Terrasses du Larzac

L’Infidèle 2004 by Mas Cal Demoura (France, Languedoc)


L’Infidèle 2004 du Mas Cal Demoura provient plus précisément de la zone identifiée désormais sous le nom Terrasses du Larzac. Cette sous-zone de la récente appellation Languedoc (Coteaux du Languedoc rebadgés assez inutilement par ailleurs) est une vraie réussite. C’est un terroir que je vous recommande d’explorer car ses caractéristiques sont particulièrement intéressantes. En effet, ce qui le distingue est sa fraîcheur et son élégance. Nous trouvons rarement ici de bombes aromatiques ou de vins massifs. Ce sont plutôt des vins délicats, présentant toujours une très belle acidité. D’un point de vue accord mets-vins, ce sont des vins qui peuvent tout à fait se substituer à des vins du Rhône septentrional ou de Bordeaux.

Je me demande quand même pourquoi ce terroir n’est pas carrément identifié par son AOP propre, plutôt qu’une sous-section d’un grand ensemble complètement bâtard. En l’état, c’est un peu comme si on avait une AOP Bourgogne (allant jusqu’au Beaujolais) et qu’en son sein on identifiait « Bourogogne-Gevrey-Chambertin ». Je vous rappelle d’ailleurs à toutes fins utiles que cette brillante AOP Languedoc inclus le… Roussillon… ce qui est rigoureusement absurde du point de vue du style des vins. On a donc fait d’une appellation déjà un peu vaste (Coteaux) une appellation fourre tout, principalement destinée au négoce et aux coopératives. Aucune préoccupation qualitative, donc, dans ce choix purement politique. Mais l’adage est vérifié sur un point « d’un mal peut naître un bien », puisque c’est ainsi qu’on été identifiées les Terrasses du Larzac (et quelques autres).

Petite revue aujourd’hui de ce vin un peu spécial, dans un millésime qui goûte plutôt bien en ce moment, et ce, dans pas mal de régions comme en particulier à Bordeaux.

L’Infidèle 2004 est en fait le premier millésime réalisé en solo par Vincent Goumard. 2003, année de la reprise de l’exploitation de Jean-Pierre Jullien avait été au contraire réalisé en tandem… ce qui au vu de la difficulté de ce dernier était sans aucun doute un heureux concours de circonstance. A ce sujet, on remarquera d’ailleurs que Vincent et Isabelle ont été bénis lors de la transition avec une série de très bons millésimes et même quelques uns des meilleurs jamais produits (2005, 2007…). L’Infidèle 2004 est indéniablement arrivé à maturité. C’est l’occasion de vous parler un peu de ce qu’est la maturité, je le ferai dans un prochain billet. Le nez est très beau. Fondu, très difficile à décrire. Aucun arôme ne passe au dessus de l’autre : c’est fumé, fruité, racé. On retrouve les herbes aromatique et des odeurs légères de bois ciré. Sa structure est bonne sans être grandiose. En bouche, l’homogénéité du vin est encore plus évidente. On ne ressent pas la moindre aspérité. Les tannins sont ronds, doux ; le fruit, noir (myrtille, cassis), est frais. Les autres dominantes au nez se retrouvent en arrière plan. La finale est sur la fraîcheur et une touche de fruit rouge (groseille). Un ensemble très beau, serein : un beau vin. Aucune déviance tertiaire n’est à déplorer, je pense que ce vin a encore quelques années devant lui.

Avis Wineops : 85/100 ; 0 0

L’Infidèle 2004 by Mas Cal Demoura

Publicités

Verticale de l’Infidèle du Mas Cal Demoura


Il est des dégustations dont on se souvient, parce qu’elles sont des moments forts, avec les vins et au delà. Cette verticale du Mas Cal Demoura est de celles-ci.

Une verticale de l’Infidèle, le vin qui a fait l’histoire du domaine, sur 10 ans et 6 millésimes. Nous avons eu l’immense plaisir de visiter L’Infidèle 2008, 2007, 2006, 2003, 2000 et 1998 (qui à cette époque, elle ne s’appelait pas encore l’Infidèle).

Rappelons que la main a été passée en 2004 après un 2003 réalisé en étroite coopération mais qui porte encore nettement la marque de son créateur. Le changement de style est flagrant sur 2006 et suivant. Les vins ont tous été ouvert deux heures avant, goûtés et rebouchés, sauf 2006 qui a été carafé. Les vins ont été dégustés par ordre décroissant de millésime dans des verres fortissimo Schott-Zwiesel.

1- L’Infidèle 2008 : 89/100 ; 5 +

Présente une légère réduction à l’ouverture. La Syrah est dominante dans ce vin. Le nez est immédiatement poivré, épicé. Puis déroule le fruit, riche, expressif quoiqu’un peu agressif (jeunesse). En bouche, le vin est épais, vineux. Les fruits sont noirs, tapissent. Il y a une richesse presque de tarte aux myrtilles en bouche. La finale est longue, fraiche, multicolore. Un vin jeune, qui demande à trouver un équilibre (un an), complet, dense. Magnifique. Un Grand vin.

2- L’Infidèle 2007 : 92/100 ; 5 +

Après 2008, la marche va être haute, même si 2007 m’a déjà impressionné plusieurs fois. 2007 est un millésime frais en Languedoc et un grand millésime. 2008 était superbe et 2007… est encore supérieur. Tout est plus dans ce vin. Les arômes, la structure, l’équilibre, la finesse, la qualité des tannins. La bouche est dense, profonde, architecturale. Les épices disputent les fruits dans un crescendo aromatique. La longueur, elle aussi, est magnifique. Moins puissant que 2008, moins jeune aussi, 2007 me semble plus porté par la Grenache et le Mourvèdre mais au delà de toute analyse, c’est juste un vin magnifique que je n’ose même pas imaginer dans 5 ans… Exceptionnel ! Par rapport à la dernière dégustation de ce vin, cette bouteille est un cran au dessus.

3- L’Infidèle 2006 : 82/100 ; 10 ++

Après les deux immenses vins, déjà accessibles que sont 2007 et 2008, le discret mais solide 2006 joue dans une tonalité totalement différente. Le nez est très discret, retenu mais construit. La bouche est portée par une structure tannique impeccable, beaucoup plus présente que sur 2007 et 2008 et élève un fruit très dense, compact, un peu refermé sur lui même mais terriblement attachant. 2006 a été un millésime d’été chaud, avec des peaux épaisses, des maturités décalées. Ce vin est tellement ça : comme un raisin caché sous sa peau, dure, impénétrable. A l’heure actuelle, ce vin s’exprime moins que les autres, dans un registre de basse plutôt que de ténor trimphant, mais sa structure en font un excellent compagnon de table et je n’hésite pas une seconde à parier sur son avenir. Deviendra-t-il plus grand que ses cadets… à voir ! Rendez-vous dans 5 ans.

4- L’Infidèle 2003 : 80/100 ; 0 0

Je ne pense pas qu’il faille attendre plus longtemps cette bouteille. D’emblée, je peux aussi dire que si vous êtes un amateur de l’ancien style de la maison, ce vin vous ravira et mériterait alors quelques points de plus. Nous trouvons immédiatement au nez des notes d’évolution et la robe tire déjà sur la brique. Cuir, fourrure, le vin est très animal au nez, avec un peu de fruit en arrière plan. La bouche laisse parler la puissance mais bien fondue. Le fruit est encore bien présent et le vin est d’un très bel équilibre. Moins fin que les trois précédents, c’est une bouteille à maturité.

5- L’Infidèle 2000 : 75/100 ; 0 –

A l’ouverture, impossible de ne pas remarquer une coulure importante, le bouchon est intégralement taché. Un vin vraiment très évolué, fortement marqué par le registre animal et tertiaire. Il est nettement en retrait par rapport aux autres, mais reste plaisant, dans son style un peu extrême. En bouche, tout est très rond, les tannins sont insensibles et une petite amertume vient juste un peu gâcher la finale. L’effet de la coulure n’est pas clair au départ, même si l’évolution marquée du vin y semble liée. La surprise (logique) vient deux jours plus tard : ce vin n’a absolument pas bougé… bénéfice d’une oxydation lente ? 🙂

6- L’Infidèle 1998 : 94/100 ; 0 0

Indiscutablement, ce vin est à son apogée et cette bouteille est parfaite. Couleur un brin plus évoluée que 2003. Au nez, les arômes tertiaires sont nobles et ne dominent pas le fruit, très doux, très patiné. La bouche est déliée, douée d’une magnifique fraîcheur, de tanins splendides et d’un fruit frais très élégant. Là encore le tertiaire, sous-bois, humus, cuir léger, vient soutenir, épicer l’ensemble plutôt qu’il ne s’impose. Ordre et beauté : tout est à sa juste place pour une harmonie idéale. Très grande bouteille, magique. Si toutes sont à ce niveau là, c’est un vin qui supportera encore 5 années sans perdre de son éclat.

Ce fut un grandiose voyage dans le temps, où les millésimes nous ont parlé, où l’on sentait le vent dans les vignes et le soleil sur la peau des raisins. Tous ces vins étaient admirables à part un 2000 un peu en deçà. Le changement de style en 2004 est absolument évident et même si 1998 l’emporte au bout du compte par sa maturité, il est indiscutable que le style plus élégant, plus délicat de Vincent Goumard l’emporte par l’universalité et le plaisir immense qu’il procure.

A la fin de cette journée, nous ne pouvions que nous retrouver dans les mots suivants : « Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles ! »

L’Infidèle 2007 by Mas Cal Demoura


Depuis sa sortie et sa dégustation à ce moment là, c’est un vin que je veux revisiter, tant l’impression avait été bonne, dès le début, extrêmement bonne. L’Infidèle 2007 a donc fait l’objet d’une dégustation (après une tentative avortée). Le résultat est à la hauteur du souvenir, avec peut-être un chichouia de fruit en moins et une once de matière en plus.

Le Mas Cal Demoura, je le rappelle, produit trois vins rouges, tous bien Languedoc et sans défaut de finesse et de fraîcheur. L’Infidèle est un vin très complet, qui ne fait pas du tout entrée de gamme : équilibre, fraîcheur, souvent accessible avant les deux autres. C’est un assemblage de Grenache, Mourvèdre, Syrah, Cinsault et Carignan. Les Combariolles sont une sélection parcellaire de Grenache, Syrah, Mourvèdre sur cailloutis calcaires. Un vin plus extrait, plus dense, notamment au niveau de la trame tannique, qu’il faut attendre quelques année de plus que l’Infidèle. Enfin, depuis 2006, le domaine produit une confidentielle cuvée Feu Sacré. Elle n’est produite que si le millésime est favorable, à hauteur de 1200 bouteilles. C’est une parcelle de vieux Grenache dont le vin est ouillé avec l’Infidèle. Le résultat rappelle le Rhône Sud tout en gardant une forte personnalité languedocienne. Une vraie réussite, à découvrir.

Depuis la reprise totale du domaine en 2004 (le millésime 2003 a été fait en collaboration avec Jean-Pierre Jullien), Vincent Goumard, parti déjà d’un très bon niveau, progresse sans cesse. En 2007 un saut qualitatif évident a été accompli avec un gain non plus dans la concentration et le fruit mais sur la fraîcheur et la finesse. Ce millésime consacre le passage (confirmé en 2008) d’un très bon vin à un des meilleurs du Languedoc. Pour ne rien gâcher, les tarifs du domaine sont extrêmement raisonnables au vu du travail consenti.

L’Infidèle 2007 est à mes yeux un vin exceptionnel, du type de ceux qui manquent en France et singulièrement dans le sud. C’est un vin indiscutablement féminin, d’une grande souplesse et d’une finesse de tannins incroyable. Tout en ayant une belle matière et les arguments pour vieillir une dizaine d’année, il est d’une accessibilité remarquable dès maintenant. Les arômes un peu giboyeux typiques du domaine sont là, en arrière plan, mais ne dominent pas les débats : ils apportent au contraire la complexité et la profondeur au vin. La fraîcheur de la bouche n’est pas ici synonyme de maigreur mais bien d’un vin du sud, riche, généreux. Le fruit rouge, la cerise et une pointe de réglisse donnent le ton général du tableau. En finale, toujours cette fraîcheur et le fruit frais, pas confituré, accompagnent joliment les mets. Vin de viande fine (pas de gibier pour lui), vin que j’aime et qui, je pense, sera vraiment parfait dans deux ans. A consommer sans modération d’ici là autant qu’après !

Ma note : 87/100 , 5 ++