Alsace

Riesling Prestige 2010 by Domaine Beck-Hartweg (France, Alsace)


Après plusieurs billets en Anglais, je me retourne vers le français.

A cette occasion, je vais vous présenter un domaine de manière un peu plus précise que d’habitude.

Je m’intéresse depuis quelques temps un peu plus spécifiquement aux domaines « jeunes ». J’entends par là, ceux où oeuvrent les potentiels futures références de leurs appellations. En tout cas, ceux qui ne sont pas encore complètement sous le feu des projecteurs. Aujourd’hui ce sera le domaine Beck-Hartweg (Yvette et Michel), basé  Dambach-la-Ville en Alsace. Florian Beck-Hartweg s’occupe désormais de ce petit domaine familial de 5,5ha (ce qui est en fait plutôt grand au vu de la taille moyenne des domaines en Alsace, qui est une des propriétés foncières les plus morcelées de France). On notera que Florian apporte un soin particulier à la maturité du Riesling… discutez-en un jour avec lui, c’est enrichissant.

Cette cuvée Riesling Prestige au nom tellement pittoresque mais bien peu engageant correspond à un premier cru dans l’esprit. C’est un vin réalisé avec la même attention que le Grand Cru du domaine (le Frankstein), sur les parcelles orientées est. Dans le verre, cette attention et ce soin apporté au vin se retrouve très nettement, avec un jus puissant et complexe. 2010 fut un millésime particulièrement qualitatif en Alsace, très certainement l’un des meilleurs de la dernière décennie. Ces vins sont caractérisés par une superbe structure acide et de très beaux profils aromatiques.

Riesling Prestige 2010 by Domaine Beck-Hartweg s’ouvre sur un nez immédiatement avenant. Sapide et fruité à la fois, on y trouve quelque chose de minéral, de l’ananas, du citron vert. Il présente beaucoup de fraîcheur et un superbe équilibre. Ce profil très frais fait penser à certains cousins d’Allemagne mosellane. En bouche le vin est dense, profond et construit. Le fruit est toujours là mais c’est surtout l’acidité et la minéralité qui s’expriment en ce moment. Il goûte complètement sec. Ce vin sera assurément un superbe exemple de Riesling dans quelques 5 ans. A l’heure actuelle encore un peu sur la réserve, particulièrement en bouche. Ce qui explique ma note un peu sévère.

Avis Wineops : 75/100 ; 5 ++

Un Riesling exemplaire et hautement recommandable. Il s’accommodera de nombreux plats, allant des poissons et fruits de mers aux divers saucisses et charcuterie. Sans doute éviter les préparations délicates comme le veau qui devrait se trouver brusqué par le tranchant de ce vin. Prochaine étape : le Grand Cru Frankstein 2010 qui doit être fantastique, au vu de cette magnifique Cuvée Prestige.

Ce domaine est présent sur le Salon des Vignerons Indépendants de Paris en Novembre. Pour le site internet, c’est ICI.

Riesling Prestige 2010 by Domaine Beck-Hartweg

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Crémant d’Alsace Brut by Domaine Pfister (France, Alsace)


Il est triste qu’ayant dit « crémant », l’image de ce vin ait déjà souffert. Le Crémant est un peu une catégorie fourre-tout. Etant donné la réglementation assez lâche qui régit ces vins, il est possible de trouver une très large gamme de vins, allant de la bulle indigente et indigeste au meilleurs effervescents. La méthode d’élaboration est celle de la deuxième fermentation en bouteille, qui est la même qu’en Champagne. La grande différence d’avec cette fameuse région va résider dans le temps minimum de stockage en bouteille avant dégorgement, qui est de 9 mois, contre 15 en Champagne.

Ce crémant en question, du Domaine Pfister, est un blanc de blanc puisque réalisé à parts égales à partir de Chardonnay et d’Auxerrois. Il a séjourné 24 mois sur latte, ce qui excède largement le minimum requis mais constitue une durée intéressante pour permettre d’exploiter le potentiel de la méthode de seconde fermentation en bouteille : en effet, au cours d’un séjour prolongé sur latte, les levures vont se dégrader par autolyse et libérer dans le vin une grande quantité de composés aromatiques.

Au nez, le blanc de blanc s’exprime avec les fruits blancs, les fleurs et la fraîcheur. La complexité est bonne et l’intensité est là aussi. En bouche, là encore, la fraîcheur de l’assemblage, du fruit et un dosage bien senti livrent un vin équilibré, plaisant et fort apéritif. A l’aveugle, il a réellement quelque chose du Champagne, sans doute dû à son long séjour sur latte. L’effervescence est bonne mais pourrait durer un peu plus. En somme, nous tenons ici un très bon crémant et surtout un excellent rapport qualité prix (9,5€). Par ailleurs, sa parenté avec son prestigieux cousin vous permettra de ne pas dérouter vos convives.

note Wineops : 70/100 ; 0 0

Une bonne référence à connaître, tout à fait adapté à l’usage apéritif et festif qu’on attend de ce type de vin. En repas, il pourra jouer une partition intéressante sur les entrées légères à base de fruits de mer ou de poisson cru.

Crémant d'Alsace Brut by Domaine Pfister

Gewurztraminer Pfersigberg GC 2004 by Pierre-Henri Ginglinger (France, Alsace)


J’ai hésité à vous proposer ce compte rendu car d’une part, c’est un vin tout à fait introuvable en ce moment, et d’autre part, c’est un vin sur lequel il m’a été difficile d’arrêter un jugement.

Le Pfersigberg et un des 51 grands crus alsaciens. Situé à Eguisheim, il a la particularité d’être divisé en deux parties, dont les expositions et déclivités diffèrent : un secteur est à pente douce et un secteur sud sud-est à pente moyenne. Il est particulièrement adapté au Gewurztraminer mais du fait de sa grande surface et de sa disposition, c’est un terroir très hétérogène, difficile à juger dans son ensemble.

Je précise ici que le domaine Pierre-Henri Ginglinger ne doit pas être confondu avec d’autres du même patronyme, notamment Paul Ginglinger, que l’on retiendra parce que particulièrement qualitatif. Prenez garde, en Alsace peut-être plus qu’ailleurs (en Savoir aussi), aux homonymes. Ils sont légion et vous pouvez très facilement vous tromper de domaine.

Le vin qui nous intéresse, un Gewurztraminer Grand Cru Pfersigberg 2004 de Pierre-Henri Ginglinger, se présente d’abord avec un nez magnifique, très bien défini quoiqu’un peu gras. On y rencontre entre autres fleurs, la rose, entre autres fruits, le litchi. Le vin est très expressif, d’une complexité moyenne. Jusque là, c’est un excellente confirmation de la dégustation d’il y a trois ans. En bouche on commence sur une attaque nette mais un peu molle, typique du cépage, puis les fruits se développent intensément jusqu’au milieu de palais où une note amère très désagréable apparaît. C’est l’amertume doucereuse d’un agrume trop vieux. Cette note extrêmement désagréable rend la dégustation pénible. Difficile de dire d’où elle provient, si elle est ponctuelle ou si elle affectera un lot de bouteille. Elle rappelle une déviation d’origine fongique comme un mauvais suivi du botrytis. Je suis très réservé sur ce vin.

Ma note : 37/100 ; 0 0

Même si ce vin est en partie plaisant, il est impossible de ne pas tenir compte de ce défaut. Si la bouteille n’était pas viciée à ce point, je donnerais environ 85/100 à ce joli vin charnu, qui accompagnera à merveille la cuisine asiatique.

Noël, ses émotions et ses surprises


Noël (et Nouvel An) sont des occasions de sortie de vins un peu exceptionnels. Soit qu’ils soient de grands flacons, en compagnie les appréciant, soit qu’ils soient de petits vins si la compagnie n’aime pas. Dans tous les cas, c’est un exercice à figures imposées : les plats et les invités sont en général définis à l’avance.

Au rang des probables plats, huîtres, saumon fumé, foie gras, volaille, marrons, bûche… des mets plutôt pénibles à assortir. Quant aux vins, en France, difficile de passer outre le(s) Champagne(s), Sauternes et plus généralement Bordeaux ou autres Bourgognes. C’est l’occasion classique par excellence.

Dans mon cas, les fêtes de fin d’années se sont révélées pleines de surprises et de fraîcheur. D’abord, il ne fut pas question de Champagne (ou presque), ce qui est pour moi une grande joie, cette figure imposée privant souvent d’un autre vin plus intéressant. J’ai donc pu proposer à mes convives une vingtaine de vins dont aucun n’a réellement déçu.

Il est ressorti en tête de ces agapes :

1° Les Culs de Beaujeu Cuvée Spéciale 1996 by François Cotat, France, Sancerre

Toujours au sommet, ce vigneron domine presque systématiquement les débats, avec des vins hauts en couleur. Ce dernier ne manque pas à l’appel. Avec une pointe de sucres résiduels qui signe un style très fruité, ce vin est caractérisé par des arômes de truffe blanche exceptionnels. Il est gorgé de fruit, d’une fraîcheur exquise et d’une jeunesse insolente. C’est un futur vin exceptionnel qui demande encore au bas mot 10 ans de cave (il a passé plus de 6 heures en décanteur sans évoluer d’un cil).

Ma note : 94/100 ; 10 ++

Ürziger Würzgarten Auslese * 1997 by Weingut Karl Erbes, Allemagne, Mosel (Ürzig)

Un an plus jeune et même constat, ce vin que j’ai ouvert par deux fois, est à attendre une dizaine d’année et ne bouge pas sur quatre jours. Un breuvage délicieux est issu du Riesling, moelleux mais équilibré par une acidité superbe, fin, complet. Son nez d’ananas est relevé par des nuances terpéniques que je trouve plutôt classiques de ce terroir et élégantes pourront toutefois choquer ou déplaire aux palais qui ne les apprécient pas. La bouche très nettement ananas à l’ouverture s’enrichit de mangue, de poire et autres fruits. Pour le moment l’évolution est vraiment contenue.

Ma note : 92/100 ; 10 ++

Loupiac 1982 by Château Dauphiné Rondillon, France, Bordeaux

Cette bouteille aurait pu tenir encore plusieurs années, sans que je pense elle ne devienne franchement meilleure. Ce qui m’a particulièrement plu est sa note végétale (typique d’un vieux Sauvignon) et naturellement, l’intégration de ses sucres. C’est un vin sage, subtil. Son âge lui donne une grâce incroyable. L’émotion qu’il apporte est bien celle des vieux vins, mûrs, dont même les défauts se font accepter. Très belle expérience.

Ma note : 91/100 ; 5 0

Grüner Veltliner Spiegel Reserve 2006 by Weingut Sonnhof Jurtschitsch, Autriche, Kamptal

Ce dernier commence évolue très lentement mais développe déjà une richesse, une générosité d’arômes rare. Pourtant marqué par une acidité assez faible (caractéristique des Grüner Veltliner du millésime 2006 du domaine), ce défaut ne s’accentue pas avec le temps et l’ampleur que cela lui confère en font un vin idéal pour accompagner viandes blanches et fromages.

Ma note : 91/100 ; 5 +

Voilà donc pour ceux qui ont marqué les festivités, un peu plus que les autres. Un des traits de ces dégustations est le niveau moyen très élevé des vins, avec pour pires flacons, une Cuvée Fréderic Emile 2002 de Trimbach (Alsace, que je reverrai dans 5 ans) ou encore un Henriot Millésimé 2000 encore beaucoup trop jeune. Deux vins que je note tout de même autour de 75/100.

Les autres que je retiens et sur lesquels je reviendrais plus tard :

L’Infidèle 2007 by Mas Cal Demoura (France, Languedoc)

Cuvée Spätlese 2005 by Weingut Nekowitsch (Autriche, Burgenland)

Chardonnay 2006 by Weingut Nekowitsch (Autriche, Burgenland)

Jadis 2002 by Henri Bourgeois (France, Sancerre)

Grüner Veltliner Rosshimmel 2006 by Weingut Alois Zimmermann (Autriche, Kremstal)

Charmes-Chambertin 1998 by Domaine Arlaud (France, Bourgogne)

En conclusion de ce premier billet de la nouvelle année, je vous dirais que rien ne vaut de sortir des grandes appellations ou des grands noms, ce qui compte est de trouver un vigneron sérieux et intelligent. Parmi les vins cités, ceux qui ont fait la plus mauvaise impression sont les Bourgognes et le Champagne. En ce début d’année 2011, je vous le dis donc bien fort, des grands vins existent à tous les prix, il faut juste savoir chercher au bon endroit !

Grand Tasting 2010 : Alsace


Après les deux préambules d’hier et avant-hier, je me lance maintenant dans un compte rendu de l’ensemble du salon, l’ensemble des vins intéressants et moins intéressants que j’ai pu y goûter.

Côté synthèse, je dirais que le Grand Tasting est un salon qui commence à bien marcher. L’espace est enfin suffisant, les verres sont bons, les rince-verres pratiques… que manque-t-il ? Un carnet de dégustation mieux organisé (c’est bien, l’ordre alphabétique, par exemple, le VRAI ordre alphabétique), avec un rappel de la page à côté du numéro de stand. Disperser les vignerons sans logique est par ailleurs certes positif pour que les visiteurs ne se limitent pas à des thématiques mais je m’interroge sur la réelle pertinence de la chose : on passe son temps à marcher, chercher… corrélativement, je pense qu’il ne serait pas du luxe de disposer quelques chaises le long des murs car l’absence totale d’endroits pour s’asseoir est très fatigant quand on passe sa journée à piétiner d’un stand à l’autre. Finalement, la prise-dépose des verres est un peu pénible. En somme, le salon est presque irréprochable.

Passons aux dégustations. Je procéderai par ordre de région. Alsace pour commencer.

L’Alsace était plutôt peu représentée. Sept producteurs dont deux coopératives (de bonne niveau). Cependant, la qualité était élevée. Je retiendrai trois producteurs, dans trois styles très différents. Marcel Deiss, Agathe Bursin et Mélanie Pfister.

Bien qu’il était difficile de s’approcher (à part le matin), du stand de Marcel Deiss, il organisait une présentation rodée et pédagogique de cinq de ses vins. Extrêmement instructif et efficace. Les vins par ailleurs étaient superbes, très alsaciens sans être typés par les cépages. La démarche de M Deiss, que je vous invite à découvrir sur son site internet, consiste à travailler l’expression des terroirs sur la base de la complantation (et non du cépage). En outre, il cherche à identifier les 1er Crus, confirmer les Grands Crus et à rendre plus rigoureuse la réalisation des vendanges tardives en définissant par exemple des terroirs apte à produire ce type de vin plutôt que de réaliser une sélection finalement sans personnalité sur l’ensemble du vignoble. Quid des vins ? Ils sont puissants, fins et complexes, assurément au sommet de ce que l’on peut trouver en France. Ils sont destinés à la garde (à l’exception des entrées de gamme) et il leur faudra au minimum cinq à dix ans pour bien s’exprimer. Style de vin comportant du sucre résiduel mais extrêmement bien intégré. Le Grand Cru Altenberg de Bergheim 2005 chiffre ainsi à 100g/l de sucres résiduels mais n’en goûtait que 25-30, jamais je n’aurais pensé qu’il avait déjà 5 ans… (Notes des vins : 85+ à 90+/100 ; Mention du domaine : Exceptionnel ; Prix indicatifs : 20-60€).

Agathe Bursin joue dans un tout autre registre. Elle propose des vins beaucoup plus souple, faciles et immédiats. A mes yeux, les arômes et la pureté du fruit sont couverts par des sucres résiduels (pourtant moins important que chez Deiss) trop présents et dont je ne pense pas qu’ils s’intégreront. Je qualifierais ses vins de charmants. Ils plairont car immédiatement aromatiques. La VT (Vendange Tardive) m’a paru sans intérêt. Le Pinot Noir 2008 est en revanche merveilleux, un exemple ! (Notes des vins : 70-85/100 ; Mention du domaine : très bon ; Prix indicatifs : 8-30€).

Finalement, je voulais vous parler de Mélanie Pfister. Si je ne me trompe pas, elle est à la tête du domaine Pfister depuis 2006. Je dirais qu’elle représente le futur de l’Alsace. J’ai réellement adoré ses vins. Ils sont superbes, riches mais secs, avec de belles acidités. Les millésimes 2007 et 2008 sont superbes avec une préférence pour 2007. C’est assurément un domaine à suivre, je vous tiendrai au courant de l’évolution de ces très belles bouteilles, destinées il me semble à un avenir radieux et à une apogée dans les 10 prochaines années. Par rapport à Marcel Deiss, Mélanie travaille des cépages et vinifie, donc, sans sucres résiduels avec une bonne expression des terroirs. Mention spéciale pour ses grands crus Engelberg ! (Notes des vins : 75-90/100 ; Mention du domaine : Excellent ; Prix indicatifs : 8-30€).

Trois domaines et trois styles très identifiables, tous recommandables. Grands vins complexes, de terroir et à conserver pour Marcel Deiss ; des vins souples et charmeurs pour Agathe Bursin ; et des Rieslings (et Gewurztraminer) purs pour Mélanie Pfister. Peu d’Alsaciens mais belle présentation !

Mon ordre personnel de préférence ? 1- Pfister, 2- Deiss et 3- Bursin. Je place Pfister car je trouve ses vins plus accessible (d’un point de vue pécuniaire) que ceux de Deiss et je préfère parier sur un futur grand domaine que d’en rester à une valeur confirmée du vignoble français, en puissance pure et en complexité, (à confirmer à l’aveugle) Deiss garde quand même une grosse longueur d’avance. Bursin en dernier car je n’ai pas trop accroché l’équilibre des vins.

Riesling Grand Cru Hengst 2004 by Josmeyer (France, Alsace)


Cette fois, on commence par la photo. Il faut avouer que le domaine Josmeyer sait y faire avec les étiquettes. Nous sommes donc sur un Riesling Grand Cru Hengst 2004, vin qui venait clore une séance de dégustation la semaine dernière. Connaissant un peu le domaine, j’étais à la fois excité et angoissé. La vin confirma les deux sentiments.

Ce Grand Cru Hengst n’était ni fermé ni franchement ouvert au départ. Carafage réalisé, il s’est révélé… un peu. Du point de vue aromatique, pas d’extase : des notes terpéniques, un peu de fruit blanc, beaucoup de fraîcheur et une pointe de citron. En bouche, comme au nez, on retrouve le même profil mais avec une acidité bien (trop ?) fondue. En revanche, c’est un vin puissant, structuré. C’est tout à fait flagrant à la suite des autres vins. Il remplit la bouche et la supporte. Sans aucun doute la marque du Grand Cru… la minéralité est également bien présente.

Et c’est donc un vin qui tout en étant excitant par sa densité est décevant par son expressivité. Conservé ouvert plusieurs heures, il va gagner des fruits exotiques et de l’abricot sec. C’est pour moi le signe que le vin n’est pas encore à maturité. Il lui faudra sans doute encore 3 à 5 ans pour se livrer.

Ma note : 80/100 , 5 +

Un joli vin très minéral et très structuré. Attendre impérativement quelques années. Cependant, si vous considérez un achat, privilégiez peut-être un millésime supérieur comme 2005 ou 2007 (ou 2001 en plus jeune).

J’en profite alors pour ouvrir un peu les horizons. Voilà un vin d’un prix certain (40€ environ sur le marché export, ±30€ départ cave) qui à coup sûr va décevoir le consommateur qui l’achètera, en tout cas à l’export et la plupart des Français. Je ne parle même pas du Trimbach Riesling Réserve 2007 qui l’avait précédé dans un registre archi-fermé. Cette caractéristique des vins français pose un vrai problème. Si les amateurs en France, et encore ils sont plus rares qu’on ne le pense, savent qu’un vin a besoin de temps pour s’ouvrir, il n’en va pas de même à l’étranger. Imaginez un client habitué aux vin joyeusement parfumés du Chili, qui se met en tête pour Noël de goûter les joies d’un Grand Vin Français car le vin français, même s’il perd des parts de marché, a toujours cette image. La gardera-t-il, donc, s’il ne sait pas s’expliquer au consommateur ? En Alsace, certains ont par exemple pris l’habitude d’indiquer le niveau de sucre résiduel, en Allemagne aussi. Il est certes difficile de prévoir l’ouverture d’un vin mais de là à ne pas informer du tout, il y a un pas.

C’est d’autant plus important que désormais, partout dans le monde, le vin se consomme rapidement après l’achat. Triste fait dont les vignerons et leurs institutions sont en partie responsables. Au même titre qu’ils se sont reposés sur la notoriété des vins français avec parfois un mépris ostentatoire du consommateur étranger (je me souviens du temps pas si lointain où l’on vendait la piquette à ces gens qui n’y connaissaient rien) et en tout cas avec une désinvolture toute française, ils ont tenu pour acquis la tradition vinicole européenne. Faute d’avoir rappelé que le vin était un produit noble, vivant, ils ont laissé se développer une logique à la fois pratique et industrielle. Maintenant il faut réparer le préjudice, et ce n’est pas si difficile : ou bien en communiquant sur cette période de fermeture-ouverture, ou bien en travaillant des vins plus ouverts tout de suite. Mais vendre les vins tels quels, partout dans le monde puisque le salut ne viendra que de là, est un crime contre le vin français. C’est se préparer non plus la défaite économique mais celle, bien plus grave, de la notoriété.

Je préfère personnellement les vins de forte personnalité, les vins qui vivent, et donc ceux que l’on va attendre, si frustrante soit l’attente. Des vins de temps, de patience, de vertus qu’il faut raviver. Si nous voulons continuer de donner le temps au vin, il faut le dire et l’expliquer et même parfois il faudra décider de ne vendre que des vins accessibles… Nous sommes en passe de gagner la bataille du terroir, celle-là est la prochaine.