assemblage

Vievinum 2010 (Wien, Österreich) – Part 2 : Rouges


Nous continuons donc notre exploration du salon Vievinum de Wien, avec les vins rouges.

La production de vin rouge en Autriche se concentre dans le Burgenland (Burgenland, Mittelburgenland et Südburgenland) et en Carntum. Quelques vins sont produits également sur Zweigelt et Pinot Noir dans le Kamptal et sur d’autres cépages en Wagram, Thermenregion… mais cette production représente une toute petite part du total.

Sur Vievinum on retrouvait donc principalement les millésimes 2007 et 2008. J’ai aussi pu goûter quelques échantillons de 2009. Après la magnifique année 2006 pour les rouges, 2007 offre des vins de grande qualité, très structurés mais aromatiquement un peu en retrait. Ce sont des vins actuellement assez austères, des cathédrales gothiques, des abbayes cisterciennes : magnifiques et tout en élévation et profondeur. 2008 au contraire est un millésime de fruit, avec des vins ouverts, expressifs et donc beaucoup plus baroques, pour filer la métaphore. Peut-être moins taillé pour la garde mais de belles émotions dès l’an prochain. Dans tous les cas, c’est un très bon millésime également. 2009 sur ce que j’ai vu serait sublime. Il est une synthèse du meilleur des deux années précédentes. 2009 a la structure de 2007 mais l’expressivité de 2008. Si les choses se confirment, ce sera absolument magnifique.

Inscription sur les chais Bauer-Pöltl

Les vins, maintenant. Il n’est pas étonnant que la quasi-totalité de ceux que je retiens sont issus des régions que j’ai mentionné en premier. Mais par souci de facilité, je vais régler le sort des productions qui ne proviennent ni du Burgenland ni de Carntum.

En fait, seuls trois vins sont à retenir, deux pinot noirs que je qualifierais d’exceptionnels pour un pays qui n’est pas spécialiste du cépage et un Zweigelt très agréable et bien bon marché de Südsteiermark (près de la frontière slovène). Ce sont donc les Pinot Noir de Willi Brundlmayer (Kamptal) en 2005, un chef d’oeuvre d’élégance, de fruit et d’intensité, et le Pinot Noir Reserve du domaine Alphart (Thermenregion) en 2007, encore jeune et avec un élevage perceptible, mais qui devrait être magnifique dans quelques années. Le Zweigelt que je primerai serait celui de Georgiberg, dans sa version Wientsch. Ces trois vins sont dans les 75-85/100

En Carntum, le producteur qui m’a impressionné est naturellement Markowitsch, notamment pour un vin qui n’était pas présenté sur Vievinum : Redmont 2007 à 82/100 (55% Zweigelt, 15% Blaufränkisch, 10% Syrah, 10% Cabernet Sauvignon, 10% Merlot). Sa gamme est globalement d’un très haut niveau. On retiendra aussi M1 2007 à 90/100 (50% Zweigelt, 50% Merlot) et Rosenberg 2008 à 82/100 (50% Zweigelt, 45% Merlot, 5% Cabernet Sauvignon).

Finalement, le gros du contingent provient sans surprise du Burgenland. On retiendra en particulier et plus ou moins dans l’ordre

Blason du domaine Kollwentz

: Kollwentz, Ernst Triebaumer, Feiler-Artinger, Rotweingut Lang, Anita und Hans Nittnaus, Prieler, Pöckl, Bauer-Pöltl, Rosi Schuster.

Kollwentz, malgré une politique tarifaire qui n’est pas pour inciter à la consommation, produit des vins un cran au dessus des autres. On sent bien, là, que ce producteur à été le premier à travailler à connaître ses sols et ses vignes, il a été un précurseur de la qualité en Burgenland et reste au sommet de la hiérarchie, avec des vins d’une grande finesse et d’une magnifique structure. Ses vins sont justes, sans jamais un excès d’élevage. Des jus à attendre sereinement. En rouge, le domaine présentait ses 2007 et je retiendrais… tout ! Ses vins rouges marquent entre 87 et 95/100, c’est vraiment remarquable et de très haut niveau.

L’ami Ernst Triebaumer offre une belle sélection de Blaufränkisch, Oberer Wald ou Gmärk par exemple, qui sont à attendre quelques années et d’une grande élégance. La cuvée qui emporte tout et atteint le niveau (de qualité et de prix :s) de Kollwentz est le fameux Blaufränkisch Mariental… en 2007 c’est sublime, magnifique… et ça cote à 95/100, son potentiel est insondable. Le domaine produit aussi des assemblages moins typés et fait des essais avec le Pinot Noir. Intéressant et bon. A découvrir, donc.

Bienvenue !

Feiler-Artinger, voisin de Ernst Triebaumer à Rust, est une de mes premières découverte en Autriche et un vigneron qui me convainc à chaque fois. Sa gamme est pléthorique mais consistante. C’était un des seuls à présenter en intégralité deux millésimes (certains vins sur échantillon de cuve), 2007 et 2008. Même 2009 sur un ou deux vins. Tout est bon mais je recommande en particulier Zweigelt und More (à attendre 5 ou 6 ans pour atteindre le Nirvana), Solitaire (attendre plutôt 5 à 10 ans) et la gamme des 1000 (1013 et 1014 en ce moment). Blaufränkisch Umriss, dans un style plus simple, se livre au bout de 4 ans. C’est un exemple très joli de ce cépage, accessible, qui en montre le potentiel quand il est bien conduit. J’ai globalement noté le domaine sur ses rouges autour de 90/100. Feiler-Artinger est un domaine relativement bon marché, dont les vins se révèle après quelques années de garde.

Feiler-Artinger

Rotweingut Lang produit en Mittelburgenland et comme son nom l’indique, ne donne que dans le rouge. Je n’ai pas de recul sur les vins au vieillissement, mais ce que j’ai goûté me laisse penser que ce sera superbe. Les vins sont frais, souples, élégants. Fusion One et Excelsior 2007 ont atteint les 90/100. Avantage ? Les vins sont très bien tarifés… à suivre, donc.

Anita und Hans Nittnaus ne sont pas des inconnus. Basés à Gols, ils produisent une occurrence un des fameux Pannobile et l’un des meilleurs exemples. Tous leurs vins sont très fins et très équilibré, ce qui n’est pas toujours le cas des productions de cette localité (Paul Achs, Gsellmann, Gernot & Heinrich, Judith Beck…). Leur Blaufränkisch Leithaberg 2009 est énorme à 92/100.

Prieler quant à lui est basé au nord de Rust et propose une gamme complète et homogène. Que dire ? Leur série de Blaufränkisch est impressionnante. Pöckl est aussi intéressant. J’ai adoré son flagship baptisé Rêve de Jeunesse. Certes, quand on m’en a communiqué le tarif, mon envolée lyrique a perdu quelques plumes, mais Dieu que c’est bon.

Un des vignerons que j’ai découvert aussi est Bauer-Pöltl, un jeune couple qui officie en Mittelburgenland. La cuvée Christania à 90/100 est exemplaire de leur travail. C’est bon, c’est bon marché et ils sont adorables.

Pour finir, je vous parlerai de Rosi Schuster, vigneronne de son état aux alentours de Rust (ouest). Beau Sankt Laurent Zagersdorf en particulier (sur 2008) qui décroche un 88/100.

Bien sûr, il y en avait plein d’autres, mais il faut sélectionner. En rouge, aucun domaine ne m’a vraiment déçu à l’exception d’un domaine du Südtirol. Tous les vins dégustés étaient de haut niveau. On aurait aussi pu mentionner Nekowitsch et son Rubino, Umathum pour sa gamme de vins puissants et de garde, Heinrich, Schloss Halbturn

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Miss Harry 2008 by Hewitson (Australie, Barossa Valley)


L’erreur à ne pas faire avec les vins de ce type (erreur qui en général est recommandée sur la contre-étiquette) est de les boire à

Hewitson, Miss Harry 2008, Barossa Valley

température normale. C’est doux, gouleyant mais affreusement lourd. Mais si on le passe un petit coup au frais, histoire de le redescendre à 14°C, ça commence à être accessible.

Accessible, certes, mais quand même un peu grassouillet en bouche.

Vous me direz, la bouche c’est bien, mais avant, on goûte par l’oeil et le nez.

L’oeil, donc, un rouge bien brillant, profond par sa couleur mais peu dense (surprise), pas tellement violacé sur le disque (surprise bis puisque c’est un vin jeune). Il est vrai que l’ensemble de la robe tend vers le pourpre, ce qui explique sans doute pas mal de chose. Le vin est relativement translucide puisque je peux pratiquement voir au travers… c’est sans doute le plus étonnant pour un liquide vineux affichant une telle maturité…

Parce qu’au nez, le côté Shiraz (j’ai tendance à comprendre la Shiraz comme le résultat de la cuisson de la Syrah au soleil) est flagrant, avec sa sucrosité, sa confiture de myrtille, de cerise et ses notes caramélisées. Le boisé n’est pas évident, ce qui est un bon point. Si on repart dans l’analytique, franchement, en dehors de la Syrah, pardon, Shiraz, j’ai du mal à remettre autre chose (le reste), parce que je suis sûr qu’il y a autre chose. Ce qui me fait dire que ce n’est pas un monocépage est le toucher particulier des arômes, une sorte de complexité, d’assemblage… qui, bien qu’indéfinissable, est toujours sensible. Il y a une pureté, une rectitude dans les monocépages qui les rendent immédiatement reconnaissables. Ce n’est pas le cas ici, même si l’impression est proche. Il suffit par exemple de se souvenir de 100% Shiraz du même coin comme The Logde Hill Shiraz de Jim Barry (bon, ok, c’est la Clare Valley, pas la Barossa…) pour comprendre ce trait particulier. L’autre indice, c’est la couleur beaucoup trop légère pour être de la Shiraz pure. Un peu de connaissance du lieu permet de se dire qu’on pourrait avoir du Grenache, vu qu’ils en font un vin souvent très léger en couleur et en goût. Bref, de ce point de vue, je suis quand même un peu perdu.

Me remettant de mon « mustikkapiirakka » au nez (tarte à la myrtille finlandaise, celle où il n’y a que des myrtilles), je le retrouve bien présent en bouche, et même avec la sucrosité, celle qu’on a dans la confiture, après la cuisson longue des fruits. On retrouve aussi une touche résineuse, comme du bois aromatique… C’est plutôt long, mais la finale est lourde puisqu’il ne reste que ce trait confituré et un peu d’alcool. A mon goût, c’est nettement moins harmonieux que le Lodge Hill évoqué plus tôt. Même en faisant abstraction de la finesse que je recherche habituellement dans ces assemblages, ce corps de pin-up a du mal à m’emballer. Le kitsch « too much » de ces bouteilles, auxquelles je commence à être sensible, ne fonctionne pas à plein, du fait du gras sucré de la fin de palais. C’est dommage.

The Lodge Hill Shiraz by Jim Barry, Clare Valley, Australia

On ajoutera que le vin est très peu tannique, très rond et que l’accord sur un filet de porc à la crème a été de bon aloi. Un filet de boeuf ou autre viande rouge tuerai ce vin axé plaisir et facile à boire (à noter que l’objectif est un peu raté). J’ai aussi essayé une consommation à l’anglo-saxonne devant le film de la soirée… là encore ça n’a pas fonctionné à cause du manque de fraîcheur, que même la glace n’a pas su ramener. Et je me suis rabattu, justement, sur une glace d’un autre genre !

En tout cas, comparé au 2007, 2008 livre une bouteille supérieure, plus homogène, plus nette et fruitée. Et côté cépages… Shiraz, Grenache à parts égales (!?!), Mourvèdre et Cinsault.

Ma note : 68/100 ; 0 0

C’est un bon vin, qui pèche par un manque de finesse et une finale un peu lourde. Il est par contre aromatiquement très expressif et s’en sort très bien pour peu qu’on lui trouve un pendant culinaire idoine. Il frise la barre des 70 grâce à cette intensité et concentration en arômes, la finesse en plus et il serait proche des 75…

Pour localiser Barossa vs Clare...