Riesling

Verticale 2009-1990 : Ürziger Würzgarten Auslese by Weingut Karl Erbes


A l’occasion de mon billet sur les fêtes de Noël, je vous ai déjà parlé de ce domaine, qui se trouve en Mittelmosel, à Ürzig. Le domaine Karl Erbes (en allemand : Riesling-Weingut Karl Erbes), est une propriété familiale de 4ha fondée en 1967. Il est planté exclusivement de Riesling et la majorité de ses parcelles se trouvent sur le célèbre Ürziger Würzgarten. Le reste se trouve sur le Erdener Treppchen, que je constate un petit peu en dessous du ÜW.

Il y a quelques semaines, j’ai organisé une verticale du domaine, dont je vous livre ici les impressions. Tous ces vins sont des Auslese, des sélections qui correspondent à de  la vendange en surmaturité, où une partie des raisins est atteint de botrytis. Les taux de sucre résiduels sont compris entre 80 et 120g/l, on a donc affaire à des vins moelleux, mais du fait de l’acidité et de leur âge, l’équilibre n’est pas celui qu’on attendrait. Les 1990 goûtent par exemple plus demi-sec que réellement moelleux. Les étoiles, enfin, pratique très répandue en Mosel visaient ici à déterminer une qualité subjective croissante de l’Auslese, de * à ***. Depuis que Stefan Erbes est à la tête du domaine, la méthode a changé et les étoiles correspondent au pourcentage de raisin botrytisé. Plus il y a d’étoiles, plus le vin sera donc sucré et caractérisé par le botrytis, sans préjuger de la qualité relative des vins.

1- Ürziger Wurzgarten Auslese 2009

Millésime exceptionnel, c’est une évidence dans le verre. Le nez s’est déjà refermé, discret, mais donnant quand même de jolies notes de fruits, de fruits exotiques. En bouche la structure du vin est magnifique. Douce, délicate et profonde. Le sucre est bien présent, pas du tout fondu. Belle longueur. C’est un vin magnifique, très pur, maintenant, il faudra la patience de l’attendre une dizaine d’années… (ou vingt, plus sûrement) 77/100 ; 15 ++++

2- Ürziger Wurzgarten Auslese* 2003

Plus ouvert, sans doute à attendre encore quelques années. Il est très clairement marqué, pour mon nez, par les arômes terpéniques (pétrole), sans que ce soit négatif. Le fruit exotique est là, en bouche aussi avec une belle finale sur les amers, type airelle. C’est un joli vin, assez atypique, que j’aime, sans plus. 78/100 ; 5 +

3- Ürziger Wurzgarten Auslese** 2000

L’évolution est nette (peut-être un effet bouteille ?) avec une couleur d’un beau doré. C’est aussi le premier où le botrytis est aussi évident. Au nez, ce sont les épices, le miel, la mangue, le coing ou encore l’abricot sec. La bouche est plus fine qu’attendue, le sucre fondu bien qu’encore bien présent cache son jeu (il est ressenti largement en dessous de 2009 alors qu’il est au même niveau). C’est un beau vin, sans doute pas tout à fait à maturité mais déjà bien ouvert et très joli. 87/100 ; 5 +

4- Ürziger Wurzgarten Auslese* 1997

La magie des grands millésime s’opère… au plan de l’évolution. La couleur est proche du 2009, comme si le vin n’avait pas bougé. Il est d’ailleurs aromatiquement encre très fermé. Plus appréciable que 2009, il n’en reste pas moins à l’aube de sa vie. Le plus marquant dans ce vin, c’est sa longueur, pure et formidable, interminable. Magnifique mais parti pour 10 ans de plus… 84/100 ; 10 +++

5- Ürziger Wurzgarten Auslese** 1994

Plus ouvert que 1997, également très clair, nous remarquons avec les vins qui viennent (1997-1994-1990), un trait habituel des grands vins allemands (et des grands liquoreux en général). Les sucres se fondent et l’équilibre du vin se déplace. Autant sur 2009-2000, nous goûtions des vins plutôt axé foie gras-fromage-dessert, autant nous repassons ici dans des équilibres qui s’adapteront à une plus large gamme de plats, apéritif inclus. Ce 1994 est même, je trouve, supérieur après aération. Il est floral au nez avec juste ce qu’il faut d’évolution pétrolée, pour apporter en complexité. En bouche nous noterons la touche pâte d’amande, sublime et une longueur magnifique et fraîche. C’est plus accessible que 1997, mais ça n’est certainement pas en bout de course. 85/100 ; 10 ++

6- Ürziger Wurzgarten Auslese 1990

Le dernier de la série. D’un jaune très légèrement doré, il est vraiment clair. Ce vin ne trahit pas ses 20 ans passés et il sera même meilleur le deuxième jour. Plus encore que les autres, il est sur des dominantes florales. La maturité du vin est plus évidente au nez. En bouche, les sucres changent à peine l’équilibre. Le vin montre une très belle matière et une finale longue, d’une grande fraîcheur. C’est un vin mûr (au sens où il est prêt à boire) mais juste au début de son apogée. 90/100 ; 5 +

Voilà quel fut le contenu de cette verticale. Toutefois, je ne résiste pas à l’envie d’adjoindre les notes correspondant à deux autres Auslese du même domaine, dégustés respectivement une semaine avant et le lendemain.

7- Ürziger Würzgarten Auslese*** 1995

De toute la série d’Auslese, c’est le seul dont on puisse dire qu’il est ouvert. Et il est absolument grandiose. Le nez est une explosion de fruit : mangue, ananas, mandarine, orange. Puis viennent des notes florales avec de la rose, de la lavande, soulignée par de l’amande (pâte d’amande). La bouche est structurée tout en restant délicate. Le fruit domine encore mais c’est la finale qui impressionne : fraîche, minérale. Le vin ne laisse pas de sucre en bouche. Absolument magnifique. 95/100 , 5 +

8- Ürziger Würzgarten Auslese*** 1999

Couleur jaune paille, le nez pétrole un tout petit peu mais est dominé par le fruit exotique et l’ananas. En bouche, la matière est impressionnante et c’est très, très, très long. Enormément de fraîcheur. Un vin de haut niveau mais encore beaucoup trop jeune ! 87/100 ; 10 ++

A travers cette petite verticale, on découvre des vins très homogènes et, sans aucun doute, la marque d’un terroir d’exception. Il apparaît alors une autre caractéristique de ces grands vins allemands, leur cycle de vie. Les Auslese passent pas une phase de fermeture de plus ou moins 10-15 ans durant laquelle leur fruit va être complètement occulté par l’acidité. C’est exactement ce qui nous est apparu sur la plupart des vins, où même les vins des années 1990 ont besoin de temps pour retrouver leur expression. Quand cette ouverture aromatique revient, c’est alors l’émotion absolue, celle que nous avons eu sur 1995.

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Quick review: Haart to Heart 2009 by Weingut Reinhold Haart (Allemagne, Mosel)


Aujourd’hui, nous parlons de Reinhold Haart (encore), de son vin Haart to Heart 2009.

Qu’est-ce que c’est ?

Haart to Heart, c’est la cuvée la plus simple du domaine, la cuvée pour tout les jours, le vin qu’on n’attend pas, qu’on peut servir n’importe où. Ou encore, c’est l’entrée de gamme du domaine. Un vin simple, pas cher mais qui ne nous laisse pas sur notre faim.

Déjà bien ouvert au nez et en bouche, il se présente franc, net, tranchant et en même temps légèrement enveloppé par une fine sucrosité (sucres résiduels ressentis autour de 5-6g/l, probablement un taux réel proche de 30g/l). Le fruit est acidulé, ananas, citron. Une touche de pétrole vient épicer l’ensemble. La structure est bonne mais beaucoup moins marquée que dans le Piesporter Riesling Trocken 2009. La longueur est correcte. C’est un vin immédiat, souple, facile.

Ayant encore en mémoire ce dernier, d’ailleurs, la comparaison est facile. Le Piesporter Riesling Trocken 2009 a une puissance, une pureté supérieure au Haart to Heart du même millésime. Les sucres résiduels jouent mais c’est surtout la typologie de produit qui change. On sent dans Haart th Heart 2009 que l’on a affaire à un vin construit pour le consommateur. C’est un vin prêt, accessible pour le néophyte, sans doute tout à fait adapté au marché américain par exemple. On y sent moins de terroir, moins de caractère mais justement, ce côté très intellectuel du Piesporter Riesling Trocken 2009 ne manquerait pas de lui faire rater le coeur de beaucoup de consommateur. De ce point de vue, il est clair que ce Haart to Heart est une réussite, chose qui d’ailleurs apparaissait clairement lors de la dégustation au domaine. Chapeau bas à la famille Haart !

La note Wineops : 72/100 ; 0 0

Un bon vin, souple, délicatement aromatique. A consommer en toutes circonstances.

Bernkasteler Badstube Kabinett 2007 by Wwe. Dr. H. Thanisch – Erben Thanisch


Ce vin est monumental.

Mais d’abord, un peu d’explication et de traduction. En Allemagne, la classification des grands vins se fait selon le degré de maturité des raisins, ce système se nomme dans le texte Qualitätwein mit Prädikat (littéralement vin de qualité avec prédicat). Kabinett est le nom du premier degré de « Prädikat » selon la classification allemande des vins. Ce sont des vins récoltés à maturité plutôt normale, pour des vins montant 12-13° d’alcool potentiel mais qui, étant vinifié à 8,5% d’alcool, affichent autour de 60 g/l de sucre résiduel dans le vin fini.

Compte tenu de l’acidité particulièrement vive des rieslings issus de ces magnifique terroirs, les sucres sont très bien équilibrés. C’est d’ailleurs la caractéristique des vins de la Mosel allemande. En bouche, ils ont généralement un toucher légèrement sucré mais se présentent et s’accordent comme des vins secs (idéal pour les sashimi ou les tartares par exemple).

Maintenant, du point de vue terroir. Officiellement, ils ne sont pas classés comme en France, mais des associations indépendante et la notoriété historique des lieux les ont malgré tout isolés. le Bernkasteler Badstube est un des lieux-dits de Bernkastel, un des plus fameux villages en Mosel moyenne. En Bourgogne, il se trouverait entre un premier cru et un grand cru, peut-être comme le Clos-Saint-Jacques à Gevrey ou les Amoureuses à Chambole. Wwe. Dr. H. Thanisch – Erben Thanisch (en l’occurrence, Sofia Thanisch) en est l’un des meilleurs producteurs.

Ce Bernkasteler Badstube 2007 est encore jeune et supporterait quelques années de cave mais il est déjà sublime. Un très grand vin. Le nez est d’une finesse superlative. Le fruit, délicat, commence à s’exprimer mais c’est une sensation de pierre à fusil qui domine, ce vin sent réellement son terroir, ce sol d’ardoise. En bouche, le fruit exotique se marie au fruit blanc, un peu de fleur aussi et toujours quelque chose d’extrêmement minéral. Mais c’est sa longueur qui est le plus surprenant. Grande, épanouie, salivante et fraîche. Elle s’étire sur plusieurs dizaines de secondes. Vraiment une magnifique bouteille, rare, qui procure une émotion immense. Parfait exemple pour approcher ces magnifiques vins de Mosel.

Elle me fait penser à l’écriture de Camus, sophistiquée car d’une limpidité absolue, d’une simplicité exquise.

Ma note : 90/100 ; 5 +

Un vin superbe, dont je ne peux que recommander la dégustation. A accorder avec les poissons et viandes fumés, des poissons et viandes crus ou cuits « bleu ». Ou bien pour lui-même.


Grand Tasting 2010 : Alsace


Après les deux préambules d’hier et avant-hier, je me lance maintenant dans un compte rendu de l’ensemble du salon, l’ensemble des vins intéressants et moins intéressants que j’ai pu y goûter.

Côté synthèse, je dirais que le Grand Tasting est un salon qui commence à bien marcher. L’espace est enfin suffisant, les verres sont bons, les rince-verres pratiques… que manque-t-il ? Un carnet de dégustation mieux organisé (c’est bien, l’ordre alphabétique, par exemple, le VRAI ordre alphabétique), avec un rappel de la page à côté du numéro de stand. Disperser les vignerons sans logique est par ailleurs certes positif pour que les visiteurs ne se limitent pas à des thématiques mais je m’interroge sur la réelle pertinence de la chose : on passe son temps à marcher, chercher… corrélativement, je pense qu’il ne serait pas du luxe de disposer quelques chaises le long des murs car l’absence totale d’endroits pour s’asseoir est très fatigant quand on passe sa journée à piétiner d’un stand à l’autre. Finalement, la prise-dépose des verres est un peu pénible. En somme, le salon est presque irréprochable.

Passons aux dégustations. Je procéderai par ordre de région. Alsace pour commencer.

L’Alsace était plutôt peu représentée. Sept producteurs dont deux coopératives (de bonne niveau). Cependant, la qualité était élevée. Je retiendrai trois producteurs, dans trois styles très différents. Marcel Deiss, Agathe Bursin et Mélanie Pfister.

Bien qu’il était difficile de s’approcher (à part le matin), du stand de Marcel Deiss, il organisait une présentation rodée et pédagogique de cinq de ses vins. Extrêmement instructif et efficace. Les vins par ailleurs étaient superbes, très alsaciens sans être typés par les cépages. La démarche de M Deiss, que je vous invite à découvrir sur son site internet, consiste à travailler l’expression des terroirs sur la base de la complantation (et non du cépage). En outre, il cherche à identifier les 1er Crus, confirmer les Grands Crus et à rendre plus rigoureuse la réalisation des vendanges tardives en définissant par exemple des terroirs apte à produire ce type de vin plutôt que de réaliser une sélection finalement sans personnalité sur l’ensemble du vignoble. Quid des vins ? Ils sont puissants, fins et complexes, assurément au sommet de ce que l’on peut trouver en France. Ils sont destinés à la garde (à l’exception des entrées de gamme) et il leur faudra au minimum cinq à dix ans pour bien s’exprimer. Style de vin comportant du sucre résiduel mais extrêmement bien intégré. Le Grand Cru Altenberg de Bergheim 2005 chiffre ainsi à 100g/l de sucres résiduels mais n’en goûtait que 25-30, jamais je n’aurais pensé qu’il avait déjà 5 ans… (Notes des vins : 85+ à 90+/100 ; Mention du domaine : Exceptionnel ; Prix indicatifs : 20-60€).

Agathe Bursin joue dans un tout autre registre. Elle propose des vins beaucoup plus souple, faciles et immédiats. A mes yeux, les arômes et la pureté du fruit sont couverts par des sucres résiduels (pourtant moins important que chez Deiss) trop présents et dont je ne pense pas qu’ils s’intégreront. Je qualifierais ses vins de charmants. Ils plairont car immédiatement aromatiques. La VT (Vendange Tardive) m’a paru sans intérêt. Le Pinot Noir 2008 est en revanche merveilleux, un exemple ! (Notes des vins : 70-85/100 ; Mention du domaine : très bon ; Prix indicatifs : 8-30€).

Finalement, je voulais vous parler de Mélanie Pfister. Si je ne me trompe pas, elle est à la tête du domaine Pfister depuis 2006. Je dirais qu’elle représente le futur de l’Alsace. J’ai réellement adoré ses vins. Ils sont superbes, riches mais secs, avec de belles acidités. Les millésimes 2007 et 2008 sont superbes avec une préférence pour 2007. C’est assurément un domaine à suivre, je vous tiendrai au courant de l’évolution de ces très belles bouteilles, destinées il me semble à un avenir radieux et à une apogée dans les 10 prochaines années. Par rapport à Marcel Deiss, Mélanie travaille des cépages et vinifie, donc, sans sucres résiduels avec une bonne expression des terroirs. Mention spéciale pour ses grands crus Engelberg ! (Notes des vins : 75-90/100 ; Mention du domaine : Excellent ; Prix indicatifs : 8-30€).

Trois domaines et trois styles très identifiables, tous recommandables. Grands vins complexes, de terroir et à conserver pour Marcel Deiss ; des vins souples et charmeurs pour Agathe Bursin ; et des Rieslings (et Gewurztraminer) purs pour Mélanie Pfister. Peu d’Alsaciens mais belle présentation !

Mon ordre personnel de préférence ? 1- Pfister, 2- Deiss et 3- Bursin. Je place Pfister car je trouve ses vins plus accessible (d’un point de vue pécuniaire) que ceux de Deiss et je préfère parier sur un futur grand domaine que d’en rester à une valeur confirmée du vignoble français, en puissance pure et en complexité, (à confirmer à l’aveugle) Deiss garde quand même une grosse longueur d’avance. Bursin en dernier car je n’ai pas trop accroché l’équilibre des vins.

Riesling Wehlener Sonnenuhr Auslese 2006 by Weingut Kerpen (Allemagne, Mosel)


Weingut Kerpen est un domaine que j’ai déjà eu l’occasion de déguster plusieurs fois, mais jamais sur un Auslese 2006. 2006 est une année très concentrée en Mosel. Les raisins ont atteint de fortes maturités, donnant des vins particulièrement doux.

Le Riesling Wehlener Sonnenuhr Auslese 2006 (14 07) présente avant tout une couleur subjuguante, un sorte de jaune vert lumineux… magnifique. Le nez est marqué par une pointe pétrolée très élégante, associée à ce que je pourrais décrire comme de la girofle et les épices caractéristiques du botrytis (ce que vous sentez dans les Sauternes). Tout cela est enveloppé dans un bouquet très frais qui rappelle l’ananas et l’orange. L’ensemble est très subtil, discret, rien de démonstratif. En bouche, il est acidulé et sucré, toujours avec un peu d’orange, du miel aussi. La finale citronnée et fraîche laisse peu de sucre en bouche. Si l’équilibre est clairement moelleux, ce n’est pas du tout un vin de dessert : sa fraîcheur compense largement la douceur.

Mais ce n’est que trois jours plus tard que le vin livre son vrai parfum. Le nez développe alors des notes terpénique beaucoup plus marqués, supportées par des fruits exotiques et du citron. Il gagne nettement en complexité.

Ma note : 81/100 ; 5 +

Voici un vin finalement assez simple mais franc, plaisant (et d’un degré alcoolique faible). Il gagnera en expressivité à être conservé et bénéficiera de quelques années de vieillissement. Il accompagnera très bien la cuisine asiatique (comportant du gingembre et de la sauce soja notamment), de même que les fromages.

Ces vins qui ne sont pas parfaits mais qu’on n’oublie pas.


Cette situation vous est-elle déjà arrivé ?

Vous êtes en dégustation, vous goûtez, goûtez, goûtez… et vous évaluez ce que vous rencontrez. Au fur et à mesure, le palais devient plus sûr, les référentiels se construisent, les jugements s’affirment et se confirment. Tout va bien.

Et puis au milieu de cette dégustation se glisse un vin, moyen, un vin qui ne vous emballe pas pour bien des raisons voire même vous déçoit. Sur le moment, il passe après les autres et d’ailleurs, c’est bien sa place, car il n’est pas inoubliable…

Plusieurs jours plus tard, pourtant, quand vous repensez à cette dégustation, le souvenir de ce vin et son impression est toujours vivace. Pis encore, c’est un vin qui vous attire irrésistiblement. Il n’a pourtant pas changé, ni votre façon de le juger et pourtant… son souvenir est bien là, plus fort même que ceux qui le dépassaient en tout. Sentiment étonnant.

Aujourd’hui, cela m’arrive sur le Eiswein Ohlisberger 2009 de Reinhold Haart. Son explosion acide et ronde, enveloppante en même temps me revient de manière intense et obsédante ; me remémorant cette journée de dégustation, c’est ce vin qui s’impose. Etonnant. Pourtant, il n’était pas le meilleur et d’un rapport qualité prix déplorable… mais il reste. Peut-être est-ce sa personnalité extrêmement forte et étrange, peut-être le contexte… que sais-je ?

Un petit instant de magie où les méandres de l’esprit affleurent, sans se révéler, comme une veine pendant l’effort, un peu gonflée sous la peau.

Une région : Mittelmosel en Allemagne, pays du Riesling


De retour, donc, après une grosse semaine d’absence. Je vous ai livré quelques conclusions sur un très joli Côte du Rhône, mais en fait assez éloigné de ce que j’ai pu goûté durant ce déplacement.

Cette semaine a donc été l’occasion de parcourir une région magnifique et magique, la Mittelmosel en Allemagne. Pour faire simple, on parlera de Mosel mais le terme est imprécis car cette rivière coule sur plusieurs dizaines de kilomètres, définissant ainsi différentes zones viticoles.

C’est par Bernkastel que j’ai commencé et j’ai visité à partir de là Piesport (en aval), Graach an der Mosel (juste à côté) et Ürzig (en amont). Zone qui ne constitue qu’une petite partie de la région qui porte le nom de Mosel, celle-ci s’étendant des frontières française, luxembourgeoise et belge jusque à Koblenz.

La première chose qu’on remarque dans ce merveilleux endroit, c’est le paysage magnifique. Il est vrai que les régions viticoles sont rarement laides (quoique… le bordelais n’est vraiment pas folichon :)), mais elles sont rarement aussi belles. Je n’ai malheureusement pas eu le loisir de me promener sur les coteaux et dans les vignes du fait de défaillance des différents temps : relativement mauvais pour celui qu’il fait et trop court pour celui qui passe. Les photos parlant d’elles-même, j’illustre.

De même, l’architecture du coin est vraiment intéressante avec ses murs en ardoise noire, ses maisons à colombages et autres beffrois gothiques. De tout point de vue, c’est donc une étape hautement recommandable. Là aussi, j’illustre.

Ce passage éclair dans la région m’a permis de découvrir des vins tout à fait à l’image du paysage, absolument superbes. Ici, le vin est fait quasi exclusivement à partir du Riesling. Mais outre les différents terroirs, le travail porte aussi sur différents degrés de maturité et différents taux de sucres résiduels dans les vins finis. Certes au bout du compte, avec le système qui plus est d’homologation de lots différents d’un même vin, il devient difficile de s’y retrouver… mais c’est bien pour ça qu’on est là 😉

Les vins, donc, comment sont-ils fait ? Les rendements sont assez variables mais plutôt élevés par rapport à nos régions. Ceci dit, il est difficile de parler de rendement global quand on récolte ici à maturité normale puis à différents degrés allant jusque parfois au TBA, plus souvent BA (Beerenauslese). Cela correspond à nos Sélections de Grain Noble alsaciennes. Les vinifications sont réalisées ou bien en cuve inox, ou bien dans de vieux fûts traditionnels de 1 000 litres qui sont souvent âgés de plus de vingt ans. La particularité des vins de Mosel va apparaître ici. En cours de vinification, il va être décidé d’interrompre les fermentations et laisser une certaine quantité de sucres résiduels. Cette quantité va d’une vingtaine de grammes pour un « feinherb » à 80g ou plus pour un Auslese, 120-150 pour un BA…

Mais il ne faut pas penser les vins de Mosel en terme de sucres résiduels car ces vins ont un profil très souvent sec ! Mieux, avec le vieillissement, les Spätlese ou Auslese qui se situent souvent entre 50 et 80g de sucres résiduels vont progressivement fondre leurs sucres. Il est vrai que le marché demandant des vins secs, les producteurs commencent à proposer des vins de ce type. Toutefois, un Riesling Feinherb comme le Schieferstern Riesling Feinherb 2008 de Trossen R&R, ou un Kabinett comme Bernkasteler Badstube Kabinett 2007 de Sofia Thanisch (Wwe Dr. H. Thanisch – Erben Thanisch), qui sont des vins entre 15 et 30g/l de SR, goûtent sec ou du moins appellent des accords de vins secs.

Plus généralement, en deçà de 50g/l de SR, la sensation moelleuse est à peine perceptible. Au delà, elle le sera jusque à 10 ans de vieillissement et s’estompera au delà. J’ai d’ailleurs goûté un Auslese de 1994 dans lequel j’aurai mis une vingtaine de grammes de SR et où il y en avait en réalité 75g/l… (et pourtant, Dieu sait que je suis habitué aux SR qui se cachent, notamment grâce à l’expérience des vins autrichiens où un palais français ne décèle habituellement qu’un tiers à la moitié du taux réel de sucre).

Avec ces vins, il faut donc repenser notre référentiel sucre et ceci est dû à la minéralité et à l’acidité stupéfiante de ces vins. Les versions sèches réalisées à l’heure actuelle sont intéressantes également, mais je trouve que l’on perd beaucoup d’originalité et de richesse par rapport aux versions traditionnelles avec SR qui s’appellent là-bas « fruitées ».

Leur autre particularité est leur incroyable diversité. A l’image de la Bourgogne en France, ces vins, pourtant tous issus du cépage Riesling, ont des profils radicalement différents. Au point que l’on pourrait dire qu’ils ne proviennent pas du même raisin ! La différence est déjà flagrante quand on compare un Riesling standard de Piesport, de Bernkastel, de Graach et d’Ürzig. Sur les Kabinett, Spätlese et Auslese, cela devient encore plus flagrant.

Il est donc clair que cette région est à découvrir d’urgence… d’autant plus qu’un projet absolument ubuesque d’autoroute et de viaduc risque de, au mieux, détruire le beau paysage de la région, et au pire, détruire l’essence même de ce terroir. To be continued…

Je reviendrai sur la région dans de prochains billet avec des exemples de vins dégustés.