Pfister

Crémant d’Alsace Brut by Domaine Pfister (France, Alsace)


Il est triste qu’ayant dit « crémant », l’image de ce vin ait déjà souffert. Le Crémant est un peu une catégorie fourre-tout. Etant donné la réglementation assez lâche qui régit ces vins, il est possible de trouver une très large gamme de vins, allant de la bulle indigente et indigeste au meilleurs effervescents. La méthode d’élaboration est celle de la deuxième fermentation en bouteille, qui est la même qu’en Champagne. La grande différence d’avec cette fameuse région va résider dans le temps minimum de stockage en bouteille avant dégorgement, qui est de 9 mois, contre 15 en Champagne.

Ce crémant en question, du Domaine Pfister, est un blanc de blanc puisque réalisé à parts égales à partir de Chardonnay et d’Auxerrois. Il a séjourné 24 mois sur latte, ce qui excède largement le minimum requis mais constitue une durée intéressante pour permettre d’exploiter le potentiel de la méthode de seconde fermentation en bouteille : en effet, au cours d’un séjour prolongé sur latte, les levures vont se dégrader par autolyse et libérer dans le vin une grande quantité de composés aromatiques.

Au nez, le blanc de blanc s’exprime avec les fruits blancs, les fleurs et la fraîcheur. La complexité est bonne et l’intensité est là aussi. En bouche, là encore, la fraîcheur de l’assemblage, du fruit et un dosage bien senti livrent un vin équilibré, plaisant et fort apéritif. A l’aveugle, il a réellement quelque chose du Champagne, sans doute dû à son long séjour sur latte. L’effervescence est bonne mais pourrait durer un peu plus. En somme, nous tenons ici un très bon crémant et surtout un excellent rapport qualité prix (9,5€). Par ailleurs, sa parenté avec son prestigieux cousin vous permettra de ne pas dérouter vos convives.

note Wineops : 70/100 ; 0 0

Une bonne référence à connaître, tout à fait adapté à l’usage apéritif et festif qu’on attend de ce type de vin. En repas, il pourra jouer une partition intéressante sur les entrées légères à base de fruits de mer ou de poisson cru.

Crémant d'Alsace Brut by Domaine Pfister

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Les meilleurs vins sont rarement les meilleurs.


Les nombreux déplacements que j’ai pu faire au cours du mois de juillet et les non moins nombreuses dégustations m’ont donné envie de faire un petit bilan sur deux constatations récurrentes. Une fois n’est pas coutume, ruons dans les brancards. Je tiens à préciser que j’ai un peu grossi le trait, les réactions seront, je pense inévitable et je préciserai à l’occasion en commentaire.

1- La corrélation prix/notoriété – qualité

Tout les amateurs rêvent de certains (grands) vins. Du Chambertin pour certains, de Château Lafite Rothschild pour d’autres, de Dom Pérignon… ces vins censés nous emporter dans une autre dimension du vin, dans la contemplation… ces vins inaccessibles, ou au mieux déraisonnable. Qu’en est-t-il donc vraiment ? Et bien c’est peu dire qu’il sont rarement au niveau où on les attends. Si on excepte quelques petits producteurs (toujours ou presque des artisans), ces vins sont souvent frappants de normalité : Dom Pérignon n’est pas toujours exceptionnel, Mouton Rothschild 1981 est quelconque, Gruaud-Laroze 2000 bon mais sans plus… C’est une bonne nouvelle qui nous évitera de dépenser 600€ sur une bouteille.

Mais sans aller traiter des vins mythiques, les simples Champagne sont mes plus fréquents objets de déception. Sans parler de simple mauvais rapport qualité prix (ce qui est le cas dans 95% des bouteilles), je peux compter sur les doigts d’une main les Champagnes qui m’ont ravi cette année. Krug Grande Cuvée (couramment dans les 130€), Ruinart Millésimé 1995 en Magnum (introuvable ou presque, dans les 150€), un Jacquesson 1997 (à l’heure actuelle, autour de 100-120€) et puis c’est à peu près tout. Concrètement, cela signifie qu’il est difficile voire presque impossible d’atteindre l’orgasme gustatif à moins de 100€. Je ne dise pas totalement impossible car, en réalité, ceux qui connaissent Terre de Vertus de Larmandier-Bernier (environ 30€) savent que ces grands Champagnes raisonnables existent quand même. Mais au nombre des Champagnes indignes de leur rang, cette année, je citerai deux 734 de Jacquesson, alors que j’ai magnifiquement goûté ce vin l’an dernier… ce qui soulève un autre problème… ; Taittinger Les Folies de la Marquetterie, juste passable ; Henriot Cuvée des Enchantelleurs 1990 et Millésimé 1996 corrects mais sans grande émotion ; Spécial Cuvée de Bollinger, bien mais faible aromatiquement ; Drappier Brut Nature, de très bonne structure mais irrémédiablement muet… la liste est longue. Or tous ces vins sortent entre 35 et 100€.

Mon interrogation alors est le pourquoi des commentaires dithyrambiques persistants de beaucoup de critiques ayant pignon sur rue, sur ces vins et particulièrement sur les Champagnes.

Mais ce n’est pas que le cas de ces derniers, je me rappelle des trop rares émotions du dernier salon français de prestige (où l’accès était limités aux domaines déjà triés) auquel j’ai assisté. 300 vins goûtés et une petite poignée de vins d’exception, dont les 2/3 italiens !

La première conclusion que je vous livre cher lecteur : sur un an, la majorité de mes grandes émotions ont eu lieu sur des vins entre 15 et 40€ (départ cave).

2- La surévaluation des Champagnes et des Bordeaux

Lisez-donc le dernier Bettane et Desseauve, section « Champagne » ou le Guide Vert de la RVF à la même rubrique. Vous y trouverez la plus grande concentration de notes stratosphérique (17-20) avec la page Bordeaux. Même la Bourgogne n’arrive pas à la cheville de ces deux régions (alors que la plupart des cuvées bourguignonnes relèvent de l’orfèvrerie, avec quelques milliers de bouteilles issues d’un terroir isolé depuis des centaines d’années, quand l’unité de mesure des Bordeaux-Champagne est la dizaine de milliers de bouteilles, voire la centaine de milliers…).

L’évidence est pourtant là, l’essentiel de ces grands Champagnes ne vaut pas le détour et de vaut qu’une fraction de son prix et de ses évaluations. Je m’efforce en permanence de noter les Champagnes de la même façon que les vins « normaux » mais l’exercice est dur et frustrant car aucun vin (ou alors de très rares) atteignent le niveau des très bons blancs et, comme je le disais, à des prix 2, 5, jusqu’à 10 fois supérieurs. Car oui, il existe des Champagnes fabuleux, S de Salon 1995 par exemple, que je note effectivement comme l’un des tous meilleurs vins qui m’ait été donné de boire, au niveau d’un Bâtard-Montrachet 2004 de Marc Morey (120€, 220€ en restauration), ou d’un Silex 2006 de Dagueneau (80€, 130€ en restauration), ou encore d’un Grande Côte 1996 de François Cotat (25€, ?), mais pour la petite histoire, il vous en coûtera 200€, ou 500€ en restauration pour goûter ce vin… et vous donnerais-je une autre référence champenoise à ce niveau ? non ! Les autres que j’ai pu boire ou déguster était « juste » très bon : Jacquesson 1985, Dom Pérignon Rosé 1996, Winston Churchill 1998, Krug Grande Cuvée. Il me reste beaucoup à découvrir, évidemment, mais l’idée est là. Très très rares sont les cuvées à 30-50€ qui apportent une réelle émotion. Et pourtant, à ce prix, vous pouvez toucher l’essentiel des plus grands vins français et étranger dans toutes les autres régions… sauf Bordeaux et Bourgogne (mais c’est un autre problème et c’est surtout vrai de de la Côte de Nuits)…

Où est donc le problème ? Comment peut-on effrontément noter 18,5/20 Les Folies de la Marquetterie de Taittinger, 17/20 le Brut Classic de Deutz, 17,5/20 le Spécial Cuvée de Bollinger ? (pour ne citer que des vins qui à l’évidence valent plutôt 13-14/20).

Est-ce une question de relativité de la notation ? je ne crois pas que ce soit la principale explication mais il est vrai que Bettane précise que 18 en Champagne n’est pas 18 en Provence… cependant, je ne pense pas que l’échelle soit bien différente de la Bourgogne où la Romanée 2008 du Comte Ligier-Belair touche 18 et Le Chambertin 2008 de Armand Rousseau 18,5. Pourtant, ce sont là des vins d’un tout autre niveau ! Peut-être aussi touche-t-on aussi aux limites de la notation ?

Est-ce mon goût personnel ? c’est vrai que je ne suis pas « fan » des Champagnes mais je ne suis pas non plus « fan » des Bordeaux et ça ne m’a jamais empêché d’apprécier la qualité superlative de certains (Haut-Brion 1976 par exemple, Cheval Blanc 2003 ou Château d’Issan 2008 pour citer des extrêmes).-

Est-ce un préjugé en faveur des Champagnes et Bordeaux ? cela est certain. Ces vins ont une image tellement forte que la perception est faussée. Il faut vraiment beaucoup de distanciation pour juger objectivement d’un Champagne. La faute à l’imaginaire associé au Champagne : le Champagne, c’est la fête, la réjouissance, la célébration. C’est éclatant, brillant, joyeux. Le simple fait d’avoir un Champagne sur table change notre référentiel de perception. Et c’est une bonne chose car nous demandons exactement ça au vin. Mais c’en est une mauvaise aussi car cette réjouissance que l’on ne touche qu’avec le Champagne est souvent interdite à un autre type de vin. Ceci étant, un spécialiste comme Bettane serait-il incapable de se détacher de cet imaginaire ? j’en doute.

Est-ce l’effet de la puissance marketing ? Là, je suis plus dubitatif. Il est évident qu’en France, la Champagne est Bordeaux sont les régions avec la plus importante force de frappe commerciale (Par exemple, se rappeler que les bien médiocres Moët&Chandon et Veuve Cliquot sont propriétés de LVMH). Ce sont aussi des icônes absolument nécessaires à tout professionnel du vin. Pour ma part, j’ai beau ne pas aimer ces vins, j’ai le devoir de les connaître car on me les demande et on m’en parle quotidiennement. Une déconcertante évidence est que juger un Champagne pour ce qu’il est, c’est-à-dire souvent un vin moyen, est plus difficile que dans une autre région. Quel journaliste, en France, à l’heure actuelle pourrait se permettre de ne plus goûter ou de ne plus être soutenu par ces régions ? Il est certain que le lien économique n’est pas de cause à effet et l’on peut conserver son indépendance mais, dans les faits, la position est difficile à tenir. C’est d’autant plus vrai quand l’objet de la critique a moins besoin de nous que nous de lui. Je me souviens de mes débuts de critique (en cinéma !). Gérer les copies presses était un vrai problème car il était difficile de massacrer un film sans se mettre l’éditeur à dos. Chose gênante quand il n’y a qu’une poignée d’intervenants dans le milieu. J’en étais venu à décider d’une règle tacite qui consistait à tâcher de publier en même temps plusieurs critiques afin d’amortir les effets d’une critique négative. Entorse indéniable au principe d’indépendance du journaliste… mais hélas un moindre mal qui permit de signaler des navets. Enfin, je dirais que nous pouvons trouver dans la tradition française de copinage, un facteur aggravant.

Pourtant ! Pourtant il y a une solution à tout ça, une solution dont parle justement récemment M Mauss du GJE, qui devrait PARTICULIEREMENT être appliquée pour les grands domaines, et grands vins : la dégustation à l’aveugle. Or ne nous y trompons pas, AUCUN grand vin célèbre n’est dégusté de la sorte dans les guides français (ni par Robert Parker, d’ailleurs). Dans son guide, Bettane annonce par exemple, avec une habile et feinte naïveté, que seuls les domaine 5 BD (ie, les tous meilleurs) sont dégustés au Château (donc pas à l’aveugle et dans des conditions différentes, type salon XIXème, verrerie spécifique, décantage… sélection des échantillons??;)). Or ce sont précisément ces vins qui devraient être dégustés à l’aveugle ! Aucun doute sur la capacité de beaucoup à maintenir leur rang : Cotat, Dagueneau, Coche-Dury, Armand-Rousseau. Par contre, on aurait beaucoup de surprises sur les icônes bordelaises et champenoises.

Rendez-vous compte du désordre : La Cuvée des Enchantelleurs 1996 de Henriot à 14-15/20 (peu expressif, structure intéressante, persistance limitée), La Grande Année 1999 de Bollinger sortie du guide (ne tient pas l’ouverture, déséquilibré, court) ou Mouton-Rothschild 2006 à 15/20…

Soyons raisonnables, qui vous prendra au sérieux si vous dites que le meilleur vin dégusté récemment est un Ürziger Würzgarten Auslese** 1994 de Karl Erbes (Mosel, Ürzig) à 11€ la bouteille ? moins classe que Krug Grande Cuvée et pourtant d’une toute autre dimension !

Plus tard, je publierai une autre partie de ce point de vue… d’ici là, réjouissez-vous d’une bouteille de Bernkasteler Badstube Riesling Kabinett 2007 de Sofia Thanisch difficile à trouver en France mais tellement beau !

Grand Tasting 2010 : Alsace


Après les deux préambules d’hier et avant-hier, je me lance maintenant dans un compte rendu de l’ensemble du salon, l’ensemble des vins intéressants et moins intéressants que j’ai pu y goûter.

Côté synthèse, je dirais que le Grand Tasting est un salon qui commence à bien marcher. L’espace est enfin suffisant, les verres sont bons, les rince-verres pratiques… que manque-t-il ? Un carnet de dégustation mieux organisé (c’est bien, l’ordre alphabétique, par exemple, le VRAI ordre alphabétique), avec un rappel de la page à côté du numéro de stand. Disperser les vignerons sans logique est par ailleurs certes positif pour que les visiteurs ne se limitent pas à des thématiques mais je m’interroge sur la réelle pertinence de la chose : on passe son temps à marcher, chercher… corrélativement, je pense qu’il ne serait pas du luxe de disposer quelques chaises le long des murs car l’absence totale d’endroits pour s’asseoir est très fatigant quand on passe sa journée à piétiner d’un stand à l’autre. Finalement, la prise-dépose des verres est un peu pénible. En somme, le salon est presque irréprochable.

Passons aux dégustations. Je procéderai par ordre de région. Alsace pour commencer.

L’Alsace était plutôt peu représentée. Sept producteurs dont deux coopératives (de bonne niveau). Cependant, la qualité était élevée. Je retiendrai trois producteurs, dans trois styles très différents. Marcel Deiss, Agathe Bursin et Mélanie Pfister.

Bien qu’il était difficile de s’approcher (à part le matin), du stand de Marcel Deiss, il organisait une présentation rodée et pédagogique de cinq de ses vins. Extrêmement instructif et efficace. Les vins par ailleurs étaient superbes, très alsaciens sans être typés par les cépages. La démarche de M Deiss, que je vous invite à découvrir sur son site internet, consiste à travailler l’expression des terroirs sur la base de la complantation (et non du cépage). En outre, il cherche à identifier les 1er Crus, confirmer les Grands Crus et à rendre plus rigoureuse la réalisation des vendanges tardives en définissant par exemple des terroirs apte à produire ce type de vin plutôt que de réaliser une sélection finalement sans personnalité sur l’ensemble du vignoble. Quid des vins ? Ils sont puissants, fins et complexes, assurément au sommet de ce que l’on peut trouver en France. Ils sont destinés à la garde (à l’exception des entrées de gamme) et il leur faudra au minimum cinq à dix ans pour bien s’exprimer. Style de vin comportant du sucre résiduel mais extrêmement bien intégré. Le Grand Cru Altenberg de Bergheim 2005 chiffre ainsi à 100g/l de sucres résiduels mais n’en goûtait que 25-30, jamais je n’aurais pensé qu’il avait déjà 5 ans… (Notes des vins : 85+ à 90+/100 ; Mention du domaine : Exceptionnel ; Prix indicatifs : 20-60€).

Agathe Bursin joue dans un tout autre registre. Elle propose des vins beaucoup plus souple, faciles et immédiats. A mes yeux, les arômes et la pureté du fruit sont couverts par des sucres résiduels (pourtant moins important que chez Deiss) trop présents et dont je ne pense pas qu’ils s’intégreront. Je qualifierais ses vins de charmants. Ils plairont car immédiatement aromatiques. La VT (Vendange Tardive) m’a paru sans intérêt. Le Pinot Noir 2008 est en revanche merveilleux, un exemple ! (Notes des vins : 70-85/100 ; Mention du domaine : très bon ; Prix indicatifs : 8-30€).

Finalement, je voulais vous parler de Mélanie Pfister. Si je ne me trompe pas, elle est à la tête du domaine Pfister depuis 2006. Je dirais qu’elle représente le futur de l’Alsace. J’ai réellement adoré ses vins. Ils sont superbes, riches mais secs, avec de belles acidités. Les millésimes 2007 et 2008 sont superbes avec une préférence pour 2007. C’est assurément un domaine à suivre, je vous tiendrai au courant de l’évolution de ces très belles bouteilles, destinées il me semble à un avenir radieux et à une apogée dans les 10 prochaines années. Par rapport à Marcel Deiss, Mélanie travaille des cépages et vinifie, donc, sans sucres résiduels avec une bonne expression des terroirs. Mention spéciale pour ses grands crus Engelberg ! (Notes des vins : 75-90/100 ; Mention du domaine : Excellent ; Prix indicatifs : 8-30€).

Trois domaines et trois styles très identifiables, tous recommandables. Grands vins complexes, de terroir et à conserver pour Marcel Deiss ; des vins souples et charmeurs pour Agathe Bursin ; et des Rieslings (et Gewurztraminer) purs pour Mélanie Pfister. Peu d’Alsaciens mais belle présentation !

Mon ordre personnel de préférence ? 1- Pfister, 2- Deiss et 3- Bursin. Je place Pfister car je trouve ses vins plus accessible (d’un point de vue pécuniaire) que ceux de Deiss et je préfère parier sur un futur grand domaine que d’en rester à une valeur confirmée du vignoble français, en puissance pure et en complexité, (à confirmer à l’aveugle) Deiss garde quand même une grosse longueur d’avance. Bursin en dernier car je n’ai pas trop accroché l’équilibre des vins.