nez présente une légère note de réduction. Puis il développe assez rapidement sur le poivre et un fruité intense, noir et sucré. Cassis, mûre. Une discrète note torréfiée, type cacao apparaît. Une des rares fois où je ressens l’élevage sur cette cuvée, mais c’est tellement léger que dans quelques années, cette note viendra juste ajouter à la complexité du vin. Voilà un nez d’une très grande élégance, avec une structure qui impressionne. En bouche, une attaque nette et large en même temps, Il y a beaucoup de matière, le vin est très rond en milieu de palais, sans aucun creu. Plein, mûr, puissant, il présente un équilibre impeccable, avec une finale superbe et très longue. C’est véritablement un grand vin et, à mon avis, le meilleur réalisé jusqu’à présent. Il est encore jeune et demande à s’intégrer encore deux ou trois ans pour s’exprimer plus pleinement. 89/100 ; 5 ++ (il atteindra 100/100, j’en suis certain).

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L’Infidèle 2009

Le premier nez est nettement dominé par la Syrah. Il présente un poivré typique (très rhodanien) puis un fruit mûr, noir, qui le replace plus dans un profil aromatique sudiste. L’équilibre du nez est aussi remarquable que frais. L’attaque est très précise, le vin défile en bouche avec une grande justesse. Il est suave, plus intégré. La fraîcheur est assez incroyable vu la chaleur du millésime. Equilibre irréprochable. Une réussite 90/100 ; 5 +.

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L’Infidèle 2008

Cette fois, c’est le Mourvèdre qui domine. Nez plus type « confiture » au sens où une certaine douceur semblable à l’odeur de la confiture de fraise chaude vient au nez. Un peu de pruneau également (pas négatif), de la garrigue et des herbes aromatiques. C’est un nez plus doux, moins aigu que les deux précédents mais avec un charme incroyable. Ce vin me donne une impression beaucoup plus féminine, sensuelle. La chaleur douce d’une soirée d’été dans un jardin. La bouche est sans aspérité, les tanins absents, totalement fondus. La sucrosité légère (que j’avais déjà perçue il y a deux ans) est là, elle souligne le charme de ce vin. Il est langoureux et a la beauté douce d’un dégradé noir et blanc. Dans son style, c’est un vin universel, il est extrêmement facile à apprécier. Le potentiel est bon et il a peu évolué ces dernières années. Il manque un tout petit peu de complexité par rapport aux deux précédents et d’un petit peu de structure, de netteté (mais on touche vraiment ici au détail). Ca n’en reste pas moins un superbe vin. 88/100 ; 5 +.

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L’Infidèle 2007

Ici nous trouvons le premier vin dont on peut dire qu’il a intégré toutes ses composantes. Rien ne prend le dessus, aucun cépage ne s’affirme plus que l’autre. Il part d’emblée sur un fruit frais avec fraise, framboise et cassis, très dense. A l’ouverture, des notes de ces mêmes fruits, plus mûrs et de mûre apparaissent et complètent l’ensemble. Les herbes aromatiques viennent tendre l’ensemble et les épices. Le nez est très complexe et très profond. L’image qui me vient à ce moment est celle du Duomo de Florence et sa marqueterie de marbre immense et brillante. En bouche, la constitution de ce vin s’affirme encore plus. L’attaque est large et pure, mais dans un tout autre style que 2010. Alors que 2010 est en puissance, agité et impétueux, jeune ; 2007 est lui posé, homogène, d’une beauté classique.Le milieu de bouche prolonge le développement de l’harmonie. Qu’ajouter ? Belle densité, beaucoup de longueur, intense et sur le fruit. Le tout est vraiment très structuré avec juste ce qu’il faut de tannin. C’est superbe, grandiose. 96/100 ; 5 + (le lendemain, le vin a pris encore plus de volume… excellent, réellement).

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L’Infidèle 2006

D’emblée, on note une certaine fermeture aromatique, mais rien à voir avec le 2004 que j’ai déjà goûté avant le carafage. Ici, c’est plus ferme que fermé. Le fruit noir, avec encore cassis (que j’ai retrouvé sur presque tous les vins), myrtille, est présent, mais comme au coucher du soleil en forêt… c’est très sombre. En bouche les tannins sont pour la première fois réellement présents. Ce sont des tannins étendus, gros et ronds. L’impression pour moi est de douceur malgré tout. Une douceur très différente de 2008, pas du tout facile. C’est un vin qui vous aggripe et vous tient comme une main gigantesque, amicale mais un peu maladroite… ce charme est difficile à comprendre : les tannins sont vraiment dominants et dérangeront les palais qui n’y sont pas habitués. Le fruit noir revient en finale, la longueur est bonne. J’aime ce vin, toujours aussi austère. Il m’évoque une abbaye cistercienne, avec sa beauté rigide et pure, qui nécessite une certaine sensibilité pour la comprendre. Mon avis est qu’il ira très loin. Par contre, c’est encore difficile en ce moment. 84/100 ; 10 + (le lendemain, le fruit s’est nettement révélé, ce vin aurait dû être carafé).

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L’Infidèle 2005

Indiscutablement, le nez de ce vin est sublime. Tout en finesse, une sorte de 2007 plus délicat. Complexité, équilibre. Le humer est jouissif, il dévoile à chaque passage une nouvelle nuance. La bouche est d’une fluidité incroyable. Quelle élégance ! En finale, on reste sur la fraîcheur d’une touche de groseille. La matière est légère, pas du tout la densité de 2007 ou 2010. A adapter soigneusement au plat pour en tirer toute la substance. La bouche est pour moi un peu en retrait ce qui fait que je ne passerai pas la barre de 90. Il a encore du temps devant lui, mais je ne le vois pas vraiment pouvoir encore gagner, sauf à retrouver un peu de sous-bois en bouche… 87/100 ; 0 0.

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L’Infidèle 2004

Celui-ci est réellement fermé et goûte jeune bien que ce soit plus une jeunesse aromatique qu’une jeunesse de structure. Un peu d’épice douces, un peu de poivre. Un (tout) peu de fruit. La bouche est très nette, très fraîche, sur la groseille. La finale est bonne, tant en longueur qu’en plaisir. Après comparaison, c’est un peu moins structuré que 2005. Je l’ai déjà mieux goûté. Il est possible qu’il se soit un peu fermé, il venait d’être transporté. 78/100 ; 5 +.

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L’Infidèle 2003

Attention changement de registre (c’est le millésime de transition, d’ailleurs, le passage de flambeau entre Jean-Pierre Jullien et Vincent Goumard). Un note nouvelle apparaît, qui sera magnifiée dans 2001 et 2000. La note viandée, giboyeuse si typique du Mas Cal Demoura de Jean-Pierre Jullien. Ici, le gibier/tannerie le dispute au fruit noir. Comme si l’on pouvait clairement identifier les quatre mains qui ont contribué à l’accouchement de ce vin. C’est tout à fait fascinant. En terme de plaisir, c’est un nez plus ou moins avenant selon les goûts de chacun, même s’il ne présente aucun défaut objectif. La bouche est dans le même registre avec plus d’expressivité que les trois vins précédents. Ce vin divise et divisera. Dans le groupe qui participait à cette dégustation, perrsonne n’adore mais certains détestent. Avec un accord approprié, ce vin brillera, par exemple et justement sur du gibier. Il est expressif et bien construit. Sans doute à ne plus attendre, il semble avoir un peu baissé « dans l’absolu » par rapport à ma dernière expérience (ce qui ne signifie pas que le vin sera mauvais, mais qu’il va demander plus d’attention quant à l’accord mets-vins pour le mettre en valeur). 76/100 ; 0 0.

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L’Infidèle 2001

Là, on retrouve JPJ dans toute sa splendeur. Si je puis me permettre l’expression, c’est un vin qui a des couilles et le torse velu. Tout ce que j’aime dans ce style. Le nez est très nettement dominé par la viande, le cuir. Ici le fruit est complètement secondaire même s’il participe de l’équilibre. On a aussi le sous-bois et le poivre… Vraiment très dense et tout en puissance. La bouche est du même acabit, ronde et large. Equilibre d’un tout autre genre que ceux de Vincent. Mais équilibre quand même. Le vin déroule sa puissance jusqu’en fin de palais puis laisse en finale une aromatique de quatre épices marocaines. la longueur est un peu en retrait par rapport à 2007 (exemple du genre). Ce vin peut encore vieillir car il n’évolue pas réellement dans un registre tertiaire. 93/100 ; 0 0.

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L’Infidèle 2000

Ouvrez les portes du paradis. Ce vin a dépassé son apogée et se trouve au crépuscule de sa vie. Le nez est encore sympathique, éthéré. Cette fois, il tertiarise nettement. La bouche est par contre comme décharnée, acide, très tertiaire en rétro-olfaction. Poireau en finale. On dirait qu’il a 5 ans de plus que 2001… c’était ma dernière bouteille et c’était trop tard. Il y a deux ans, le vin goûtait encore bien (sans que ce soit extraordinaire). 44/100 ; 0 –.

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Mas Cal Demoura 1998

Enfin nous terminons avec un finish d’anthologie. Le vigneron, la vigne, le vin, tous à la fois touchés par la grâce. Ce vin est absolument sublime et atemporel (il n’apas bougé, voire est encore meilleur qu’il y a deux ans, car développant plus de fruit). Le nez est extrêmement profond, complexe, expressif, ample… Comme les chambres du Château de Versailles. Velours, cramoisi, dorure…  ou pour revenir aux arômes, tous les registres sont là, avec une dominante de fruit, mais aussi cacao, le fumé, légère touche de gibier, tout à fait positive cette fois car participant de la complexité… Grand. La bouche est au diapason. Avec une longueur hallucinante. Il rentre dans les cases de l’archétype du vin parfait. C’est un très grand vin. 100/100 ; 0 0.

Isabelle Goumard

Isabelle Goumard

Une série superbe. 1998, 2007 et 2010 sont trois vin d’un niveau superlatif. Pourtant habitué à goûter ce domaine, l’ensemble des vins a dépassé mes attentes.

Cette fois-ci, n’ayant pas de matériel photographique personnel, toutes les photographies sont issues du site du Mas Cal Demoura.

Christmas at Alko: Villa Antinori 2008 by Antinori (Italia, Toscana)


Another wine featured by Alko for the Christmas celebrations is Antinori, Villa Antinori 2008. This is a pretty famous wine from Toscana (Tuscany). It is sold as IGT as there is many grapes blended with the traditional Sangiovese. We find here Sangiovese, Cabernet Sauvignon, Merlot and Syrah. Quite a mix! One last fact is the good-very good quality of the 2008 vintage in the region, a vintage which is also very palatable right now (maybe not the one to keep ten years!).

The wine is dark ruby. The nose is intense on the fruit flavours, black berries, black cherries… The mouthfeel is smooth though powerful, displaying again intense aromas of ripe fruits. There is also a hint of oakiness. The overall balance is good and the finish is pretty long and pleasant. This is a very nice but very untypical wine. This profile could have been achieved in many places and it does not reflects its origins, which is a bit sad. It requires an opening in advance. 2 to 4 hours with one glass removed.

However, as pleasant as it is, this is not something I would recommend warmly with Christmas food. The wine is too powerful and too much on the fruit side when Christmas food requires spiciness and acidity. It will not be awful but it will neither be the pairing of the year. One positive aspect though is that it is sold in half-bottles too at Alko.

Wineops’ rating: 78/100 ; 0 0

A very drinkable and pleasant wine. Totally internationalised (not tasting Italian at all). To be paired with red meat served rare/medium rare like reindeer or beef. 

Link to Alko: here

Une visite, Weingut Kollwentz (Autriche, Burgenland)


Weingut est le terme générique pour désigner un domaine viticole en Allemand. Kollwentz est un domaine, disons, légendaire du Burgenland (même si la légende n’est pas si vieille). Anton Kollwentz est le premier qui crut dans les vins rouges du Burgenland et surtout dans un cépage local complètement sous évalué : le Blaufränkisch. Désormais ce cépage jadis vulgaire est la carte de visite de la région, qui de pauvre est devenue une des plus dynamiques du pays.

La Vinothèque

Kollwentz est basé dans le Sud-Ouest du Burgenland, près de Eisenstadt. Il cultive 20ha, plantés principalement de Blaufränkisch, Pinot Noir et Chardonnay et complétés par    quelques autres cépages, Zweigelt, Cabernet Sauvignon et Sauvignon Blanc. Il produit quatre vins blancs : un Sauvignon Blanc, Steinmühle et trois Chardonnay, le Leithagebirge (sorte de premier cru) puis les deux icônes du domaine, le Gloria et le Thatchler (équivalent à des Grands Crus). Les vins rouges sont plus nombreux, ils sont dans l’ordre de prestige : Zweigelt Föllikberg, Blaufränkisch vom Leithagebirge, Eichkogel, Dürr, Cabernet Sauvignon, Setz, Point et Steinzeiler. On trouve enfin un rosé et quelques Pädikatswein (vins liquoreux).

Andi Kollwentz, qui a repris le domaine de son père Anton est un grand vigneron, grand, sympathique et terriblement exigent. La dégustation nous a conduit dans les vignes où nous avons pu constater à quel point Andi soigne ses vignes. Les rangs sont impeccablement palissés, irréprochablement conduits. Un seul rideau de feuille, chose remarquable et essentielle. Pas d’herbicide, pas non plus d’irrigation (pratique autorisée en Autriche) et une connaissance parfaite de ses terroirs. La visite des vignes permet de mieux comprendre le niveau atteint par les vins. Autre illustration : 2010 est un millésime assez difficile en rouge, particulièrement chez Kollwentz et Andi, ne trouvant pas les vins au niveau, a donc décidé de déclasser l’intégralité des crus (en dehors du Pinot Noir Dürr).

La dégustation commence par les blancs. Le Sauvignon Blanc Steinmühle 2011 qui est la parcelle la plus éloignée du domaine (une quinzaine de kilomètres plus à l’Est), est plutôt incroyable vu le millésime, vraiment très dur pour les blancs. C’est un Sauvignon surpuissant, à l’heure actuelle très variétal mais soutenu par un nez de silex. En bouche il est très rond et très aromatique également avec une finale tranchante. Un vin de grande qualité qui demandera du temps et qui n’est pas sans points communs avec Sancerre (83/100). Suit le Chardonnay Leithagebirge 2011. Elevé sur lie dans des foudres, il livre un nez de fruit blancs et de fruits exotiques (typique des Chardonnays de cette région). La finale est très impressionnante pour ce vin Premier Cru (86/100). Ces deux vins, considérés plus ou moins comme des premiers crus, constituent l’entrée de gamme du domaine et sont de beaux rapport qualité prix. Ils auront besoin de 2-3 ans pour se faire, avec une durée de vie bien plus longue.

Les deux blancs suivant sont Gloria et Thatschler. Ces deux vins de Chardonnay sont issus de deux parcelles considérées comme des Grands Crus par Andi. Il s’agit pour la première d’une parcelle exceptionnelle plantée au sommet de la colline bordant le village, soit au dessus de 300m (le reste du vignoble se trouve entre 150 et 220m) exposée Sud-Est. C’est le vignoble le plus frais du domaine avec la parcelle Dürr, située juste en dessous. Le Thatschler se trouve lui en bas de cette colline (200-240m) avec une exposition semblable, protégé du vent et bordé par le forêt. Deux parcelles exceptionnelles, dont la première mention écrite est 1570. Gloria 2010 est un vin plutôt puissant, même s’il est encore sur la réserve. On part sur des touches grillées délicates, on retrouve aussi les fruits exotiques. Tout est d’une grande élégance mais on sent un vin qui ne se livre pas (la mise ne date que d’avril). La bouche en revanche est plus déliée. Il présente actuellement plutôt son côté minéral avec une intégration de l’acidité remarquable qui me rappelle celle d’un Montrachet. La longueur est très impressionnante. On tient là un très grand vin, qu’il conviendra d’attendre patiemment (88/100). Le Thatschler 2010 présente un profil plus intégré. Nous sommes plus fruit blancs et fleur. La bouche est très tendue, finale superbe encore une fois (88/100). Ces deux vins encore fermé seront de grandes bouteilles dans quelques années. Leur qualité s’exprime pour le moment à travers leur impeccable et surpuissante structure. Deux vins dont je vous reparlerai en temps et en heure…

Les 5 hectares du Gloria, perdus dans la forêt.

Nous passons aux rouges.

Zweigelt Föllikberg 2010 : un des rares 2010 qui seront mis en vente. Epicé, très fruité, la matière en bouche est vraiment puissante, les tannins bien serrés. Quelle densité ! Trop ? A suivre sur quelques années mais je parie dessus (82/100). S’ensuit le Blaufränkisch vom Leigthagebirge 2009. Changement de millésime, fin de la plaisanterie. Un vin très épicé, très fruité et très mûr. La matière est superbe, beaucoup plus ronde, plus douce et pourtant les tannins sont bien là. Nous avons clairement passé une barre (87/100). Eichkogel 2009 marque pour moi le palier de 90/100. Le nez est grand, très grand avec un fruit tout en équilibre et intégration avec les épices et les notes empyreumatiques discrètes de l’élevage. Quant à la bouche… elle est irréprochable. Magnifique (91/100).

Les Grands Crus commencent avec Setz 2008. Un Blaufränkisch, donc, dominé par les épices (j’utilise l’analogie avec une Syrah du Rhône septentrional sans tannins pour décrire le BF). La parenté avec une Côte-Rôtie est d’ailleurs ici évidente. La texture en bouche montre la même profondeur. La fin de bouche est interminable. Vin encore un peu serré malgré ses 30 mois d’élevage (93/100).  Point 2008 propose un profil proche mais peut-être plus fumé avec une bouche encore plus ronde. Je mise sur un potentiel supérieur mais à l’heure actuelle je trouve que Setz est plus intéressant (92/100). Steinzeiler 2008, l’assemblage BF/Z/CS à forte dominante BF, est un niveau au dessus, il faut le reconnaître. C’est sur la profondeur que se fait la différence. L’aromatique est aussi plus libérée. Un style magique. (95/100). Nous terminerons sur Dürr 2010 qui est un Pinot Noir d’excellente qualité, au niveau d’un premier cru de la Côte de Nuits. Toutefois, s’il goûte déjà bien, je ne lui voit pas un potentiel de plus de 5 ans. A partir de ce moment-là, je doute qu’il s’améliore encore. Il me laisse en comparaison un peu sur ma faim (87/100).

Une mention pour finir au Sauvignon blanc Beerenauslese 2010 qui est ni plus ni moins le meilleur Sauvignon liquoreux (en monocépage) qu’il m’ait été donné de goûter. En effet, le Sauvignon est très difficile à cultiver et vinifier correctement en liquoreux, surtout à ces niveaux de richesse (c’est une des grandes raisons de son assemblage avec le Semillon en Sauternais). Remarquable, épices douces, acidulé et fruits blancs avec une liqueur discrète (92/100).

Une dégustation grandiose de près de 3h30 qui confirme indiscutablement le statut de la propriété. Non seulement leurs rouges sont parmi les meilleurs d’Autriche, mais ils surpassent bien des grands d’ailleurs. Ce domaine serait probablement dans mon top 10 mondial. Il ne reste plus qu’à attendre les grandioses crus 2009. A l’heure actuelle et en général, je recommande particulièrement Eichkogel, qui est LE rapport qualité-prix du domaine. Pour finir, voici un lien vers le site du domaine Kollwentz.

La cave de vinification, une partie des trois millésimes en élevage…

ALKO: Reina Ma Christina 2008 by Codorniu (Spain, Cataluña)


Reina Maria Christina 2008 by Cordoniu is what we call a « blanc de noir ». This is quite specific to Champagne and Cava, sparkling wines in general (though you can find it very rarely on still wine bottles). It means that the wine is made out of black grape (typically Pinot Noir) event if it is a white wine. This is achieved through a very gentle pressing and no maceration (no color extraction). It usually results in a more powerful taste and a wine with more body. That kind of sparking is usually recommended  to be tasted with meals, not as aperitif.

I must say that aside from the very nice bottle, this wine was a disappointment. The dosage is very strong, so the wine bears a clear soft finish, which makes it quite boring to taste. The aromas are not developed and do not seem to be able to develop a lot. In other word, this is a wine I would not recommend, especially at this price point.

Wineops’ rating: 63/100 ; 0 0

Link to Alko : HERE

Du bon usage de la carafe : Château Beaucastel rouge 2008 (France, Châteauneuf-du-Pape)


J’ai eu la chance au court de la semaine dernière de déguster par deux fois un Château de Beaucastel rouge 2008. Le millésime 2008 peut être qualifié en Vallée du Rhône de millésime mineur, avec des variations importantes entre le Nord, très mauvais en Côte Rôtie et le Sud, où il est réussi dans les Costières de Nîmes par exemple. En moyenne, on se trouve devant des vins plutôt légers avec un joli fruit et des tannins peu marqués (avec le risque de la sous-maturité et de la dilution quand le vigneron ne s’en est pas sorti). Si vous êtes en face d’un domaine de qualité, 2008 a de forte chances d’être un vin accessible plus vite, qui n’aura pas le potentiel de vieillissement d’un grand mais devrait vous permettre de bien goûter le vin dès maintenant et sur 10 ans.

Beaucastel 2008 était un parfait objet d’expérimentation. Ce domaine fait preuve d’une régularité exemplaire et rare. Il produit des vins de longue garde, qui ne s’épanouissent véritablement qu’après 10 ou 20 ans, voire 30 pour les grandes années. En 2008 par exemple, j’avais goûté un 1989 parfait et à qui on aurait pu donner dix ans de moins compte tenu de son évolution.

Ce vin est l’exemple même du vin adapté à un passage en carafe prolongé.

A ce sujet, sachez que la carafe permet d’oxygéner le vin non seulement lorsqu’il s’y trouve mais aussi lorsqu’on le verse. Le simple passage en carafe a déjà un effet très important sur le vin. Ensuite, ce qui importera est la section de la carafe au niveau qu’atteint le vin. Si l’on considère une carafe à décanter normale, d’un diamètre de 14-15cm, la surface de contact avec l’air est donc d’environ 150 cm2, si j’ouvre une bouteille et la laisse ouverte, la surface de contact sera d’environ 5 cm2. On a donc une surface d’échange trente fois supérieure en carafe. Mettons que l’on retire un verre pour goûter le vin et l’on se retrouve avec une différence de l’ordre d’un facteur 10.

En terme de surfaces d’échanges, on conviendra qu’un carafage d’une heure équivaut à 10 heures d’ouverture en bouteille « épaulée », soit une bouteille dont on a retiré un verre de vin ; ou encore 30 heures d’une bouteille simplement débouchée. Une première remarque consiste à dire qu’ouvrir une bouteille quelques heures avant le repas, sans aucune opération à la suite n’aura pratiquement aucun impact sur le vin. La seconde remarque est que ces possibilités vous permettent d’avoir une grande flexibilités quant à l’effet recherché, une fois que vous aurez ouvert le vin.

Dans tous les cas, préférez toujours, si vous prévoyez un long carafage, une très longue ouverture sans carafe. A cela une raison, l’opération est moins traumatisante pour le vin et vous aurez presque toujours un meilleur résultat. Ensuite, prenez en compte que le carafage a un effet immédiat très important. Autant vous pourrez laisser deux ou trois heures de plus un vin simplement ouvert en bouteille, autant une heure de carafe peut avoir un effet désastreux. La carafe est donc un outil à manier avec précaution, surtout si vous comptez que le service lui-même s’étale souvent sur une demie-heure à une heure.

En règle générale, un vin qui doit être carafé (raisonnablement) n’a besoin que de une demie-heure à une heure et demie en carafe. Rare sont les vins nécessitant et bénéficiant de carafage longs (supérieurs à 3h) car il vont souvent s’effondrer avant de s’ouvrir. En tout cas, pensez bien que 30 à 45 minute auront déjà un effet très important. Il est difficile d’apprécier sans expérience si un vin va bénéficier du carafage (il y a l’aspect ouverture/fermeture aromatique, la qualité des tannins, une verdeur…). En règle générale cela convient aux vins européens, jeunes, de moyenne et longue garde. Il est en revanche, généralement, déconseillé sur les vins du nouveau monde. Ceci dit, c’est une règle générale qui souffre de nombreuses exceptions.

Ce Beaucastel 2008 a été dégusté la première fois avec une heure trente de carafe. Beaucastel et singulièrement les Châteauneuf-du-Pape sont des vins de longue, voire très longue, garde. Il est bien rare que le potentiel d’un vin ne s’affirme avant une dizaine d’années. 2008 est un millésime plus accessible du fait de sa moindre structure. Il n’en reste pas moins difficile. A l’ouverture, le vin n’est pas muet, mais presque. Après carafage, il va s’exprimer sur le fruit frais (groseille, framboise) et présente une très belle matière, soulignée par une acidité bien présente en bouche. Dans l’ensemble, c’est un très bon vin, qui ne trahit pas vraiment les limites du millésime. Il est assez souple et manifestement tiendra de nombreuses années en cave. Je le note 81/100 lors de cette première dégustation. La bouche en particulier manque un peu de tenue. Toutefois, il est clair au cours du repas que le vin s’améliore, relativement vite et qu’il est de toute façon plaisant. Ce même vin sera donc redégusté le lendemain mais avec une préparation idoine.

La seconde bouteille est dégustée vers 20h00 après avoir été décantée à midi. Huit heure de carafe. Voilà qui est un passage rare et particulièrement long en carafe. En ouverture « normale », cela correspondrait à plus ou moins 80h, soit un peu plus de trois jours. Cette énorme différence explique bien comment on peut goûter chez certains vignerons des vins ouverts une semaine plus tôt et qui goûtent très bien. Dès le passage au nez, la différence est patente. Le nez s’est ouvert. Il est beaucoup plus complexe, expressif, avec du fruit mûr et des notes de bois ciré très plaisantes. Vraiment splendide. La bouche s’est métamorphosée. Elégance, souplesse, harmonie. Pas de trace de cette acidité un peu trop présente, pas de petit fruit rouge trop simple. Ce vin est ample, s’installe en palais. Pour la précision, je le note ce soir là 89/100.

Le gain sur ce vin est flagrant. Je pense que certains se demandent à ce point si le carafage permet de faire vieillir plus vite le vin ou du moins, s’il permet de boire un vin jeune sans attendre. A cela, pas de réponse simple sinon que non, le carafage ne fait pas vieillir plus vite, il permet surtout de permettre une oxygénation rapide du vin (entre autre) qui va donc « forcer » certaines transformations. Cela va se concrétiser dans la possibilité de prendre du plaisir sur un vin trop jeune. Mais en tout cas, cette pratique ne se substitue pas au vieillissement. Par exemple, si efficace ait été ce carafage de Beaucastel 2008, je peux vous assurer que le vin sera encore supérieur (surtout du point de vue de la complexité) quand les ans auront passés. C’est en revanche un outil utile quand vous n’avez pas le choix du millésime (restaurant ou début de construction de cave, par exemple) et dans un cas particulier, c’est très efficace : dans le cas de vins « réduits ». Par ailleurs, il est difficile d’être assuré à l’ouverture d’une bouteille que le vin est exactement à son apogée, le carafage peut permettre d’ajuster le vin. Nous parlons dans ce cas de carafage court, de 30 minutes à 1 heure.

Pour terminer, et bien que j’use souvent de cette technique, je vous livrerai cette conclusion : si vous devez réaliser un long carafage, c’est que le vin n’est pas prêt à être bu. Dans l’absolu, seul un court carafage (et idéalement, aucun), peut se justifier pour débloquer un vin un peu trop jeune. Au cas contraire, c’est un pis aller. Vous pourrez certes vous faire plaisir, mais vous perdrez une partie du potentiel du vin.

Certes… mais il est toujours tellement excitant d’ouvrir les vins que l’on vient de découvrir nous-mêmes, pour les faire découvrir à d’autres. Un vrai cercle vicieux ! D’autant que dans le cas de mon exemple, je n’aurais aucun scrupule à renouveler l’opération.